L'autre guerre des boutons
Le bédéiste devenu cinéaste Riad Sattouf parle de son film Les Beaux Gosses
À retenir
- Les Beaux Gosses prendra l'affiche à Montréal, à Québec, à Sherbrooke et à Gatineau le vendredi 30 octobre.
Riad Sattouf n'est pas le premier à affirmer que l'enfer, c'est... l'adolescence. Mais rassurez-vous: ce bédéiste né d'un père libyen et d'une mère française, bien connu en France pour ses albums (Pascal Brutal, Pauvres aventures de Jérémie, No Sex in New York, etc.) et ses collaborations avec Libération et Charlie Hebdo, décrit ce calvaire avec beaucoup d'humour.
Or, après plusieurs années à pratiquer le neuvième art, Riad Sattouf s'est laissé séduire par le septième. Il signe maintenant un premier long métrage, Les Beaux Gosses, véritable prolongement de son ¶uvre de bédéiste... et de ses propres expériences personnelles, celles d'un garçon qui a vécu en Syrie jusqu'à l'âge de 10 ans avant de s'établir avec sa famille en Bretagne. Les boutons d'acné, les belles filles qu'on admire de loin et en secret, les copains un peu débiles et l'obsession de la masturbation, Riad Sattouf connaît... et en parle abondamment!
C'est d'ailleurs ce qu'il fait d'une voix calme et feutrée dans le hall d'un hôtel du centre-ville lors du dernier Festival du nouveau cinéma. «Au collège, moi et mes copains, jamais nous ne sommes sortis avec des filles, affirme sans gêne le jeune cinéaste. On ressemblait beaucoup aux personnages du film en ce qui concerne leurs centres d'intérêt. Les filles très belles ne nous regardaient pas, les filles moins belles regardaient les beaux garçons et les filles pas belles du tout regardaient aussi les beaux garçons! Adolescent, mon fantasme, c'était qu'une fille magnifique s'intéresse à moi... sans que je sache pourquoi.»
Une tâche colossale
Ce fantasme est devenu en quelque sorte réalité dans Les Beaux Gosses, alors que deux lycéens à l'âge ingrat et aveuglés par la testostérone multiplient les efforts pour conquérir les filles de leur classe, une tâche colossale en partie récompensée, et ce, contre toute évidence. Coupes de cheveux à l'avenant, vêtements débraillés et peau en partie ravagée par l'acné, ils n'ont, pour ainsi dire, rien de semblable à Casanova. «Mes personnages, je n'arrive pas à les trouver laids, dit celui qui fut autrefois affligé des mêmes problèmes cutanés. Je vois bien qu'ils sont différents, et je ne voulais surtout pas que les comédiens soient comme dans les films américains: des mecs musclés avec des visages parfaits.»
Ceux-ci affichent d'ailleurs une aisance confondante, fruit d'un long travail de casting et d'une volonté farouche du cinéaste d'éviter les ego des acteurs professionnels. «Tourner avec des jeunes et des non-professionnels, ça me donnait une facilité. Ils me font confiance, ils ne vont pas juger ce que je vais leur dire mais tentent de le faire. En plus, ils étaient très proches de leur personnage et je leur demandais surtout d'être naturels, de bien comprendre ce qui se passait dans la scène.»
Cette fraîcheur a bien sûr ses revers. «Les explications étaient longues et je ne suis pas sûr qu'ils comprenaient de quoi parlait le scénario, sans compter qu'ils ne faisaient pas beaucoup d'efforts. En plus, ils n'arrivaient pas à faire le lien entre tourner le matin une scène qui se passe à la fin du film et l'après-midi une scène du début.»
Pour Riad Sattouf aussi ce premier film fut un long apprentissage, en bonne partie dans une atmosphère de plaisir («J'avais besoin d'une équipe avec qui je pouvais faire des blagues, car il me fallait plus de complicité que d'hypercompétence»). L'expérience des Beaux Gosses a-t-elle toutefois dérouté le bédéiste? «Avoir très vite des rapports humains assez intenses et avec beaucoup de gens, ça change terriblement de mon bureau. Et contrairement à ce que l'on croit, le cinéma et la bande dessinée, ça n'a rien à voir. Dans les deux cas, c'est une suite d'images qui racontent une histoire... mais c'est le seul point commun.»
