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L'historien Daniel Costelle témoigne - « Nous avons fait un chef-d'oeuvre »

Apocalypse a déjà été distribuée dans plus de cent soixante pays

Hélène Roulot-Ganzmann   7 novembre 2009  Cinéma
L’historien Daniel Costelle en compagnie de la réalisatrice d’Apocalypse: la 2e Guerre mondiale, Isabelle Clarke
Photo : TV5
L’historien Daniel Costelle en compagnie de la réalisatrice d’Apocalypse: la 2e Guerre mondiale, Isabelle Clarke
Lorsqu'en 2003 il reçoit les insignes de chevalier de la Légion d'honneur, Daniel Costelle précise qu'à travers lui «ce sont tous ceux qui se préoccupent de conserver les archives filmées de ce siècle qui sont récompensés.» Depuis plus de quarante ans, cet historien français fait sortir de l'oubli, auprès des jeunes générations notamment, les faits saillants, les grandes batailles, les moments-clés qui ont marqué le XXe siècle et qui influencent notre époque. Son credo: le documentaire grand public. Avec Apocalypse, il s'attaque à nouveau à la plus monstrueuse folie meurtrière de tous les temps : la Seconde Guerre mondiale. Entretien.

Soixante-dix ans après le déclenchement de ce conflit majeur, que peut-on dire de nouveau?

Soixante-dix ans, ce n'est pas énorme. La lecture de l'histoire évolue au fil des années, des décennies. On ne place pas la caméra toujours au même endroit. Avec Apocalypse, nous avons fait un film profondément humain. Bien sûr, les chefs ont leur place, Hitler, Pétain, de Gaulle, Churchill, Staline, Hirohito, Roosevelt et les autres... mais nous sommes aussi au plus proche des populations: les soldats, les civils, les pauvres, les démunis, les victimes et surtout les regards des gens. Et ça, nous avons pu le faire parce que nous avons trouvé des archives inédites. La moitié des images sont complètement nouvelles.

Comment trouve-t-on encore des documents inédits?

C'est une grande surprise, même pour moi. Je n'avais pas du tout prévu qu'on découvrirait autant de documents nouveaux. Nous sommes allés dans le monde entier. Il s'agit d'archives publiques, mais surtout de collections privées, notamment des images en provenance des Allemands, officiers ou soldats. La pratique du cinéma amateur était très développée en Allemagne avant la guerre. Il y a beaucoup de caméras qui se sont promenées, plusieurs milliers. Pas mal de gens sont revenus de la guerre avec des films qu'ils n'avaient pas forcément envie de montrer à l'époque. Ils ont vécu, ils sont morts, leurs petits-enfants ont trouvé ces films dans leur grenier et ont eu envie de les vendre ou de les donner. C'est ainsi que se sont constituées des collections de films amateurs qui n'avaient encore jamais été montrés. Le fait d'avoir ces images, de l'intérieur, donne aussi un rendu moins caricatural que ce qui a parfois été fait par le passé. Dans une guerre, il n'y a ni vainqueurs, ni vaincus, il n'y a que des victimes. On peut prendre toutes les postures possibles par rapport à l'Allemagne et au Japon, mais le soldat, même s'il s'est conduit d'une manière abominable, il est aussi victime que son homologue français.

La nouveauté passe également par la colorisation des images. C'est très surprenant de voir Hitler en couleur et ça rend cette histoire très contemporaine...

Il fallait coloriser, mais avoir une couleur la plus historiquement fondée. C'est pour ça d'ailleurs qu'on n'utilise pas le mot «coloriser» mais l'expression «redonner la couleur». Vous avez à peu près trois jours de travail d'un historien, à partir de photos de l'époque, de tableaux ou de films de reconstitution, pour redonner une minute de couleur! Parce qu'il y a aussi la nature des textures, par exemple l'épaisseur d'une prairie, la luisance du métal sur les trains, etc. Tout cela est rajouté et ça donne une impression de vie extraordinaire. C'était fondamental de le faire, non pour assurer le confort de l'image ou pour intéresser plus de téléspectateurs, mais tout simplement dans une quête de vérité.

On se sent quand même plus proche de cette histoire...

Il y a la couleur, mais aussi l'effort de restauration, destiné à remettre l'image comme elle aurait dû être, au moment de la guerre, sur la pellicule. Il ne faut pas oublier que les opérateurs de prises de vues voyaient en couleur. Ils ont d'ailleurs filmé quelques images en technicolor. La plus belle récompense de tout ce travail, c'est que beaucoup de gens n'ont pas réussi à distinguer les images qui étaient en couleur à l'origine et celles auxquelles on l'a redonnée.

Au final, le rendu est presque aussi bon que des images filmées aujourd'hui... Est-ce un moyen d'intéresser les jeunes

générations?

