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Capitalisme: une histoire d'indifférence

Stéphane Baillargeon   3 octobre 2009  Cinéma
Michael Moore
Photo : Agence Reuters
Michael Moore
Le documentariste Michael Moore s'attaque au système capitaliste dans son nouvel essai cinématographique. Seulement, il n'y a à peu près que là que s'exprime la rage contre la machine du système-monde. Comment expliquer ce troublant silence sur fond de crise?

Le hasard, cette providence des incroyants, fait parfois bizarrement les choses. Hier arrivait en salle Capitalisme: une histoire d'amour, du documentariste américain Michael Moore, abonné aux charges pachydermiques, macaroniques, mais très peu subtiles. Au même moment, le public rendait un dernier hommage à Pierre Falardeau, cinéaste québécois décédé il y a une semaine, engagé pour « la liberté et l'indépendance », y compris dans la farce grossière du personnage d'Elvis Gratton, servi jusqu'à plus soif. Think big, 'stie...

Quel est le lien? Si on disait que dans un cas comme dans l'autre s'affiche la seule et unique manière populaire et médiatique de critiquer « le système » aujourd'hui: par la bouffonnerie tonitruante.

« On voit très peu de critiques radicales de la société, et celles qu'on voit sont habituellement caricaturales, note Anne-Marie Gingras, professeure au département de science politique de l'Université Laval, spécialiste de la communication politique. On a surtout droit aux critiques en forme de coup de gueule, de coup de poing, celles de Léo-Paul Lauzon, de Michel Chartrand, de Pierre Farlardeau ou de Michael Moore. Leurs interventions étaient ou demeurent généralement faciles, prévisibles, simplifiées et humoristiques. »

La professeure ajoute que la tendance semble aussi à la personnalisation émotive de l'information, même la plus critique et la plus sévère. Le Temps des bouffons de Pierre Falardeau proposait un texte assassin du cinéaste sur fond de party de riches au Beaver Club, à Montréal. Les films de Michael Moore « agitent la colère », comme le note Mme Gingras, qui n'a pas encore vu le dernier (moi non plus).

« Le discours reprend l'indignation que les gens ont contre les élites, poursuit-elle. Elle canalise les frustrations. C'est très bien, c'est rigolo et touchant, mais la critique profonde du système demeure relativement rare. »

Pourquoi? Pourquoi la mayonnaise critique ne prend-elle pas davantage? Encore moins de ce côté de l'Atlantique Nord d'ailleurs.

En fait, les perspectives critiques à l'ancienne, lentes, sérieuses et informées, il s'en trouve encore, mais en marge. On relit Marx sous le manteau... « Au plan intellectuel, on se retrouve dans une situation confuse, dit le professeur de philosophie politique Daniel Tanguay, de l'Université d'Ottawa. D'autres crises ont engendré des idéologies politiques, sociales et économiques qui offraient des solutions de rechange radicales. Après la crise de 1929, l'idée communiste et l'idée fasciste se présentaient en Europe comme des alternatives, tandis qu'en Amérique, le système a été transformé par les idées keynésiennes. Maintenant, il n'y a plus de solution de rechange habillée de pied en cap. Les gens de gauche ou d'extrême gauche ne sont plus capables d'articuler une option crédible de sortie radicale du capitalisme. Dans les faits, il leur faut demeurer réformistes. »

Évidemment, le communisme, comme le fascisme, a échoué lamentablement, avec des millions de morts, ou alors il est devenu la version du capitalisme despotique qu'on voit dans la Chine en pleine célébration de son 60e anniversaire. Même les étudiants de M. Tanguay qui se passionnent pour l'analyse néomarxiste du livre Empire de Michael Hardt et Antoni Negri ne savent pas expliquer quelle forme pourrait prendre le communisme, toujours appelé de leurs voeux.

