Fin du monde sur fond d'hémoglobine

Ethan Hawke et Willem Dafoe dans Daybreakers, des frères Michael et Peter Spierig
Photo: Source Maple Pictures Ethan Hawke et Willem Dafoe dans Daybreakers, des frères Michael et Peter Spierig

Bien des cinéastes affichent leur pessimisme pour l'avenir de la planète. Avec Daybreakers, les frères Spierig, six ans après leur Undead peuplé de morts-vivants, concoctent leur propre production post-apocalyptique de science-fiction sanglante avec nouveaux vampires au menu. Majoritaires, cette fois.

L'action se déroule en 2019 et l'humanité, victime d'une mystérieuse épidémie, se résume à une horde de vampires assoiffés du sang des derniers humains survivants, ces derniers traqués, au bord de l'extinction. Alors que les banques de sang s'amenuisent, des émeutes et des barrages éclatent.

L'idée de base est alléchante: un vampire hématologue (Ethan Hawke, trop raide) veut imposer une formule de sang artificiel à ses congénères afin de sauver les humains, mais il se met ensuite en quête d'une cure pour réhumaniser les vampires. Un épisode de frère ennemi paraît plaqué, tout comme l'arrivée d'une belle humaine (Claudia Karvan), apparemment chargée du parfum de romance. Willem Dafoe, dans la peau d'un homme qui aidera le héros à mettre au point une méthode explosive de dévampirisation, s'amuse tout plein, possède la dégaine de l'emploi (il a souvent ce type de rôles). De tous les acteurs, Dafoe est celui qui tire le mieux son épingle du jeu. Sam Neill se voit travesti en homme d'affaires qui rêve de détruire entièrement la race humaine: figure d'une seule pièce, difficile à nuancer.

Le scénario s'étiole, tourne bientôt en rond, avec de nombreux revirements prévisibles et redondants, mais le traitement du film se révèle fort soigné. Des jeux de couleurs souvent délavées sont bien adaptés à cet univers de fin du monde. Les effets spéciaux et les maquillages (têtes qui explosent, corps qui se désintègrent, vampires transformés en chauve-souris et maints morts-vivants à effets d'hémoglobine particulièrement hideux) relèvent du grand art. George A. Romero ne faisait pas mieux pour ses zombies dans les plus spectaculaires productions du genre.

Nonobstant ses timides interprétations d'acteurs et son scénario bientôt aplati, Daybreakers s'impose comme un bon film d'ambiance, de réalisation, aux beaux plans de machineries infernales et de créatures terrifiantes. Le bruitage contribue à nourrir la lourde atmosphère, déparée pourtant par une musique trop inoffensive. Mais vampires pour vampires, ceux-ci possèdent le mérite de la vraisemblance et des effets-chocs très professionnels. Ce qui est déjà beaucoup.