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Entrevue avec Simon Galiero - Une réflexion sur la quête de sens contemporaine

Avec Nuages sur la ville, en salle vendredi prochain, le jeune Québécois Simon Galiero aborde une société en mal de repères, à travers des destins entrecroisés qui chavirent.

Odile Tremblay   21 novembre 2009  Cinéma
Le réalisateur Simon Galiero en tournage
Photo : Mongrel Media
Le réalisateur Simon Galiero en tournage
Il y est question de transmission, d'incommunicabilité, de conflits intergénérationnels dans un Québec en mutation, de cynisme tentateur. oeuvre de facture indépendante, en noir et blanc, Nuages sur la ville, primé au Festival du nouveau cinéma, se veut avant tout une réflexion sur la quête de sens contemporaine. Le Montréalais trentenaire Simon Galiero, qui cofonda la revue électronique Hors champ en 1998, signe ici, après des oeuvres courtes remarquées, dont Notre prison est un royaume, couronnée aux Jutra, un premier long métrage.

Il dit avoir voulu transmettre avec ironie une inquiétude qui traverse l'air du temps. Avec cette chronique urbaine mi-loufoque, mi-désenchantée, cha-que personnage plus ou moins en transit se heurte à des cloisons mobiles qui lui font perdre pied. L'un s'égare en forêt, l'autre devant une rangée de maisons identiques, etc. Tous trébuchent.

Les deux personnages principaux sont incarnés par les cinéastes Jean-Pierre Lefebvre et Robert Morin. «Clin d'oeil», répond Simon Galiero, qui affirme avoir voulu s'amuser avec la perception que les gens se font de ces deux réalisateurs. «Par amitié, ils se sont prêtés au jeu.»

Robert Morin, acteur qui joue souvent dans ses propres films, devient un chômeur fraîchement débarqué en ville. Marcel Sabourin est du bal dans la peau de l'éditeur, lui qui collabora à tant de films de Lefebvre.

Hommage à Lefebvre

Lefebvre, qui avait déjà tenu un rôle dans Réjeanne Padovani d'Arcand, incarne ici un écrivain jadis de premier plan, désormais sur la touche, orphelin d'un présent, qui tente de communiquer avec ses descendants sans trouver un terrain d'entente. Ce rôle semble un miroir tendu au cinéaste des Dernières Fiançailles.

«C'était une façon de rendre hommage à Lefebvre, en me positionnant à l'inverse d'une hagiographie. J'ai voulu donner une vision cauchemardesque de Jean-Pierre, affirme Galiero, mais en simple toile de fond.» De fait, ce personnage, écrivain sur le retour doublé d'un fonctionnaire malheureux, a les plumes mouillées. Deux Grecs en tâtonnement hantent aussi le paysage, avec incongruités au programme.

«Tout le monde est logé à la même enseigne. Même les plus jeunes ne s'y retrouvent plus. Les étrangers vivent le double décalage.» L'époque, avec ses dérives, ses pertes de sens et de solidarité, colore ces destins. «Ces questionnements sur la culture, les médias, la mondialisation, les différences des générations sont au coeur des histoires entrelacées. J'ai voulu traduire un malaise. Désarroi et ironie me semblaient indissociables.»

Le cinéaste, admirateur de Buñuel, précise ouvrir très peu de portes, sauf peut-être lors d'un moment de partage à la fin entre Jean-Pierre et son petit-fils, et préfère la voie de l'ambiguïté.

À ses yeux, le noir et blanc colle au sujet. «Il m'offrait une distance face aux signes contemporains. Mes personnages vivent entre deux époques, entre deux chaises. J'aimais montrer des gens qui jouent à un jeu de Nintendo en noir et blanc.»

Adepte du poker, Simon Galiero jongle avec une fiction prochaine, campée dans cet univers du jeu, qui porte en lui tous les enjeux économiques et sociaux de nos sociétés.
 
 
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