Aveux coup de coeur
Le théâtre et moi, ça fait deux, pour des raisons un peu longues à expliquer et qui ne me font pas nécessairement bien paraître. Ceci pour dire que je ne connais pas Serge Boucher. À part son nom et quelques titres de pièces, comme Motel Hélène et 24 poses (portraits), dont on m'a dit le plus grand bien, je n'avais jamais été «exposé» à son talent avant le début de la diffusion à Radio-Canada d'Aveux, la série qu'il a écrite.
Je vous entends déjà me rappeler que je suis chroniqueur de cinéma. Laissez-moi vous répondre que je vois tant de téléfilms au grand écran que je peux bien me permettre, quand je vois du grand cinéma au petit écran, de sauter la barrière. Il y a peu de films, d'ici ou d'ailleurs, qui m'ont transporté récemment comme Aveux le fait tous les mardis soir. Après visionnement cette semaine du huitième épisode, qui donne un nouveau sens à l'expression «suicide assisté», j'ai ressenti l'urgent besoin de vous dire à quel point cette tragédie grecque me comble de bonheur, à tous points de vue: la netteté et la profondeur de l'écriture, la justesse foudroyante des dialogues, l'intrigue riche et complexe, avec tous ces fragments de vérité qui fusent des personnages, virevoltent en cherchant leurs compléments lâchés par un ou plusieurs autres. Ça m'étourdit et ça m'enchante. Je salue également la réalisation au scalpel et très inventive de Claude Desrosiers (Dans une galaxie près de chez vous - le film) ainsi que le soin sophistiqué apporté au son, au montage et à la musique, qui me font regretter que le cinéma québécois populaire soit, sur le plan formel, aussi timide et consensuel.
J'ai ri et j'ai versé quelques larmes en regardant se révéler au fil des semaines, tel du papier origami qu'on déplie, le dur secret forgé par l'inceste, l'adultère et le suicide des familles Laplante et Dubreuil. Les personnages d'Aveux n'ont pas que deux ou trois traits caractéristiques. Ils sont profonds, complexes et dignes. Et ils sont, pour la plupart, étrangers à eux-mêmes, ce qui les rend encore plus vulnérables, encore plus humains, à nos yeux de spectateurs qui les découvrent en même temps qu'eux se découvrent.
À ce bonheur s'ajoute celui de voir à l'écran et en «prime time» des acteurs qui sortent du rang des valeurs sûres habituelles et sur lesquels le cinéma aurait de bonnes raisons de parier: Maxime Denommée, qui joue à la perfection le fils prodigue et le détonateur pas si innocent du récit; Catherine Proulx-Lemay, si vraie en jeune enseignante dépassée par le secret de son mari; Guy Nadon, un grand acteur qu'on redécouvre ici en père émouvant, qui ne sait rien ou fait rudement bien semblant; Évelyne Brochu, une révélation pour moi qui l'ai reconnue a posteriori aux côtés de Karine Vanasse dans Polytechnique, revu à Namur; Steve Laplante, brillant en amoureux-détective, alter ego du spectateur; l'attachante et nuancée Marie-Ginette Guay, en voisine au coeur du mensonge alors qu'elle se croit en périphérie de celui-ci.
Tous les acteurs, nommés comme pas nommés, sont bons, justes. Et cette justesse, ils la doivent en grande partie à l'écriture de Serge Boucher, à la force de ses dialogues, à la précision qui semble avoir été le mot d'ordre de la série à toutes les étapes de sa production. Je suspends mon souffle jusqu'au prochain épisode, où j'apprendrai la survie ou la mort (non, non, non) du personnage de Pauline, joué avec un talent extraordinaire par Danielle Proulx — que je gardais pour la fin. Cette immense actrice possède un don extraordinaire pour jouer, sans contradiction, l'innocence et la cruauté, la vulnérabilité et la combativité. À chaque épisode d'Aveux, son personnage avoue quelque chose, enlève sa chape de plomb, sous laquelle on en découvre une autre. Serge Boucher et Danielle Proulx connaissent-ils toute la vérité à son sujet? J'aime croire que non. J'aime espérer que oui. Avouez que c'est grisant.