« Le capitalisme apparaît alors comme une fatalité puisqu'on ne peut penser le monde autrement, poursuit le professeur, qui vient de diriger le dernier numéro de la revue québécoise Argument sur ce thème. Je crois même que la crise actuelle demeure irréelle. Elle semble virtuelle, abstraite. C'est la première crise de l'ère de la dématérialisation. Pour la penser, il faudrait peut-être la ressentir davantage réellement. Des gens en souffrent, bien sûr. Mais on sent que la surconsommation se poursuit et que la machine roule encore. »

Une part des jeunes intellos semblent attirés par les options libertaires, comme devrait le prouver le Forum social québécois qui ouvre jeudi prochain à Montréal sur le thème « Un autre Québec est en marche! ». La professeure Gingras y donnera une conférence samedi, sur le thème de la privatisation des savoirs.

« Je vais leur dire qu'il faut construire la critique de la société à partir des institutions existantes et non pas contre elles, confie-t-elle. On ne peut pas faire table rase de tout et rêver de repartir à neuf. Le nihilisme anarchiste de certains radicaux dessert l'analyse fine et nuancée. C'est un des problèmes de la gauche actuelle. »

Son collègue de l'Université d'Ottawa note que l'utopie écologique pèche par une logique inverse. « Les environnementalistes ont de la difficulté à proposer un futur qui serait une solution de rechange globale, dit-il. Au bout du compte, ils sont réformistes et le système les accepte. Au fond, ils sont prisonniers d'un paradoxe. Ils savent que moins de production et d'innovation ferait régresser l'humanité. »

Les professeurs d'université, ces fonctionnaires de l'humanité selon la formule du sociologue Pierre Bourdieu, ont eux-mêmes de la difficulté à articuler et à renouveler la pensée réformiste ou révolutionnaire. « Les sciences sociales sont affectées elles aussi, dit le professeur Tanguay. Elles ne vivent pas une période florissante. Elles s'intéressent beaucoup aux questions très normatives, loin du réel. Et quand la tempête est venue, elles se sont trouvées fort dépourvues. »

Il faut nuancer évidemment. Les sciences sociales de l'Université Laval penchent plutôt à droite. Celles de l'Université York, à Toronto, abritent des gauchistes assumés. Seulement, les médias ne s'intéressent plus aux productions savantes des uns comme des autres. Mme Gingras observe que « Le Devoir est un des derniers espaces de médiation des idées semblables » et que « La Presse refuse les textes le moindrement intellectuels ».

M. Tanguay ajoute que ce combat est foutu. « Pour pouvoir transmettre une information, il faut frapper et faire court, dit-il. Le travail intellectuel de profondeur demande du temps. À Tout le monde en parle par exemple, il faut exprimer ses idées très vite dans un climat de divertissement. Les intellectuels sont perdants d'avance dans ce contexte, ce qui laisse la place aux Michael Moore qui travaillent à la scie mécanique... »

Restent les nouveaux réseaux virtuels, qui relaient tout et n'importe quoi, y compris la critique. « Il peut y avoir beaucoup de sites et de blogues intéressants, mais il faut voir le niveau de fréquentation de ces espaces, conclut alors Anne-Marie Gingras. L'information sur Internet est encore fondamentalement alimentée par les sites des médias traditionnels. La base de la structure d'information est là, et c'est là que l'absence de la critique se fait le plus cruellement sentir... »
 
 
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  • Julien Bétancourt
    Inscrit
    samedi 3 octobre 2009 07h21
    Et l'utopie.
    Si Le Devoir est un des derniers espaces de médiation des idées révolutionnaires, alors il faudrait parler de l'utopie d'instaurer sur Terre une nouvelle communauté humaine sans l'argent comme le propose le mouvement Utopia dont vous pouvez prendre connaissance des idées à cette adresse:
    http://mouvementutopia.site.voila.fr/
    Y a-t-il vraiment une autre alternative à ce Capitalisme si dégradant?

  • Marc Ouimet
    Abonné
    samedi 3 octobre 2009 09h54
    Le Panoptique: espace de débat et de perspectives
    Cet article met, fort justement, l'accent sur le retranchement des universitaires dans une critique sociale souvent décontextualisée et surtout désinvestie de la société, tout comme des médias généralistes dans un discours consensuel et politically correct laissant peu de place à la critique sociale mordante.

    Comme aiment à le ressasser les journalistes, le web fournit effectivement un espace d'expression libre de toute contrainte institutionnelle, de censure, mais aussi de vérification de la justesse des dires. Est-ce à dire que c'est le cas de tous les sites? Je dirige la revue en ligne d'actualité internationale Le Panoptique, et j'ose dire que notre projet, comme d'autres, se distingue de la pléthore des blogues par un constant souci de rigueur, d'investissement social de la connaissance spécialisée et, surtout, de vulgarisation de celle-ci.

