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Entrevue - Le nouveau Vincent Perez

Odile Tremblay   24 octobre 2009  Cinéma
Si le bel acteur français de La Reine Margot et de Cyrano s'était fait rare au cinéma, où il brillait par son absence depuis cinq ans, c'est pour mille raisons. L'ancien jeune premier vous dira que le changement d'âge (45 ans) a sa part à jouer. Vincent Perez n'était pas très satisfait des rôles qu'on lui offrait au grand écran, en fait. La cape et l'épée, les beaux séducteurs, il avait donné. Il faisait de la télé, se posait des questions sur son avenir, après une carrière en France et aux États-Unis. Comment se renouveler?

«J'avais réalisé quand même deux longs métrages, rappelle-t-il: Peau d'ange et The Secret. J'écris un nouveau scénario adapté de Seul dans Berlin de Hans Fallada. Sans compter les contes à la base de la bande dessinée La Forêt. Je retourne bientôt au théâtre, dans une pièce de mon épouse, Karina Silla.»

Jouer au cinéma lui manquait un peu, tout de même. Or voici que Denis Dercourt, musicien et cinéaste, à qui on devait déjà Les Cachetonneurs et La Tourneuse de pages, l'a invité au coeur d'une aventure complexe qui lui posait de nombreux défis: apprendre le piano, désapprendre l'escrime pour incarner un néophyte de l'épée, mais surtout camper un homme de son âge, avec des préoccupations d'adulte contemporain...

Comme une partition

Demain dès l'aube, titre et incipit d'un poème de Victor Hugo, met en scène deux frères, l'un professeur de piano (Perez) dont le couple vacille, l'autre plus jeune (Jérémie Renier), coupé de la réalité, passionné des jeux de rôles où, dans la peau d'un hussard, il recrée avec d'autres mordus des batailles napoléoniennes et des duels d'honneur. L'aîné, chargé par la mère de ramener le cadet dans la réalité, s'égarera lui-même dans ces dédales psycho-temporels.

Finies les productions d'époque? «Demain dès l'aube est un film d'époque... contemporain, dit Vincent Perez en souriant. Le film me plaît, car il n'impose à personne une ligne de pensée. La formation de musicien de Denis Dercourt le portait à diriger avec une sorte de métronome. Chaque intention était à sa place. Pour moi qui n'avais jamais travaillé avec Jérémie Renier [un des acteurs phares des frères Dardenne], ce fut une fête. On joue tous les deux à l'instinct, mais mon personnage était tout en retenue alors que le sien explosait.»

Denis Dercourt regrette de n'avoir pas assez mis en contexte ces jeux de rôles, courants dans plusieurs pays mais assez méconnus du grand public, davantage ici qu'en France. Si bien que le spectateur peut se sentir égaré au départ. «Je croyais que tout le monde connaissait le phénomène», précise le cinéaste. Il a assisté à des reconstitutions de batailles et à des campements militaires sans entrer dans le jeu.

Ce film lui apparaît comme son plus complexe et ambitieux, ayant conçu sa structure dramatique comme une partition, tout en tensions et détentes, jouant entre fantasmes historiques quasi schizophrènes et réalité. «Et puis, j'aimais bien que le personnage de Vincent Perez ait des réticences à pénétrer dans une époque du passé, y voyant une référence avec son ras-le-bol des oeuvres en costumes... De toute manière, je ne peux que louer sa patience, son professionnalisme. Il a passé six mois à apprendre à bien placer ses doigts sur le piano. Même les mélomanes ont été confondus par sa prestation...»

Depuis Demain, dès l'aube, Vincent Perez reçoit des propositions intéressantes. «On se rappelle soudain que je suis un acteur, dit-il. Les gens avaient besoin que je projette une nouvelle image. La voici!»






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