(Il reste quatre épisodes. Si vous voulez sauter dans le train en marche, je vous suggère de faire d'abord un détour par ici: www.radio-canada.ca/emissions/aveux/saison1 où vous trouverez les épisodes précédents).
Je vous entends déjà me rappeler que je suis chroniqueur de cinéma. Laissez-moi vous répondre que je vois tant de téléfilms au grand écran que je peux bien me permettre, quand je vois du grand cinéma au petit écran, de sauter la barrière. Il y a peu de films, d'ici ou d'ailleurs, qui m'ont transporté récemment comme Aveux le fait tous les mardis soir. Après visionnement cette semaine du huitième épisode, qui donne un nouveau sens à l'expression «suicide assisté», j'ai ressenti l'urgent besoin de vous dire à quel point cette tragédie grecque me comble de bonheur, à tous points de vue: la netteté et la profondeur de l'écriture, la justesse foudroyante des dialogues, l'intrigue riche et complexe, avec tous ces fragments de vérité qui fusent des personnages, virevoltent en cherchant leurs compléments lâchés par un ou plusieurs autres. Ça m'étourdit et ça m'enchante. Je salue également la réalisation au scalpel et très inventive de Claude Desrosiers (Dans une galaxie près de chez vous - le film) ainsi que le soin sophistiqué apporté au son, au montage et à la musique, qui me font regretter que le cinéma québécois populaire soit, sur le plan formel, aussi timide et consensuel.
J'ai ri et j'ai versé quelques larmes en regardant se révéler au fil des semaines, tel du papier origami qu'on déplie, le dur secret forgé par l'inceste, l'adultère et le suicide des familles Laplante et Dubreuil. Les personnages d'Aveux n'ont pas que deux ou trois traits caractéristiques. Ils sont profonds, complexes et dignes. Et ils sont, pour la plupart, étrangers à eux-mêmes, ce qui les rend encore plus vulnérables, encore plus humains, à nos yeux de spectateurs qui les découvrent en même temps qu'eux se découvrent.
À ce bonheur s'ajoute celui de voir à l'écran et en «prime time» des acteurs qui sortent du rang des valeurs sûres habituelles et sur lesquels le cinéma aurait de bonnes raisons de parier: Maxime Denommée, qui joue à la perfection le fils prodigue et le détonateur pas si innocent du récit; Catherine Proulx-Lemay, si vraie en jeune enseignante dépassée par le secret de son mari; Guy Nadon, un grand acteur qu'on redécouvre ici en père émouvant, qui ne sait rien ou fait rudement bien semblant; Évelyne Brochu, une révélation pour moi qui l'ai reconnue a posteriori aux côtés de Karine Vanasse dans Polytechnique, revu à Namur; Steve Laplante, brillant en amoureux-détective, alter ego du spectateur; l'attachante et nuancée Marie-Ginette Guay, en voisine au coeur du mensonge alors qu'elle se croit en périphérie de celui-ci.
Tous les acteurs, nommés comme pas nommés, sont bons, justes. Et cette justesse, ils la doivent en grande partie à l'écriture de Serge Boucher, à la force de ses dialogues, à la précision qui semble avoir été le mot d'ordre de la série à toutes les étapes de sa production. Je suspends mon souffle jusqu'au prochain épisode, où j'apprendrai la survie ou la mort (non, non, non) du personnage de Pauline, joué avec un talent extraordinaire par Danielle Proulx — que je gardais pour la fin. Cette immense actrice possède un don extraordinaire pour jouer, sans contradiction, l'innocence et la cruauté, la vulnérabilité et la combativité. À chaque épisode d'Aveux, son personnage avoue quelque chose, enlève sa chape de plomb, sous laquelle on en découvre une autre. Serge Boucher et Danielle Proulx connaissent-ils toute la vérité à son sujet? J'aime croire que non. J'aime espérer que oui. Avouez que c'est grisant.
(Il reste quatre épisodes. Si vous voulez sauter dans le train en marche, je vous suggère de faire d'abord un détour par ici: www.radio-canada.ca/emissions/aveux/saison1 où vous trouverez les épisodes précédents).
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