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    En Gilles Carle, le Québec perd l’un de ses plus grands cinéastes

    29 novembre 2009 10h31 |Agence France-Presse (photo) - Agence France-Presse, La Presse canadienne | Cinéma
    Gilles Carle,en 1998
    Photo: Le Devoir Gilles Carle,en 1998
    Les proches et les admirateurs du cinéaste Gilles Carle, mort samedi à la suite d’une longue maladie, se disent secoués par la perte du créateur qui a changé leur vie et qui a marqué la culture québécoise.

    Le premier ministre du Québec, Jean Charest, a d’ailleurs annoncé samedi la tenue de funérailles nationales pour honorer «un des cinéastes les plus marquants du Québec». Gilles Carle est décédé, dans la nuit de vendredi à samedi. Il était âgé de 80 ans.

    «Gilles Carle a été un des cinéastes les plus marquants du Québec, un homme au talent immense connu et reconnu à travers le monde. Afin que les Québécoises et les Québécois puissent rendre un ultime hommage à ce grand cinéaste et grand Québécois, le gouvernement du Québec a offert à la famille et aux proches de Gilles Carle, la tenue de funérailles nationales», a déclaré le premier ministre.

    La conjointe de celui qui est considéré comme l’un des pionniers du cinéma québécois, Chloé Sainte-Marie, a affirmé sur les ondes de RDI qu’elle était secouée par le décès de l’homme de sa vie, bien qu’elle ait eu le temps, au cours de la semaine, d’échanger avec lui «en toute intimité».

    «Cette semaine je lui parlais [...] je lui racontais nos beaux moments à l’Îe Verte, [...] l’on s’est remémoré ensemble tout notre vie, nos 27 ans de vie», a relaté la chanteuse et actrice, qui a dit avoir appris à être libre grâce à son amoureux.

    «Le plus gros drame de ma vie c’est qu’il ne parlait plus depuis les cinq dernières années», a-t-elle affirmé, soulignant néanmoins qu’ils communiquaient grâce au dessin ainsi qu’avec le regard.

    Celle qui était devenue l’aidante naturelle du cinéaste a également fait part de sa «grande peine» et de sa colère de savoir que Gilles Carle n’habitera pas la maison qu’elle avait bâtie pour lui. Inaugurée le 17 novembre à Saint-Paul-d’Abbotsford, en Montérégie, la Maison Gilles-Carle vise à offrir aux personnes âgées ou en perte d’autonomie un lieu de résidence paisible où elles recevront des soins.

    Chloé Sainte-Marie a également souligné qu’il était important pour elle de savoir que les funérailles de son défunt conjoint seront «une fête populaire». Selon elle, ce sera une occasion pour les Québécois de dire à l’artiste combien ils l’ont aimé.

    Une grande influence

    Joint par La Presse canadienne, le comédien Donald Pilon, qui a interprété plusieurs rôles dans les films de Gilles Carle, a souligné la grande influence que le cinéaste avait eu dans sa vie. «Sans Gilles Carle, vous ne m’appelleriez pas parce que je ferais probablement quelque chose d’autre dans la vie», a dit l’acteur, ajoutant que cela avait été un privilège pour lui de le côtoyer et que sa mort représentait une «grande perte».

    «Mais d’un autre côté, Gilles Carle souffrait tellement que je pense que c’est aussi un peu une délivrance», a conclu Donald Pilon.

    Le député du Parti québécois et acteur, Pierre Curzi, avait 32 ans lorsqu’il a tourné dans le film «Les Plouffes». «Gilles a joué un rôle majeur dans ma vie professionnelle et dans ma vie tout court», a dit M. Curzi, soulignant que ce rôle avait marqué le coup d’envoi de sa carrière cinématographique.

    «Il comprenait les rapports de création du cinéma et comme c’était un joueur d’échec, il savait mettre en place toutes les pièces de son jeu pour réussir à faire l’oeuvre qu’il avait en tête», a-t-il illustré. C’était un homme attachant [...] , il était perspicace et d’une grande intelligence. Même sa maladie aura enrichi le Québec d’une conscience aiguë de ce que cela peut être que d’être prisonnier d’un corps qui déraille», a expliqué le député québécois.

    Intelligence cadenassée

    Selon Pierre Curzi, ceux qui aimaient Gilles Carle entretenaient une relation compliquée avec le cinéaste depuis le début de sa maladie «parce qu’on savait que son esprit était vivant, mais que son corps et ses moyens d’exprimer ce qu’il était, son intelligence, étaient cadenassés».
    Une opinion que partage la comédienne Micheline Lanctôt, qui se rappelle de lui comme d’un artiste formidable doté d’une imagination extravagante.

    «Quand on a connu Gilles dans sa verve, dans sa vigueur, dans son effervescence, de le voir confiné dans une chaise roulante et muet, c’était absolument insupportable», a-t-elle souligné, visiblement très ébranlée par la mort de celui qui a lui avait confié le rôle de Bernadette dans «La vraie nature de Bernadette».

