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Le cinéma de première classe

Voir un navet en sirotant du champagne, pourquoi pas?

Stéphane Baillargeon   23 décembre 2009  Cinéma
Le service de première classe, baptisé Gold Class, permet d’échanger la boisson gazéifiée brune dans un contenant de carton contre une coupe de bulles et des bouchées maison. Tout ça, dans le confort d’une chic salle de cinéma.
Photo : Agence France-Presse Alain Julien
Le service de première classe, baptisé Gold Class, permet d’échanger la boisson gazéifiée brune dans un contenant de carton contre une coupe de bulles et des bouchées maison. Tout ça, dans le confort d’une chic salle de cinéma.
Seriez-vous prêts à payer votre billet de cinéma une trentaine de dollars? Et si en échange la salle vous garantissait un traitement royal, de larges fauteuils toujours propres, des voisins silencieux, un service de restauration (payant, bien sûr) comprenant du vin servi dans de vrais verres et de petites bouchées préparées par un traiteur?

Une compagnie australienne offre ce service de première baptisé Gold Class et semble en train de gagner son pari sur la haute qualité qui coûte bonbon. Le nouveau complexe de salles de luxe ouvert par Village Roadshow Ltd à Pasadena, en Californie, a fait le plein près de huit séances sur dix depuis son ouverture au début du mois.

Il s'agit du quatrième groupe de salles d'une chaîne de haut niveau en constitution depuis environ un an aux États-Unis. En Australie, les salles de luxe jouxtent les salles ordinaires, dans un même complexe, un peu comme un avion comprend deux ou trois classes de sièges.

La compagnie a annoncé son intention d'ouvrir une trentaine de minicomplexes luxueux en Amérique au cours des cinq prochaines années. Le projet coûtera plus de 200 millions. Le porte-parole de Village Roadshow, joint par téléphone en Californie, a refusé de préciser si les plans comprenaient Montréal ou une autre ville canadienne.

Aller au cinéma est devenu une expérience parfois pénible pour beaucoup de cinéphiles, entre les voisins bruyants («Y'é beau, le vampire») et odorants («Passe-moi le pop-corn, non, les chips crème sûre et oignon»), sans oublier les bandes-annonces presque plus longues que le «programme principal». La tendance au comportement «adulescent» a d'autant plus gonflé dans les salles «ordinaires» que la décennie qui s'achève a pour ainsi dire tout misé sur les films pour les moins de trente ans, selon un récent bilan du Los Angeles Times. Harry Potter, ça vous dit quelque chose?

Seulement, Gold Class ne cherche qu'à modifier le contenant, pas le contenu. En ce moment, les Village Roadshow Gold Class Cinemas de Pasadena proposent notamment Avatar, 2012, Disney's A Christmas Carol, The Twilight Saga: New Moon et The Blind Side. Que des films dans le genre pour adolescents plus ou moins attardés. L'empire Village Roadshow produit aussi des longs métrages dans ce créneau, du genre Constantine (2005), The Dukes of Hazzard (2005) et I Am Legend (2006). Bref, les salles de luxe de ce conglomérat de la pellicule permettent aux amateurs de mieux manger et de mieux boire devant les mêmes mégaproductions hollywoodiennes.

On est donc loin de la Cinémathèque québécoise ou de ce que proposait le complexe montréalais Ex-Centris depuis dix ans avant de saborder sa propre brillante initiative. Cet automne, le centre du boulevard Saint-Laurent a chassé le cinéma de répertoire de deux de ses trois salles au profit d'une diffusion musicale et multimédia. De sévères critiques ont depuis dénoncé le service ou l'aménagement des lieux.
 
 
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