    Car le problème comporte plusieurs facettes. D'abord, et peut-être avant tout, les universitaires se sont depuis longtemps repliés dans une production savante et quasi-opaque, peu accessible au grand public, diffusée dans des réseaux de publications spécialisées et écrite dans un langage parfois incompréhensible au commun des mortels. Le fait est également que les journalistes ne disposent bien souvent ni du temps, ni du bagage de connaissances nécessaire pour véritablement faire le pont entre ces travaux et le grand public, alors que les corporations pour lesquelles ils travaillent semblent mal tolérer la diffusion d'une critique trop sentie de l'ordre établit dont elles tirent leurs revenus.

    Devant ce constat, l'équipe du Panoptique, qui est formée de jeunes intellectuels disposant d'un ancrage disciplinaire solide (maîtrise, doctorat) mais surtout soucieux d'intervenir de façon accessible et critique dans le débat public, propose des textes d'analyse poussant plus loin que le seul compte-rendu de l'actualité l'appréhension des enjeux actuels. En effet, démocratie, changements climatiques, capitalisme, mondialisation, identité et autres sujets fondamentaux peuvent et doivent se comprendre autrement qu'au travers de l'écume de l'actualité qui ne dit pas grand-chose de la vague de fond.

    S'il est effectivement vrai qu'on ne peut penser, sauf en souscrivant à une idéologie ouvertement révolutionnaire, de faire table rase des structures de notre société, peut-être le web nous fera-t-il réaliser qu'aux structures devront inévitablement s'adjoindre les réseaux (de citoyens, de solidarité, d'idées, etc.) qui animent de plus en plus fortement la société civile. Parce que les citoyens veulent plus de transparence, plus de participation, moins de dirigisme opaque et partisan.

    Qu'une universitaire déplore que seule la critique en coups de gueule des Moore, Chartrand et Falardeau ait une résonnance médiatique laisse en même temps transparaître son propre désinvestissement de la pensée critique engagée, de même qu'une certaine condescendance (celle-ci expliquant peut-être cela) envers des voix qui s'expriment peut-être crûment et parfois de façon populiste, mais qui au moins parlent à beaucoup plus de gens que ne le font les articles scientifiques.

    Entre ces pôles, notre revue tente de se positionner comme un espace de débat, une agora permettant la diffusion d'une critique réfléchie et la confrontation d'opinion réfléchie. Cette agora aux fondements de la démocratie, cet idéal évacué par la société de consommation, cet oxygène indispensable aux esprits critiques et engagés que l'espace public actuel marginalise et oblige au pamphlet pour avoir un racoin d'attention et de tribune médiatiques.

    Pour voir le monde autrement : www.lepanoptique.com

    Pour une critique des plus sérieuses et fouillées du capitalisme néolibéral : Richard Brouillette, L'Encerclement - La démocratie dans les rets du néolibéralisme

  • Pierre Girard
    Abonné
    samedi 3 octobre 2009 11h47
    C'est l'énergie de la conscience qui a le pouvoir de libérer ce monde.
    Le problème de base c'est que nous croyons qu'il faut penser en terme de système et de structure. C'est l'erreur monumentale qui, de génération en génération, nous emprisonne dans les labyrinthes de ces systèmes et structures rigides qui sont un leurre... un piège qui empêche nos consciences de se développer. Nous ne savons même pas qui nous sommes individuellement véritablement. Nous essayons toujours de rebâtir à partir de ce qui est déjà là, de ce que nous cherchons à sauver parce que nous pensons que cela a de la valeur. Nous oublions que notre cerveau n'utilise pas plus de 10 % de sa capacité. Alors, nous refaisons toujours l'erreur de croire, d'imaginer que ce 10 % est suffisant pour bâtir un monde décent.