    De son côté, l’éditeur Alain Stanké a salué la générosité et la simplicité du réalisateur. «C’était un visionnaire, a-t-il dit sur les ondes de RDI. Il était toujours pudique puisqu’il n’était jamais devant les autres. Les autres passaient devant.»

    Indépendance d’esprit

    La chef du Parti québécois, Pauline Marois, a souligné l’indépendance d’esprit de Gilles Carle qui a toujours refusé de se plier aux exigences et aux standards que l’industrie cinématographique voulait lui imposer, «préférant créer en toute liberté».

    Mme Marois a aussi tenu à louanger «l’immense dévouement» et le courage de sa conjointe, la comédienne et chanteuse Chloé Ste-Marie, qui l’a épaulé tout au long de la maladie de Parkinson dont il était atteint depuis 15 ans.

    Le chef de l’Action démocratique, Gérard Deltell, a également rendu hommage à Gilles Carle. Il a indiqué que sa maîtrise du septième art lui aura permis de toucher à de nombreux genres cinématographiques qui resteront à jamais gravés dans l’imaginaire collectif du Québec.
    À Ottawa, la gouverneure générale du Canada Michaelle Jean a estimé que tant par son style que  par son inspiration, Gilles Carle a fait partie de ces pionniers qui ont donné au cinéma québécois et canadien sa dimension nationale et internationale et sa lumineuse modernité.

    Une cinéaste prolifique

    Le cinéaste Gilles Carle compte parmi la poignée de réalisateurs qui ont donné naissance au cinéma québécois dans les années 60, avec une oeuvre de fiction marquée par la rupture d’une société catholique traditionnelle avec son passé.

    Paradoxalement, ce cinéaste, le plus prolifique de l’histoire du Canada avec une trentaine de courts et longs métrages, a déboulonné à travers son oeuvre, à la fois violente et sensuelle, le mythe du «retour à la terre» auquel il était pourtant attaché.

    Figure marquante du cinéma québécois des années 60 et 70, Gilles Carle n’était plus que l’ombre de lui-même depuis près d’une décennie, étiolé par la maladie de Parkinson, une affection dégénérative.

    Avec ses lunettes noires et sa crinière, Carle donnait l’image d’un homme foncièrement singulier, un «cow-boy» ayant troqué son fusil pour une caméra sans renoncer à ses instincts premiers.

    Ce fan de John Wayne, de la sincérité «western», braque avec poésie les projecteurs sur un Québec en pleine ascension vers sa modernité dans les années 60 avec tout le lot de contradictions, de déchirements, que cela implique.

    Un premier succès

    En 1965, à la mi-trentaine, Gilles Carle connaît son premier succès comme réalisateur avec «La vie heureuse de Léopold Z.», portrait d’un Montréalais à la veille de Noël, couronné «meilleur film canadien».

    La carrière internationale du jeune cinéaste démarre. «Le viol d’une jeune fille douce» est reçu en 1968 à la Quinzaine des réalisateurs à Cannes. «La vraie nature de Bernadette» et «La mort d’un bûcheron» seront ensuite présentés en compétition officielle à Cannes.

    Dans «La vraie nature de Bernadette» (1972), peut-être son oeuvre la plus marquante, une jeune bourgeoise éprise des idéaux hippies quitte la ville avec son fils pour refaire sa vie à la campagne, rêvant de «laver le linge dans le ruisseau» et «d’apprendre à son garçon à se masturber et faire l’amour», véritable choc avec le Québec profond et traditionaliste.

    Autre thème cher au réalisateur: les femmes. Celles qu’il fait naître à l’écran, comme «Maria Chapdelaine», mais aussi celles qui l’inspirent, notamment Carole Laure, qui fut sa compagne et son égérie pendant une décennie, puis l’actrice et chanteuse Chloé Sainte-Marie, sa conjointe des dernières années, de 33 ans sa cadette.

    «Les femmes ne sont pas mes muses [...] Quand je change de femme, je change tout, je change de maison, je change d’auto, je change de chat, et je plonge dans un autre univers qui me fascine», disait Gilles Carle en 1995, au moment d’être fait chevalier de la Légion d’honneur.

    «Je suis secouée, je suis tremblante», a dit à l’antenne de Radio-Canada Chloé Sainte-Marie, qui a soutenu à la fin de sa vie le cinéaste dans la maladie de Parkinson qui le handicapait et l’avait contraint à cesser de travailler.

    «Le plus grand drame de ma vie, c’est qu’il ne parlait plus depuis les cinq dernières années», a ajouté celle qui était devenue le porte-étendard de ceux qui prennent soin de proches en perte d’autonomie.

    La Maison Gilles Carle, aménagée à même la résidence du couple, avait d’ailleurs été inaugurée il y a deux semaines pour accueillir des personnes en perte d’autonomie.


    Gilles Carle,en 1998 Chloé Sainte-Marie chantant pour son homme en 2004, à l'occasion d'une exposition consacrée à Gilles Carle Gilles Carle entouré de Chloé Sainte-Marie et de Pierre Paquet, en mars dernier lors du 80e anniversaire du cinéaste












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