Récit d'une illusion
À retenir
- An Education
- Réalisation: Lone Scherfig.
- Scénario: Nick Hornby, d'après le livre de Lynn Barber.
- Avec Carey Mulligan, Peter Sarsgaard, Dominic Cooper, Rosamund Pike, Alfred Molina.
- Image: John de Borman. Montage: Barney Pilling. Musique: Paul Englishby. Grande-Bretagne, 2009, 100 min.
Elle rêve de s'habiller en noir, de converser avec des philosophes à Saint-Germain-des-Prés, et elle écoute en boucle les disques de Juliette Gréco. Seulement, au début des années 1960, Paris semble inaccessible, surtout vu d'une triste banlieue de Londres. Cela n'empêche pas Jenny (gracieuse et intense Carey Mulligan), une jeune étudiante brillante, de se comporter en fille rêveuse, prête à se laisser éblouir par le premier beau parleur qui lui promettra la lune, et du champagne.
An Education, de la cinéaste danoise Lone Scherfig (Italian for Beginners, Wilbur Wants to Kill Himself), propose le récit d'une illusion, celle d'une adolescente qui croit devenir femme en sacrifiant ses ambitions, comme des études à Oxford, pour un homme voulant l'extirper de son milieu rigide et médiocre. Il est vrai qu'entre des parents incapables de trouver le chemin du West End et un séduisant trentenaire qui lui offre un week-end à Paris en claquant des doigts, le choix semble évident.
Ce passage, mélange d'ivresse jazzée et de cruelles déceptions, s'inspire ici des mémoires de la journaliste Lynn Barber, décrivant une Angleterre vivant en marge du Swinging London mais dont l'influence se fait inévitablement sentir. Un voile d'insouciance entoure David (Peter Sarsgaard, un regard à la fois candide et pervers), diplômé de la prestigieuse «university of life», toujours flanqué d'un couple d'amis (excellents Dominic Cooper et Rosemund Pike) aussi riche que superficiel. C'est avec eux que Jenny découvrira qu'il y a une vie en dehors de son école sans âme, de sa famille apeurée par le changement et de son quartier tristounet. Mais tout cela ne serait-il au fond qu'un luxueux miroir aux alouettes pour lequel il faut tout bazarder, y compris sa virginité?
Derrière un récit d'apprentissage maintes fois revisité se cache un portrait sensible et raffiné, celui d'une époque, mais surtout d'une adolescente qui veut grandir trop vite — et en paye le prix, du moins partiellement. Celui qu'on exige d'elle constitue le révélateur d'un milieu qui croit fermement à l'affranchissement social grâce au pouvoir des diplômes, et au prestige des établissements qui les décernent. Or le monde de David s'apparente plutôt à celui de l'argent facile, des boîtes de nuit et des voitures sport, une menace pour Jenny, selon deux femmes d'autorité de son entourage scolaire (Emma Thompson et Olivia Williams dans des rôles qui n'ont de secondaire que le nom).
D'une élégance toujours sobre, évitant les pièges du moralisme, dont celui autour d'une sexualité réprimée, An Education s'avère une autre réussite de la plus anglaise des cinéastes danoises, résolument éloignée de l'approche Dogme 95 (Italian for Beginners avait su apporter une légèreté bienfaisante à ce courant). Cette tranche de vie, jamais dépourvue d'humour et parée d'un léger parfum de nostalgie, s'apparente à une belle leçon d'émancipation, d'éducation en somme, et pas juste sentimentale.
Collaborateur du Devoir
An Education, de la cinéaste danoise Lone Scherfig (Italian for Beginners, Wilbur Wants to Kill Himself), propose le récit d'une illusion, celle d'une adolescente qui croit devenir femme en sacrifiant ses ambitions, comme des études à Oxford, pour un homme voulant l'extirper de son milieu rigide et médiocre. Il est vrai qu'entre des parents incapables de trouver le chemin du West End et un séduisant trentenaire qui lui offre un week-end à Paris en claquant des doigts, le choix semble évident.
Ce passage, mélange d'ivresse jazzée et de cruelles déceptions, s'inspire ici des mémoires de la journaliste Lynn Barber, décrivant une Angleterre vivant en marge du Swinging London mais dont l'influence se fait inévitablement sentir. Un voile d'insouciance entoure David (Peter Sarsgaard, un regard à la fois candide et pervers), diplômé de la prestigieuse «university of life», toujours flanqué d'un couple d'amis (excellents Dominic Cooper et Rosemund Pike) aussi riche que superficiel. C'est avec eux que Jenny découvrira qu'il y a une vie en dehors de son école sans âme, de sa famille apeurée par le changement et de son quartier tristounet. Mais tout cela ne serait-il au fond qu'un luxueux miroir aux alouettes pour lequel il faut tout bazarder, y compris sa virginité?
Derrière un récit d'apprentissage maintes fois revisité se cache un portrait sensible et raffiné, celui d'une époque, mais surtout d'une adolescente qui veut grandir trop vite — et en paye le prix, du moins partiellement. Celui qu'on exige d'elle constitue le révélateur d'un milieu qui croit fermement à l'affranchissement social grâce au pouvoir des diplômes, et au prestige des établissements qui les décernent. Or le monde de David s'apparente plutôt à celui de l'argent facile, des boîtes de nuit et des voitures sport, une menace pour Jenny, selon deux femmes d'autorité de son entourage scolaire (Emma Thompson et Olivia Williams dans des rôles qui n'ont de secondaire que le nom).
D'une élégance toujours sobre, évitant les pièges du moralisme, dont celui autour d'une sexualité réprimée, An Education s'avère une autre réussite de la plus anglaise des cinéastes danoises, résolument éloignée de l'approche Dogme 95 (Italian for Beginners avait su apporter une légèreté bienfaisante à ce courant). Cette tranche de vie, jamais dépourvue d'humour et parée d'un léger parfum de nostalgie, s'apparente à une belle leçon d'émancipation, d'éducation en somme, et pas juste sentimentale.
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