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    La douceur de filmer d'un globe-trotter de Caracas

    Dans La Dérive douce d'un enfant de Petit-Goâve, Pedro Ruiz raconte l'auteur Dany Laferrière

    14 novembre 2009 |André Lavoie | Cinéma
    Pedro Ruiz met l'accent sur Dany Laferrière l'écrivain, plutôt que sur le personnage
    Photo: Federico Ciminari Pedro Ruiz met l'accent sur Dany Laferrière l'écrivain, plutôt que sur le personnage
    • La Dérive douce d'un enfant de Petit-Goâve
    • Présenté dans le cadre des RIDM, le dimanche 15 novembre à 14h30 et le lundi 16 novembre à 18h à la Grande Bibliothèque
    • A ll'affiche au Parallèle le dimanche 22 novembre
    Vénézuélien d'origine, Québécois d'adoption, photographe de profession et citoyen du monde, rien n'arrête Pedro Ruiz. Toujours un projet qui l'allume, toujours en mouvement, l'homme est aussi un amusant conteur, comme j'ai pu souvent le constater lors de nos collaborations communes au Devoir, moi avec mon magnétophone, lui avec son appareil photo.

    C'est la deuxième fois que je le rencontre de manière formelle. Ce fut d'abord pour son premier documentaire, Animal tropical à Montréal, une coréalisation avec Frank Rodriguez sur l'écrivain cubain Pedro Juan Gutierrez. Comme Pedro Ruiz a de la suite dans les idées, il s'est vite intéressé à un autre romancier flamboyant, né aussi sous le soleil des Amériques, celui d'Haïti. Il s'agit de Dany Laferrière, l'auteur de Je suis un écrivain japonais et la vedette souriante, complice et généreuse du second documentaire, qu'il signe cette fois en solo, La Dérive douce d'un enfant de Petit-Goâve, présenté en première aux Rencontres internationales du documentaire de Montréal (RIDM).

    «Je suis un immigrant qui a fait un film sur un immigrant», résume Pedro Ruiz avec son accent délicieux et toujours la même passion au fond des yeux. Pourtant, il n'hésite pas du même souffle à citer Borges («La nationalité, c'est un acte de foi»), comme pour expliquer que ce qui l'unit à Dany Laferrière va au-delà des étiquettes. Que les deux hommes partagent quelques sentiments liés à l'arrachement au pays d'origine n'explique qu'en partie la connivence qui s'exprime à l'écran. Car de Lyon à New York en passant par Saint-Malo et surtout Port-au-Prince ainsi que Petit-Goâve, là où l'écrivain a passé une partie de son enfance, c'est toujours le même homme, à la fois profond et cabotin, volubile et contemplatif, qui s'offre à Pedro Ruiz.

    Le cinéaste le reconnaît volontiers: «Dany a conscience de la caméra, mais c'est une conscience ludique, pas de protection. Avec ou sans caméra, il est tout aussi ouvert et passionné. Ce n'est pas quelqu'un qui prend la pose, ou qui a peur pour son image.» L'écrivain en est d'ailleurs si peu soucieux qu'il n'a pas encore vu le film. Mais, à l'heure de savourer sa victoire récente du Médicis pour L'Énigme du retour, il trouve qu'il arrive à point nommé. «Juste avant de partir pour Paris, Dany m'avait téléphoné de l'aéroport et dit: "C'est comme si on avait planifié tout ça!"» C'était pourtant loin d'être le cas, Pedro Ruiz ayant cru parfois se diriger vers un naufrage, financier entre autres, plutôt qu'une douce dérive au cours des deux années de production du film.

    Sa ténacité est maintenant récompensée, et il reconnaît avec un large sourire que les honneurs qui pleuvent sur l'auteur de Comment faire l'amour avec un nègre sans se fatiguer ne nuiront pas à la carrière de son film. Et de la même manière que certains prix sortent de l'ombre certains auteurs un peu négligés, il espère, modestement, changer l'image de Dany Laferrière. «Le Québec le voit davantage comme un monstre médiatique. Ici, on me dit: "Je n'ai pas lu ses livres, mais je le connais." En France, c'est l'écrivain qui est connu. Il peut remplir des salles de 300 places et ces gens-là ont lu ses livres, ils veulent l'entendre.»

    Vrai aussi qu'ils ne l'ont pas connu à l'époque rigolote où il était présentateur météo à TQS dans les années 1980, des performances quasi burlesques que l'on ne voit pas dans le film («Quel gâchis, on a tout effacé», déplore le cinéaste). Par contre, Pedro Ruiz souhaite que cette Dérive douce fasse dévier les spectateurs du personnage public vers l'écrivain. «Quand tu lis tous ses livres, tu te rends compte de sa grande cohérence, des ficelles qu'il tire d'un roman à l'autre. C'est un parcours impressionnant.» Et il est illustré de manière tout à la fois amusante, mélancolique, colorée et fantaisiste. Ces deux-là étaient vraiment faits pour s'entendre.

    ***

    Collaborateur du Devoir












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