    La solution première est de se libérer de ce grand mensonge, de prendre conscience que le monde que nous percevons avec ses structures et ses multiples croyances - religions, sciences, toutes nos perceptions arrêtées, etc. - n'est rien d'autre que le reflet illusoire issu de notre faible état de conscience, si nous pouvons appeler cela de la conscience. Nous sommes comme des petits enfants, comme des poupons même, sur le plan de la conscience . Mais nous vivons dans l'illusion que nous sommes des êtres pleinement conscients.

    Tout, ou à peu près tout est mensonge ici à cause de cela.

    Les choses ne peuvent être changées pour le mieux que par les puissantes énergies créatrices que génèrent des états de consciences individuelles et collectives associées, non pas à des fabulations enfantines répétitives et imbéciles, mais par une vision réelle de l'immense potentiel créatif de chacun de nous individuellement.

    Chacun de nous, individuellement, est un être immense et personnellement capable de faire des choses inconcevables aux yeux de nos piètres inconsciences contaminées par nos croyances, et par ce que nous nous sommes convaincu (ou laissé convaincre) de ce qui est vrai ou réel. Cela (notre inconscience) ne sert que les bandits de ce monde qui tirent consciemment avantage de cela pour des montagnes d'argent, et pour la griserie que leur procure leur pouvoir. Ils dominent ce monde depuis des lustres. Nous le savons tous, mais nous préférons ne pas nous en souvenir...

    « La vraie trahison est de suivre le monde comme il va et d'employer l'esprit à le justifier. » (Jean Guéhenno)

  • Jean François Bissonnette
    Inscrit
    samedi 3 octobre 2009 12h34
    Une défaite de la pensée critique?
    Que le capitalisme soit détestable, ce n'est pas ce qu'il y a de plus difficile à démontrer. On ne saurait reprocher à Michael Moore de le faire, même d'une manière simpliste. Il a un talent indéniable, et surtout une audience considérable, bien qu'on se demande s'il fait plus que prêcher à des convertis. Au moins, il a le mérite d'avoir sorti un mot des boules à mites: "capitalisme", et ainsi d'exposer ce système dans lequel nous vivons et qui cherche trop souvent à passer pour une seconde nature. Qui sait l'effet que peut encore avoir, aujourd'hui, de s'écrier: "le roi est nu"!
    Qu'au fil d'un montage serré, en bon rhétoricien de la pellicule, il ne fasse guère plus qu'en tirer des conclusions populistes, c'est autre chose. Mais que souhaiterait-on? Qu'il conclue son film par une citation de Marx, tel un intellectuel du haut de sa chaire? Ou qu'il se transforme en prophète, pointant au loin la direction d'une Terre promise?
    Certains ont annoncé que la chute du Mur, il y a vingt ans, signait la fin de l'Histoire, et que la démocratie libérale et l'économie de marché étaient devenus l'horizon indépassable de l'humanité, pour la plus grande satisfaction d'un "dernier homme" qui ne souhaite pas trop être bousculé dans sa vie rangée et sa contemplation narcissique. Faut-il y voir la résignation de la pensée à imaginer, à élaborer des alternatives, ou bien un diagnostic lucide sur le peu d'empressement de nos contemporains à remettre en question leur mode de vie?
    Il est vrai que si on s'est remis à parler de "capitalisme", et de la nécessité de le "réformer" voire de le "moraliser", bien peu ont-ils publiquement souhaité voir le jour de son effondrement final, pas même Moore. Au fond, nous sommes tous des capitalistes, nous avons tous intérêt à ce que le système persiste. Tous? Je ne sais pas, à vrai dire.
    Mais chose certaine, le libéralisme est bel et bien le cadre dans lequel prennent forme tous nos rêves, individuels et collectifs. Il n'y a pas jusqu'au commerce équitable qui ne fonctionne comme adjuvant moral de l'économie de marché. On ne se surprendra pas que même les philosophes les plus aguerris s'avèrent eux aussi incapables de projeter leurs esprits brillants par-delà l'horizon de notre époque, et d'en revenir pour éclairer, au fond de notre caverne, la promesse d'un avenir "clefs en main". De toute façon, ce serait sans doute vain et dangereux.
    Après tout, Marx non plus ne s'est pas risqué à tracer le portrait d'une société communiste, bien qu'il lui eut paru inéluctable, au terme d'un raisonnement rigoureux, qu'une telle société advienne. On sait tous que, sur ce point au moins, il s'est trompé, mais peut-être certains souhaitent-ils encore asseoir le philosophe sur un trône. Ils sont de toute façon peu nombreux, et c'est tant mieux, car le philosophe n'a pas à se substituer à la société lorsqu'il s'agit de faire des choix quant à l'avenir.
    Le rôle de la pensée politique n'est pas de se prendre pour une prophétie. Il est de poser un diagnostic sur le présent, de souligner les contradictions qui rendent intenable l'organisation sociale actuelle, mais il n'est pas de prescrire une médication. Oui, il peut être désespérant pour le penseur d'avoir cette impression de prêcher dans le désert, de vivre en des temps d'indifférence, où seuls des Michael Moore parviennent, avec leur bonhommie toute antiphilosophique, à se faire entendre. Mais peut-être faut-il les en remercier? Moins rigoureux - et moins repoussant - que la "dialectique négative", le cinéma de Moore ne fait pas qu'enfoncer des portes ouvertes. À nous autres, philosophes, de nous enfoncer derrière, si l'on souhaite élever le niveau de la critique. Et tant pis si Québécor ou Gesca, ou même le Devoir ne diffusent pas nos textes!