Faisons le bilan de ce que nous avons voulu faire: essentiellement, une série pacifiste, contre la guerre, dénonçant toute l'horreur des conflits armés, une série aussi qui apprend des choses à ces jeunes pour qui 70 ans, c'est très loin. Il fallait donc se servir des moyens modernes dont ils ont l'habitude: la qualité de l'image en fait partie, mais aussi le son 5.1. Et, bien sûr, la présence de Mathieu Kassovitz, très populaire auprès de la jeunesse, qui interprète le commentaire. Il a dans sa voix exactement ce que nous recherchions, un esprit de révolte, une sorte de douleur. Nous avons voulu montrer que la guerre est comme un feu qui se propage, qui se nourrit lui-même et qui prend des proportions effroyables. La couleur est importante parce qu'elle donne un sentiment de brutalité et de proximité. Les images qui n'atteignent pas le niveau de violence de celles que nous voyons quotidiennement au journal télévisé ne sont pas crédibles. Les nôtres ont un caractère quasi journalistique.

Et qu'avez-vous fait pour intéresser le public québécois? Le documentaire donne-t-il à voir des soldats canadiens?

Dès le début, on a de magnifiques images: on les voit dans leur wagon, ils chantent «On ira pendre notre linge sur la ligne Siegfried» et ils écrivent «Vive la France!» On retrouve les Canadiens ensuite, lors du débarquement en Normandie. On les retrouve en fait tout au long des épisodes. Mais il ne s'agit pas d'intéresser le public québécois en particulier. Pour ça, nous avons fait quelque chose de neuf, d'humain, proposant une nouvelle lecture de l'histoire, ayant un rythme de cinéma, huit cents plans par épisode, sur une musique

formidable de Kenji Kawai. Nous avons fait un chef-d'oeuvre et les gens aiment les chefs-d'oeuvre.

***

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  • Charles-Antoine Bachand
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    dimanche 8 novembre 2009 10h22
    « Apocalypse » ou l'histoire malmenée
    Dans l'édition du Devoir de ce week-end (2009-11-07), on peut lire une critique particulièrement dithyrambique de la télé-série Apocalypse qui prendra l'antenne dans les prochaines semaines au Québec.

    Étonnamment, les journalistes du Devoir semblent avoir réussi à passer à côté d'une réelle critique historique de cette oeuvre qui se veut documentaire. Je dis étonnamment parce que, depuis quelques mois, LeDevoir s'amuse à prendre position dans un débat entre l'histoire comme science et l'histoire comme récit ou narration (voir à ce sujet les textes récents traitant des écrits de Courtois ou de Comeau).

    Or, cette série télévisée, qui semble vouloir dresser un portrait exhaustif des années de conflits entre 1939 et 1945, est loin de faire unanimité sur la forme et sur le fond. L'historien Lionel Richard décrie en ce sens cette série qui «donne à voir, mais pas à réfléchir. »

    Sa principale critique, outre les erreurs et les omissions de ce « documentaire » - comme ce passage où les auteurs affirment que la Conférence de Yalta aurait marqué le début de la Guerre froide, alors que les Alliés y mettent en place les derniers préparatifs pour l'assaut ultime contre Hitler ; ou cet autre qui affirme que l'auteur Thomas Mann aurait été complètement indifférent à la montée du fascisme en Allemagne ; ou encore cet autre qui dénonce le viole « systématique » des femmes allemandes par les troupes soviétiques -, c'est précisément qu'il donne dans le spectacle et non dans l'histoire.

    À ce titre, Richard rappelle qu'il n'existe pratiquement aucune image de la Deuxième Guerre mondiale qui ne soit issue de la propagande. En effet, comment un cinéaste aurait pu prendre les images saisissantes que présente Apocalypse si ne n'est parce qu'il fut autorisé à le faire dans un dessein de convaincre les masses du bien-fondé des actions de part et d'autre. La critique des sources, n'est-ce pas là le b.a.-ba de la méthode historique?

    Richard affirme enfin :

    « À quoi bon une nouvelle composition documentaire si elle vise, avant tout, à séduire visuellement? Sous peine de racolage médiatique, l'essentiel est d'obtenir que les images en question, sorties de leur fonction initiale de propagande, complètent impartialement, pédagogiquement, les connaissances déjà solidement acquises. Apocalypse en est loin. Les recherches universitaires sont à la fois plus sûres et plus avancées que les données apportées par l'ensemble de ses épisodes. Du reste, aucun historien, en qualité de conseiller ou consultant, ne figure à son générique. [...] Oui, trop d'entorses aux faits dans cette série, d'insinuations non justifiées, d'omissions, pour qu'on puisse admirer sans réserve la somme d'informations qu'elle véhicule. »

    En niant les rudiments de l'histoire comme science, ce sont les nuances qui prennent le bord ! Or, l'histoire est une science tout en nuance et, à trop simplifier, on risque de dangereuses dérives !

    Apocalypse semble donc avoir toutes les caractéristiques d'un spectacle monté pour la télévision, dans le seul objectif d'en mettre plein la vue aux téléspectateurs et donc d'assurer des revenus aux chaines qui la diffuse. Toute réelle réflexion historique ou même critique semble évacuée. Il est bien dommage que les journalistes du Devoir n'aient pas pris la peine de mettre en garde contre les dérives aussi évidentes de cette série.

    À lire donc : Lionel Richard, « Apocalypse » ou l'histoire malmenée, Le monde diplomatique, novembre 2009, page 3.

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