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Cinéma - Humains dérisoires privés de rédemption

Odile Tremblay   17 octobre 2009  Cinéma

À retenir

    • A Serious Man
    • Réalisation et scénario: Joel et Ethan Coen. Avec Michael Stuhlbarg, Richard Kind, Fred Melamed, Sari Lennick.
    • Montage: Rederick Jaynes, Image: Roger Deakins. Musique: Carter Burwell.
Loin des oeuvres ambitieuses comme No Country for Old Men, mais infiniment plus substantiel que leur précédente comédie Burn after Reading, A Serious Man de la fratrie Coen est un bijou d'humour noir. Le film est réalisé sans grandes vedettes, sans budget spectaculaire, mais avec un scénario d'enfer.

Il rappelle par certains côtés Barton Fink, avec son personnage ahuri trimballé entre les catastrophes, à la judéité expiatoire. Woody Allen n'est pas loin non plus, à travers cet humour juif de haut vol, mais les rabbins prennent le relais des psychanalystes pour analyser tout croche la situation du pauvre diable de héros en 1967, dans son Midwest, alors que les cieux l'éprouvent comme Job sur son tas de fumier. Les frères Coen brossent un portrait sans espoir d'humains dérisoires privés de rédemption.

Avec une introduction délirante et fantasmagorique, une entrée en matière un peu longuette (seule réserve), puis un feu d'artifice de gags noirs, place à la vie de ce professeur de physique, honnête homme et bon mari (excellent Michael Stuhlbarg, expressionniste à la limite du mime), devant qui s'ouvrent toutes les brèches des châtiments inexpliqués. Son épouse (Sari Lennick) entend le laisser pour un veuf prétentieux et onctueux (Fred Melamed, puissamment insupportable), des lettres anonymes à ses supérieurs cherchent à le discréditer, son frère aîné à moitié fou squatte son domicile, sa fille le vole, son fils rebelle l'affole. Ajoutez une voisine sexy qui l'émoustille en se faisant bronzer nue devant ses yeux.

Comment demeurer un homme sérieux en pareil contexte? A Serious Man est un film axé sur la condition juive jusqu'à une certaine complaisance, mais si drôle et fou avec ses rabbins et ses démons à conjurer, si personnel aussi, à travers son nihilisme burlesque, qu'il en gagne une portée universelle. La scène où le fils stoned tente de lire la Torah à sa bar mitzvah est particulièrement désopilante, comme les fantaisies chez le dentiste. Les Jefferson Airplane chantent Somebody to Love, alors que tout s'écroule. L'ensemble est servi avec un montage serré comme les Coen en ont le secret, un rythme fou, des cadrages en folie, des regards abrutis, le frère à expédier par bateau vers un destin inconnu, la sépulture du rival à payer, et des questions absurdes: pourquoi tous ces malheurs s'abattent-ils sur ce juste? « Parce que », répondent les frères Coen en ricanant. Jouissif!
 
 
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