  • Jacques Morissette
    Abonné
    samedi 3 octobre 2009 13h00
    Le capitalisme actuel, une épave demain qu'on essaie de maintenir encore à flot.
    Le capitalisme est comme un navire aujourd'hui, peut-être une épave demain qu'on essaie tout bonnement de maintenir à flot
    D'abord, je ne pense pas que le capitalisme a réussi là où le communisme et le fascisme ont échoué. Le capitalisme est en train d'échouer lui aussi, mais petit à petit. La différence de notre système capitalisme, c'est qu'il y a tellement d'intervention, avec des respirateurs artificiels, qui rendent son agonie beaucoup plus longue.

    Comme vous dites, le discours de ceux qui le critique est très souvent vraiment simpliste. Je m'interroge parfois moi aussi pourquoi à ce sujet. J'ai cependant une petite réponse pour le moment. C'est que la plupart de ceux qui font les frais de notre système capitalisme (les vaincus!) ne sont pas habitués à manger ce genre de mayonnaise.

    Il y a une autre explication aussi, mais cette fois du côté de ceux qui critique le système capitaliste. Encore là, ça fait aussi parti de mon questionnement. C'est que ça prend probablement une très grande force psychologique pour dire le contraire de ceux qui y croient. C'est-à-dire les vrais gagnants du système capitaliste ou ceux, bien sensible, qui ont le préjugé d'y croire candidement.

    L'être humain a un instinct grégaire et quand on critique le système capitalisme, c'est comme de mettre en doute la solidité et l'étanchéité de ses fondations. Une autre raison de plus pour comprendre la contre performance, en terme d'image, de plusieurs de ceux qui le critiquent. Pourtant, notre image dans la société occidentale où nous vivons compte beaucoup plus que le contenu des messages que nous livrons.

    Cela aussi, les critiques du système capitaliste devraient en tenir compte. Quand l'image ne passe pas, souvent le contenu de ce que nous avons à dire ne passe pas non plus. Et c'est un moyen de plus pour ceux qui défendent le système capitaliste en mettant l'accent sur l'image plutôt que sur le contenu de ce que leurs adversaires de ce système ont à dire à son sujet. Cela dit, c'est un peu ça que vous faites, vous et votre invitée pour l'occasion, en mettant l'accent sur leur image en somme, dans votre façon de décrire ceux qui critiquent le capitalisme.

    Tant qu'à moi, le marxisme est le frère cadet du capitalisme. Il ne fait que chercher à tirer la couverture de son côté. Un peu comme si il n'y avait pas autre chose, en terme de valeurs, que le dieu du capital. Ici, je m'arrête pour dire que notre civilisation occidentale aurait besoin d'une bonne thérapie. Il y a beaucoup qui s'identifie à leur statut, leur argent et à leur avoir sans quoi ils ne seraient probablement rien.

    Le fascisme ne vaut guère mieux. Le capitalisme, le marxisme et le fascisme ne sont que des façons très primaires de se simplifier les choses. De tous ces systèmes, c'est le capitalisme et son histoire qui a le plus de soldats pour le défendre. J'ai l'impression que nous vivons présentement des moments historiques importants de transition. Il y a un mur que l'humanité devra sauter.

