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Cinéma au Québec - La décennie des tremblements de terre

Odile Tremblay   31 décembre 2009  Cinéma
Moritz de Hadeln fut le directeur artistique du défunt Festival international de films de Montréal qui vécut un an, en 2005. La saga des rendez-vous de cinéma de la métropole fit couler des flots d’encre.
Photo : Jacques Nadeau - Le Devoir
Moritz de Hadeln fut le directeur artistique du défunt Festival international de films de Montréal qui vécut un an, en 2005. La saga des rendez-vous de cinéma de la métropole fit couler des flots d’encre.
Elle aura été fort agitée, cette décennie, au cinéma québécois. En fait, le paysage de notre septième art, secoué par divers séismes, changea de physionomie.

En 2000, Téléfilm Canada mit sur pied des enveloppes à la performance, destinées aux producteurs et aux distributeurs ayant engrangé de gros succès aux guichets. Ceux-ci recevaient une aide automatique pour financer un prochain film.

Cinquante pour cent des fonds allaient désormais aux enveloppes à la performance, l'autre moitié au volet sélectif, où les projets étaient jugés cas par cas. But de l'opération: augmenter les parts de marché des films canadiens. Conspuées par une grande partie du milieu, ces enveloppes ont servi le plus souvent à la production de films sans grande valeur, en favorisant un club des millionnaires. Les Dangereux, Nouvelle-France, Roméo et Juliette furent en ce sens des échecs retentissants. Tributaires du succès public, donc d'une certaine facilité, elles encouragent les productions commerciales au détriment des oeuvres expérimentales.

Succès au rendez-vous

Il vint d'ailleurs au rendez-vous, ce succès public-là. La proportion des films québécois, qui occupaient 4,5 % de la tarte des recettes aux guichets en 2000, a grimpé pour atteindre en 2005 un sommet de 18,2 %. Elle baissa grosso modo à 10 ou 11 % au cours des années subséquentes.

Au milieu de la décennie, des oeuvres fortes comme C.R.A.Z.Y., La Grande Séduction et Les Invasions barbares laissèrent croire que qualité et succès iraient désormais de pair. Âge d'or de courte durée, puisque les productions commerciales ont repris peu ou prou le haut du pavé en matière d'achalandage. Ce sont surtout les comédies qui cartonnent à nouveau, telle De père en flic en 2009, pas si mal, au fait. Mais cette course à la performance occupe trop d'espace et colore trop de projets à forte saveur télévisuelle.

L'arrivée au pouvoir du gouvernement conservateur en 2006 fut une catastrophe pour le cinéma, comme pour l'ensemble du milieu artistique. Devant le refus fédéral d'ajouter des fonds pour notre cinématographie en essor, la SODEC, pendant québécois de Téléfilm, dut injecter plusieurs millions de son côté afin d'accroître les niveaux de production.

Mais certains cinéastes ont exploré des voies de financement parallèles. La dernière décennie coïncida avec le développement des caméras numériques souples, aux multifonctions, dont la possibilité d'intégrer des effets spéciaux. Ces appareils ont permis un abaissement des coûts de production de plusieurs films, qui n'auraient jamais vu le jour sous le règne unique de la pellicule. Il est presque devenu un luxe de tourner en 35 mm, dont l'image demeure plus belle. N'empêche! Les nouvelles technologies favorisent l'exploration. Le cinéaste Robert Morin est même en train de diffuser sur son blogue des chapitres de son prochain film de fiction, Journal d'un coopérant, en tenant compte de l'avis des internautes. De grandes mutations sont en cours.

Du côté des salles de cinéma, rappelons que le complexe Ex-Centris, fondé en 1999 sur la Main à Montréal par le mécène Daniel Langlois, dédié au septième art indépendant, fut au coeur des joies cinéphiles de la dernière décennie. Un changement partiel de vocation en 2009, non concluant, mit au jour la nécessité de la création d'un réseau de salles permanent pour les films d'auteur.

Saga des festivals

Le monde du cinéma montréalais fut soufflé par la crise des festivals de films, au milieu de la décennie. Vraie saga en mode dérapage. Par volonté de destituer Serge Losique et son Festival des films du monde qui battait de l'aile, une créature artificielle fut enfantée par les instances: le FIFM (Festival international de films de Montréal). Mais ce qui devait être un heureux mariage, entre le Festival du nouveau cinéma (FNC), le Festival des films du monde (FFM) revu et corrigé, la machine Spectra en charge de la mécanique et le directeur artistique Moritz de Hadeln, vira au jeu de massacre. Le Festival du nouveau cinéma refusa d'embarquer, sa propre proposition de festival rassembleur ayant été d'ailleurs écartée injustement en haut lieu. Serge Losique ne voulut pas tirer sa révérence et dirigea son FFM sans subventions. Bilan: trois rendez-vous de films se sont succédé à la queue leu leu en 2005. Le nouveau FIFM, pris en sandwich entre les deux autres, n'attira pas le public et disparut après une seule édition. Les blessures furent longues à cicatriser. Le FFM et le FNC poursuivirent leur cours, le premier toujours à la fin de l'été — encore très contesté, mais ayant retrouvé finalement ses subventions d'État — le second dans sa case automnale. Et le rêve de créer un seul grand rendez-vous cinématographique à Montréal semble remisé jusqu'aux calendes grecques...
Moritz de Hadeln fut le directeur artistique du défunt Festival international de films de Montréal qui vécut un an, en 2005. La saga des rendez-vous de cinéma de la métropole fit couler des flots d’encre. C.R.A.Z.Y. en plein tournage, avec Jean-Marc Vallée dirigeant l’acteur Marc-André Grondin.
 
 
 
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