Pour le moment, il ne semble pas intéressé à délaisser ses crayons, même si l'expérience fut gratifiante. «Le truc qui me plaît le plus, c'est de raconter des histoires, que ce soit en bande dessinée ou au cinéma. Si je voulais écrire un roman ou une pièce de théâtre, ça me plairait tout autant. Non, "je ne suis pas arrivé au cinéma". Pas du tout. Même si j'ai adoré ça.»
Collaborateur du Devoir
Or, après plusieurs années à pratiquer le neuvième art, Riad Sattouf s'est laissé séduire par le septième. Il signe maintenant un premier long métrage, Les Beaux Gosses, véritable prolongement de son ¶uvre de bédéiste... et de ses propres expériences personnelles, celles d'un garçon qui a vécu en Syrie jusqu'à l'âge de 10 ans avant de s'établir avec sa famille en Bretagne. Les boutons d'acné, les belles filles qu'on admire de loin et en secret, les copains un peu débiles et l'obsession de la masturbation, Riad Sattouf connaît... et en parle abondamment!
C'est d'ailleurs ce qu'il fait d'une voix calme et feutrée dans le hall d'un hôtel du centre-ville lors du dernier Festival du nouveau cinéma. «Au collège, moi et mes copains, jamais nous ne sommes sortis avec des filles, affirme sans gêne le jeune cinéaste. On ressemblait beaucoup aux personnages du film en ce qui concerne leurs centres d'intérêt. Les filles très belles ne nous regardaient pas, les filles moins belles regardaient les beaux garçons et les filles pas belles du tout regardaient aussi les beaux garçons! Adolescent, mon fantasme, c'était qu'une fille magnifique s'intéresse à moi... sans que je sache pourquoi.»
Une tâche colossale
Ce fantasme est devenu en quelque sorte réalité dans Les Beaux Gosses, alors que deux lycéens à l'âge ingrat et aveuglés par la testostérone multiplient les efforts pour conquérir les filles de leur classe, une tâche colossale en partie récompensée, et ce, contre toute évidence. Coupes de cheveux à l'avenant, vêtements débraillés et peau en partie ravagée par l'acné, ils n'ont, pour ainsi dire, rien de semblable à Casanova. «Mes personnages, je n'arrive pas à les trouver laids, dit celui qui fut autrefois affligé des mêmes problèmes cutanés. Je vois bien qu'ils sont différents, et je ne voulais surtout pas que les comédiens soient comme dans les films américains: des mecs musclés avec des visages parfaits.»
Ceux-ci affichent d'ailleurs une aisance confondante, fruit d'un long travail de casting et d'une volonté farouche du cinéaste d'éviter les ego des acteurs professionnels. «Tourner avec des jeunes et des non-professionnels, ça me donnait une facilité. Ils me font confiance, ils ne vont pas juger ce que je vais leur dire mais tentent de le faire. En plus, ils étaient très proches de leur personnage et je leur demandais surtout d'être naturels, de bien comprendre ce qui se passait dans la scène.»
Cette fraîcheur a bien sûr ses revers. «Les explications étaient longues et je ne suis pas sûr qu'ils comprenaient de quoi parlait le scénario, sans compter qu'ils ne faisaient pas beaucoup d'efforts. En plus, ils n'arrivaient pas à faire le lien entre tourner le matin une scène qui se passe à la fin du film et l'après-midi une scène du début.»
Pour Riad Sattouf aussi ce premier film fut un long apprentissage, en bonne partie dans une atmosphère de plaisir («J'avais besoin d'une équipe avec qui je pouvais faire des blagues, car il me fallait plus de complicité que d'hypercompétence»). L'expérience des Beaux Gosses a-t-elle toutefois dérouté le bédéiste? «Avoir très vite des rapports humains assez intenses et avec beaucoup de gens, ça change terriblement de mon bureau. Et contrairement à ce que l'on croit, le cinéma et la bande dessinée, ça n'a rien à voir. Dans les deux cas, c'est une suite d'images qui racontent une histoire... mais c'est le seul point commun.»
Pour le moment, il ne semble pas intéressé à délaisser ses crayons, même si l'expérience fut gratifiante. «Le truc qui me plaît le plus, c'est de raconter des histoires, que ce soit en bande dessinée ou au cinéma. Si je voulais écrire un roman ou une pièce de théâtre, ça me plairait tout autant. Non, "je ne suis pas arrivé au cinéma". Pas du tout. Même si j'ai adoré ça.»
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