    Mais il faut croire aussi que l'humanité a d'autant plus peur que personne ne sait ce qu'il y a de l'autre côté. Chose encore plus importante, il y a aussi que la plupart de nos élites, les nantis, ne sont pas vraiment intéressés à faire ce grand pas. Pourquoi? Tout simplement parce que les privilèges sont comme un ciment qui les empêchent d'avancer. Historiquement parlant, nous cherchons à conquérir d'autres planètes en ce moment.

    Je pense que c'est une utopie réalisable. Et, le jour où ça arrivera, j'espère que ça nous ouvrira d'autres horizons que notre poussiéreux système capitaliste lamentable. L'être humain a cette magnifique aptitude à s'adapter au changement, quand les circonstances s'y prêtent. J'espère que notre conquête de l'espace nous permettra de voir qu'il existe d'autres horizons que ceux dans lesquels nous avons vécus jusqu'à présent?

  • Gilbert Talbot
    Abonné
    samedi 3 octobre 2009 13h35
    Pas d'utopie, la réalité!
    Je regrette Julien, mai je ne suis pas d'accord pour se sauver dans l'utopie. C'est ce que nous servent les médias à coeur de journée dans tous leurs téléromans fictions ou nouvelles du jour. Je préfère de loin l'emprise sur la réalité à travers le journalisme d'enquête sérieux qui nous révèle à chaque jour maintenant la corruption qui sous-tend toute entreprise capitaliste. Je préfère Michael Moore, Michel Chartrand, Amir Kadhir, Leo-Paul Lauzon, Pierre Falardeauou monsieur Michaud, (son prénom m'échappe, mais c'est lui qui pourfend l'abus des CA des grandes compagnies) Noam Chomsky et l'Aut'journal, qui à contretemps combattent à leur façon, dans leurs mots, les maux du capitalisme.

    C'est vrai que la population baigne majoritairement dans l'illusion que nous transmettent régulièrement les grands médias occidentaux. Vous savez, ça marche la fabrication du consentement et la société du spectacle. Cependant, le doute commence à se répandre de plus en plus, surtout depuis l'effondrement des bourses et la perte de 40 milliards de la Caisse de dépôt. La participation aux élections est à la baisse et l'accès à internet est à la hausse.

    La première utopie a été écrite par Thomas Moore, l'ami de Henri VIII. Vous savez ce qui lui est arrivé ? Moore a tenté de finasser en se taisant, mais Henri VIII l'a piégé dans un faux procès et lui a fait couper la tête, parce qu'il ne voulait pas reconnaître son pouvoir religieux, contre celui du Pape.

    Fuyons l'utopie. Battons-nous ensemble contre la corruption capitaliste. Identifions amis, alliés et ennemis. Retroussons-nous les manches et mettons les tous à la porte. Ces pourritures (le beau mot de Falardeau), un mot juste qui convient à ces êtres pervers, immoraux, génécideurs, que sont les grands pontes de la finance mondiale et leurs serviles disciples québécois Libéraux, Conservateurs, Péquistes et autres Utopistes religieux et sectaires.

  • Godefroy
    Abonné
    samedi 3 octobre 2009 14h13
    Fatalité de profs et scie mécanique
    « L'information sur Internet est encore fondamentalement alimentée par les sites des médias traditionnels. La base de la structure d'information est là, et c'est là que l'absence de la critique se fait le plus cruellement sentir...» !

    Les profs arrêtez de vous plaindre. Lorsque vous publiez, combien vendez-vous de livres ? Si vous voulez de la publicité faites des films et créez des sites Web intéressants - il y en plus que vous ne croyez -. On va vous regarder et lire. Vous n'êtes pas ¨foutu¨.

  • Jacques Morissette
    Abonné
    samedi 3 octobre 2009 16h36
    Je n'ai rien contre le système capitaliste, sauf que...
    Je trouve déplorable la contrefaçon dont on s'en sert. Le lièvre après quoi on court est le capital, rien d'autre. Le concurrent est l'ultime ennemi à abattre, sauf s'il y a collusion. Il y en a même qui disent que c'est normal, la règle des petits amis.

