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Un épouvantable et douloureux secret

Odile Tremblay   24 octobre 2009  Cinéma

À retenir

    • Un ange à la mer
    • Réalisation et scénario: Frédéric Dumont.
    • Avec Martin Nissen, Anne Consigny, Olivier Gourmet, Julien Frisson.
    • Image: Virginie Saint-Martin. Montage: Glenn Berman. Musique: Luc Sicard.
On se croirait dans l'univers du cinéaste Claude Miller, dont les thèmes se concentrent souvent aussi sur l'enfance cassée par des parents désaxés ou incompétents. Avec une même fluidité de mise en scène, Un ange à la mer, premier long métrage de Frédéric Dumont, au départ documentariste, oppose la lumière à l'angoisse dans une petite ville du sud du Maroc, Sidi Ifni, sous le soleil, parmi les citronniers, près de la mer, quand rien ne va plus...

Cette histoire d'un petit garçon de 11 ans, Louis (Martin Nissen), qui idolâtre son père manipulateur et maniaco-dépressif, relève de la haute tragédie, et la musique inspirée ainsi que la poésie de Baudelaire font écho aux atroces tourments intérieurs de l'enfant.

Le film est à la fois poignant, intense, impitoyable et d'une grande beauté. Le tandem que forment l'exceptionnel Olivier Gourmet (ici au sommet de son art, hanté, dément, pervers) et le petit Martin Nissen (têtu, touchant, toujours juste) constitue la pierre d'assise de cette oeuvre douloureuse.

Tout repose sur un secret épouvantable: le désir de se suicider confié par le père (Gourmet) à son garçon (Nissen), au point de transformer l'enfant en ange qui veille et tremble, et de faire basculer sa raison. Mais c'est tout le noyau familial qui se désagrège devant nos yeux: la mère jouée avec beaucoup de finesse par Anne Consigny, plus proche de son fils aîné (Julien Frisson), à la fois inquiète et dépassée. Cette relation morbide entre père et fils élu, truffée de scènes-chocs, dont la tentative de noyade du chat est particulièrement malsaine, mais aussi cette vénération de l'enfant pour le père qui le manipule, tout culmine vers le dénouement noir et inéluctable.

La montée des crises paranoïaques du père, auprès de ses collègues, patrons et épouse, est développée avec un art consommé par Olivier Gourmet, que l'on n'avait pas vu aussi inspiré depuis ses prestations auprès des frères Dardenne.

Un ange à la mer est servi par une mise en scène d'intimité qui se colle aux personnages, sans prétentions ni prouesses, mais en déstabilisant le spectateur de bout en bout par sa tension constante. Il s'agit d'une coproduction entre la Belgique et le Québec, mais au montage les acteurs québécois, dont Louise Portal devenue figurante et Pierre-Luc Brillant à peine plus présent, ont subi de toute évidence le massacre à la tronçonneuse, pour éviter sans doute au film de se disperser à travers des figures secondaires. Quoi qu'il en soit, la distribution finale est presque exclusivement européenne, ce qui déçoit probablement l'équipe québécoise, qui s'est déplacée au Maroc à peu près pour rien.

 
 
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  • Robert Campeau
    Inscrit
    lundi 26 octobre 2009 22h46
    Sadique agonie d'un suicidaire
    C'est le titre qui m'est venu après avoir assisté à cette pénible descente aux enfers. D'autant plus pénible que les acteurs y sont tous convaincants, à commencer par le jeune Martin Nissen qui crève l'écran tout autant que son personnage nous déchire les entrailles. Pour tout vous dire, j'étais enragé noir en voyant apparaître le générique de la fin. Révolté par cette prise d'otage psychologique d'un enfant par un père toujours plus malade dont on en vient à souhaiter la mort, tant l'enfance broyée de son fils est à la limite du supportable. Un film confrontant qui laisse chaos et sans voix.

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