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Fulgurante réussite

Martin Bilodeau   17 octobre 2009  Cinéma
Spike Jonze n'a pas fait un film pour les enfants, mais une oeuvre pour tous, intemporelle et lucide
Photo : Warner
Spike Jonze n'a pas fait un film pour les enfants, mais une oeuvre pour tous, intemporelle et lucide

À retenir

    • Where the Wild Things Are
    • (Max et les Maximonstres)
    • De Spike Jonze. Avec Max Records, Catherine
    • Keener, Mark Ruffalo, Pepita Emmerichs.
    • Scénario: Spike Jonze, Dave Eggers, d’après le livre de Maurice Sendak. Image: Lance Acord.
    • Montage: James Haygood, Eric Zumbrunnen.
    • Musique: Carter Burwell, Karen Orzolek.
Il faut une imagination explosive et un tempérament d’acier pour privilégier les choses simples et analogiques plutôt que l’épate et l’esbroufe numérique. C’est le cas de Spike Jonze, l’atypique réalisateur de Being John Malkovich et d’Adaptation, qui signe avec Where the Wild Things Are un des plus beaux films sur l’univers enfantin jamais créés au cinéma. Le génie fulgurant de ce film vrai, libre et profond, en porte-à-faux avec les modes et les styles narratifs, ne sera sans doute pas reconnu immédiatement, tant il jure dans le paysage dominé par Pixar, Disney et Harry Potter.

Where the Wild Things Are s’ouvre tel un film maison — caméra à l’épaule, sans souci apparent de beauté, alors que les cadrages sont tout du long d’une précision stupéfiante — sur le décor hivernal d’une banlieue américaine anonyme. Max (Max Records), dix ans, règne sur ce royaume désert. Sa sœur adolescente l’ignore, sa mère célibataire et pigiste (Catherine Keener) n’a pas de temps à lui consacrer. Une scène de rébellion vire en eau de boudin et le gamin prend la porte. La nuit est tombée. Un petit voilier mouille sur la rive du lac. Il embarque. Longue traversée. Une île au loin. Il débarque. Le lieu est peuplé de créatures monstrueuses, qui forment une société tendue, en pleine crise. Projection mentale de son état d’esprit? Reproduction en miroir de la géométrie familiale et sociale? Oui, mais pas que ça. L’enfant se proclame roi, pour le grand amusement des créatures parlantes dont il apaise les tourments. Joies et épreuves le remettront sur le chemin du retour.
 

Jonze, bien connu pour ses clips de Björk et de REM (ce qui peut expliquer qu’il ait la main lourde sur le plan musical), n’avait pas tourné depuis sept ans. Si bien que ce virage inattendu peut à première vue paraître suspect. On retrouve pourtant dans Where the Wild Things Are toutes les idées folles de ses films précédents: un héros malgré lui, solitaire et marginalisé, entré par l’issue de secours dans un univers déjanté qui sera transformé par sa présence. Au-delà des parentés, c’est la liberté narrative du film, inspiré du livre controversé de Maurice Sedak, qui impressionne. Jonze n’a pas fait un film pour les enfants, mais une œuvre pour tous, intemporelle et lucide, en trompe-l’œil, sur la solitude familiale et l’amour maladroit. 
 

Le résultat est puissant et, sur le plan stylistique, savamment rétro. Car en surface, nous sommes plus proches de Jim Henson que de Pixar. Inanimées, les créatures, d’une beauté extraordinaire, ne sont que des toutous, des marionnettes géantes. Leur vie intérieure, leur individualité, leur complexité (inédite au cinéma) émergent des gestes et des expressions qui leur sont données. À ce titre, Where the Wild Things Are possède les effets spéciaux les plus spectaculaires du cinéma récent. Pour la simple raison qu’on ne sait jamais si c’en est. Le récit, les sentiments, le film sont plus forts qu’eux.

 

Collaborateur du Devoir







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