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Yes We Can au cinéma

Martin Bilodeau   27 novembre 2009  Cinéma
La fiction a rattrapé la réalité. Les films portés par les espoirs que l'élection de Barack Obama a fait naître l'an dernier commencent à arriver. Sortis à une semaine d'écart, The Blind Side et Precious - Based on the Novel Push by Sapphire (ci-après Precious) ne parlent pourtant pas de politique, encore moins d'Obama. Le premier a pour décor un Memphis blanc et républicain à forte dose, sous le régime de Bush fils. Le second est campé dans le Harlem des années 1980, dans l'indifférence sociale quasi criminelle des années Reagan. Mais leurs protagonistes, Afro-Américains défavorisés et sans-voix lancés chaloupant sur le chemin de la prise de conscience et de l'émancipation, sont les incarnations de la devise d'Obama: «Yes We Can.»

Incarnation, comme dans chair. Un mot à ne pas prendre à la légère. Le héros de The Blind Side (L'Éveil d'un champion en version française), un film inspiré de la vie du footballeur Michael Oher, est un colosse de plus de 250 livres. Precious (Gabourey Sidibe), adolescente agressée sexuellement par son père qui vient de lui faire un second enfant, en pèse au moins autant. Dans un plan d'ensemble, tous les personnages qui entourent Michael (joué par Quinton Aaron), dont Sandra Bullock dans son meilleur rôle à l'écran depuis Crash, paraissent petits tant la caméra, pour le capter de la tête aux pieds, doit se placer à distance. Un gros plan sur le visage de Precious remplit l'écran, même en largeur. Dans leur milieu, les deux personnages font tache, pour des raisons différentes. Les deux sont à première vue perdus d'avance. Les deux films racontent leur victoire miraculeuse sur leur condition. «Yes they can.»

The Blind Side, réalisé par John Lee Hancock (The Rookie), est un conte de fées comme Hollywood les aime. Mais à doses subliminales, le film donne aussi dans le social. L'héroïne, épouse d'un propriétaire millionnaire d'une chaîne de restaurants de fast-food, est l'incarnation absolue de la femme de la droite chrétienne, républicaine jusqu'au bout des ongles et fière membre de la National Rifle Association (NRA). Mais sa bonté à l'endroit de Michael, qu'elle accueille au sein de sa famille et sur lequel elle veille comme la fée marraine sur Cendrillon, cause sa rupture avec ses amies «sarah-paliniennes», dont la foi s'est figée dans un rictus bien-pensant où charité rime, au pire, avec cocktails.

S'ils partagent un prénom, John Lee Hancock et Lee Daniels, qui a réalisé Precious, n'ont pas grand-chose d'autre en commun. Le premier est blanc, hétéro, natif de Dallas, Texas. Le second est noir, homosexuel, né à Philadelphie, en Pennsylvanie. L'exclusion, il connaît. S'il n'est pas question d'allégeance politique dans son film, il est beaucoup question d'exclusion, du tissu social qui conditionne les individus et des difficultés, pour une personne sans instruction, de se libérer. Precious, envoyée à 16 ans par les autorités scolaires dans une école alternative, ne sait à peu près ni lire ni écrire. Il lui faudra défier sa mère (excellente Mo'Nique), une teigne qui la préfère esclave à ses côtés plutôt que libre au dehors, pour déclencher un processus qui va l'amener à trouver sa voie.

Les deux films ont des qualités indéniables, Precious nettement plus que The Blind Side. Leurs succès, au guichet dans le cas de ce dernier, dans le coeur des critiques pour ce qui est de Precious (sa sortie en salle cette fin de semaine confirmera s'il est le Slumdog Millionaire anticipé), confirment l'intérêt que leurs personnages inspirent au présent. À mes yeux, ils confirment également que ces figures déjà si typiques de l'ère Obama guideront ceux qui, dans le futur, voudront rétrospectivement définir notre époque.
 
 
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