samedi 28 novembre 2009 Dernière mise à jour 14h07


Chercher

Inscrivez-vous (gratuit)
Mot de passe oublié?
Abonné papier? Connexion
S'abonner au Devoir
Publicité

Moteur! pour Xavier Dolan

Odile Tremblay   16 octobre 2009  Cinéma
Photo : Jacques Grenier - Le Devoir
Après la tornade de J'ai tué ma mère amorcée à Cannes, qui lui valut une flopée de prix internationaux, une reconnaissance publique et le statut de star instantanée au Québec, le jeune cinéaste Xavier Dolan ressort sa caméra dès vendredi pour tourner Les Amours imaginaires.

Une couette écourtée, un débit toujours accéléré, une hyperactivité créatrice. On attrape l'ami Xavier entre deux rendez-vous de repérage. Petit lutin qui fait des jaloux en imposant sa dégaine de zazou verbomoteur, son urgence de filmer avec ou sans moyens, sa culture précoce en étendard, mais qui par ses succès a réveillé l'espoir chez plusieurs artistes de sa génération. « Tête enflée! », crient les uns. « Bravo! », lui lancent ses admirateurs qui l'arrêtent en pleine rue. « Ce n'est pas moi qui ai changé, mais le comportement des autres à mon égard », répond-il. Il a toujours été un drôle d'insecte, de toute façon, accroché à sa bonne étoile.

Le tournage de Laurence Anyways, qui aborde les amours d'un transsexuel, prévu cet automne, a été repoussé à l'année prochaine. Partie remise. Mais voici qu'il met en branle dès vendredi, avec l'appui d'investisseurs privés, son plateau des Amours imaginaires.

Ce scénario, il l'a écrit très vite, avant d'aller au Festival de Toronto, après une traversée à trois des États-Unis l'été dernier. « Je suis conscient que mon modus operandi n'est pas adapté au financement du cinéma québécois, dit-il, mais j'ai pu recueillir certains fonds pour tourner cette année, tout en sachant que conserver ce rythme ne sera pas toujours possible. D'ailleurs, l'important pour moi n'est pas de faire un film par année, mais de tourner quand j'ai quelque chose à dire. Quand même: durant sept ans, on m'a tellement répété que j'étais trop petit, trop grand, trop jeune, trop vieux pour toutes sortes de rôles... alors oui, j'ai envie de travailler. On me dit chanceux, mais je fabrique aussi ma chance. L'argent du film, je suis allé le chercher. »

Le succès de son premier long métrage l'a aidé, bien entendu...

Les Amours imaginaires, qui donne la vedette à Niels Schneider (l'amant du pensionnat dans J'ai tué ma mère), à Monia Chokri et à lui-même, est un triangle amoureux. L'histoire de deux amis: un gars, une fille qui s'éprennent de la même personne. « Mais davantage que d'amour, c'est d'interprétation, de déformation de l'amour dont il est question ici, cette signification qu'on donne aux gestes, aux paroles équivoques des gens qu'on aime, explique-t-il. Certaines attitudes de séduction involontaire venant de personnalités ambiguës sont destructrices. »

Autour de ce trio, une armée satellite de fréquentations, d'amis lance des commentaires de manière ponctuelle.

Tourné en partie en plein Mile-End, le plateau démarre dans un chalet donnant sur une falaise à Lotbinière dans la région de Portneuf et de Sainte-Croix, où les protagonistes seront soumis à de grandes tensions émotionnelles. Vingt-cinq jours de tournage sont prévus et le montage se fera en décembre et en janvier. 600 000 $ de budget, une somme modeste, adaptée à son avis aux besoins d'un petit film.

« Pour Les Amours imaginaires, on ne dépose pas auprès des institutions, précise Xavier. Alors que Laurence Anyways, production à gros budget, possède un profil et une structure qui ne peuvent exister de façon indépendante, ce film s'accommode très bien d'une plate-forme underground. » Pour la première fois, il tournera avec de la pellicule. « Un luxe que j'avais hâte de m'offrir. J'appartiens à une génération qui préfère tourner en film. Le HD nous est impos à cause des budgets de production, mais la gestion de la lumière par la pellicule demeure inimitable. »

Les Amours imaginaires sera presque entièrement tourné caméra à l'épaule, histoire de mieux montrer la douloureuse nervosité des uns et des autres. S'il revendique pour ce film une influence, c'est celle de Husbands and Wives de Woody Allen, à cause du climat d'anxiété élevé, tantôt comique, tantôt tragique. C'est selon.

Le cinéaste de 20 ans se dit bien conscient que la notoriété a changé sa vie. « Mais le succès possède aussi des effets pervers. Je suis jeune, je vis simplement, je prends un verre avec mes amis, je lis, je vais au théâtre. Mais on ne m'envoie pas nécessairement les mêmes messages qu'avant. Certaines personnes qui m'ignoraient sont devenues flagorneuses. Des inconnus publient sur des blogues des informations sans fondement sur moi, comme s'ils me connaissaient depuis toujours. Ça peut devenir un repoussoir. »

Xavier Dolan avoue s'être senti déstabilisé par les impératifs promotionnels du succès. Il caressait le rêve d'accompagner J'ai tué ma mère à Cannes, comme au festival de Toronto. Sauf que voilà! Plusieurs autres rendez-vous cinématographiques ont sélectionné son film, dont celui de Reykjavik et de Namur (qui l'ont couronné). Or le jeune cinéaste a une phobie de l'avion, se sent mal à l'aise dans les voyages éclair et a brillé souvent par son absence, autant dans plusieurs festivals que lors des tournées promotionnelles. « Ça m'honore et me valorise de voir mon film sélectionné dans les festivals, mais je n'avais pas anticipé les implications de cette géographie du succès, dit-il. Un réalisateur peut-il créer sans le côté industriel attaché à la chose, sans avoir besoin de répéter sans fin les mêmes choses? J'aimerais que mon film soit apprécié pour lui-même. »

N'empêche: ça crée des mécontents des deux côtés de l'Atlantique quand le jeune cinéaste ne voyage pas avec son film. Il le sait, regrette surtout pour les festivals, forums de rencontres et d'échanges, répète que ça l'angoisse... et se remet à tourner illico, laissant J'ai tué ma mère faire son bonhomme de chemin sur les écrans du monde... sans lui.






Envoyer
Fermer

Haut de la page
Cet article vous intéresse?
Partager
Digg Facebook Twitter Delicious
 

Vos réactions

Triez : afficher les commentaires 
Déjà inscrit? Ajoutez votre commentaire ci-dessous

    Connexion




Cet article vous intéresse?
0 réactions
0 votes
 
Mots-clés de l'article
Recherche complète sur le même sujet


Abonnez-vous pour recevoir nos Infolettres par courriel
Choisir mes
infolettres

Articles les plus commentés

Publicité Festival du nouveau cinéma

Publicité

Les blogues du devoir

Vos commentaires

 
Recherche



Exemples de recherche :
Robert Sansfaçon
"directeur général des élections"

S'abonner au Devoir
Abonnez-vous au journal papier Le Devoir ou à la version Internet.
Publicité
Vous souhaitez annoncer dans Le Devoir, contactez le service de publicité.

» En savoir plus
© Le Devoir 2002-2009