    Je veux bien m'amuser à jouer au jeu de Monopoly, mais à la condition que les règles soient les mêmes pour tout le monde. Au fait, est-ce que les règles sont les mêmes pour tout le monde? En tous les cas, c'est ce qu'on essaie de nous faire croire. "Heureux les simples, car le royaume des cieux est à eux."

  • Marc-Aurèle Lachance
    Inscrit
    samedi 3 octobre 2009 18h00
    Scepticisme positif!
    Il faut d'abord être suffisamment critique pour identifier le problème contemporain.

    Sur le plan social, nous constatons une perte d'unité et une superficialité accablante des liens sociaux. La brièveté des rapports sociaux est inversement proportionnelle à leur profondeur. D'où un désengagement des individus à un modèle social rassembleur. Et de fait, qui prend le temps de parler de l'avenir de la société avec son agriculteur, son caissier, ou même son voisin?

    Sur le plan économique, nous avons vécu une des plus graves crises depuis 1929. Par cette crise, s'accroissent singulièrement d'une part les pertes d'emplois et d'autre part l'écart riche-pauvre, écart qui favorisait déjà une oligarchie. Et il y a presque pire, les dessous malsains de l'économie ne parviennent pas à faire publiquement et durablement surface. Bernard Madoff n'a-t-il pas rapidement plaidé coupable afin que l'attention publique ne soit trop longtemps portée sous les voiles philanthropiques de Wallstreet? Ne sont-ils pas rares les médias qui ont mis en lumières les oeuvres peu charitables de la Fondations Gates?

    Sur le plan politique, il y a une tendance à la privatisation des systèmes publiques et au discrédit de l'État associé à l'ascension de policiens gonflables, chargés de diriger des dossiers nécessitants des connaissances à propos desquelles ils sont plus qu'ignares (Ex. Gary Goodyear).

    Sur le plan historique, une perte de reconnaissance d'appartenance à un passé humain et un manque de vision d'avenir collectif éclairée d'un regard critique sur l'histoire humaine. Nombreux sont nos contemporains pour qui le temps et l'histoire sont vécus sous le régime du très court terme, voire de l'instantané.

    Sur le plan écologique, nous pouvons anticiper, sinon constater pour les captifs de l'instantanéité, les menaçantes crises environnementales: réchauffement climatique, chute de la biodiversité, pollution des sols fertiles et des écosystèmes...

    Sur le plan humain, d'une part la montée du fanatisme, religieux principalement. Le modèle contemporain nous donne l'illusion que les seuls groupement communautaires admis sont religieux. D'autre part, la façon à la mode de vivre l'histoire promeut l'égocentrisme individualiste. Cela peut sembler paradoxal, mais il n'en est rien, car cette conception de l'histoire affecte surtout les individus sans religion, les religions sachant très bien comment péréniser leurs pratiques. Les communautés humanistes non religieuses sont ainsi disséquées, et les communautés religieuses en sont revitalisées. Mais si «dieu» peut tout, il peut certes pousser au fanatisme, et c'est là où nous en sommes...

    Ces symptômes sont l'expression d'une pathologie dont voici une définition simple:

    Néolibéralisme n.m. Écon. Doctrine libérale, apparue à la fin des années 1970, qui n'accepte qu'une intervention limitée de l'État (Larousse)

    À ce mal, il n'y a pas 56 solutions positives. Il faut une Révolution structurelle du système pour en dé-capiter l'oligarchie, c'est-à-dire en limiter les capitaux. Il faut politiquement s'attaquer à l'oligarchie et au modèle économique qu'elle défend (note 1). Non pas abolir les capitaux, ce serait se couper d'une monnaie d'échange, d'un médium d'échange, voire même salir du délire une utopie réaliste (une utopie n'est pas nécessairement chimérique, malgré l'air du temps, c'est une tentative de répondre à la question «Où allons-nous?», quoique de façon forcément incertaine), une alternative positive. Il n'y a pas de télépathie économique. Il faut un milieu, un médium: la poésie des mots et des sens pour les sentiments, l'argent pour l'échange (qu'il faut espérer équitable pour tous) des marchandises. Revenir au troc serait revenir à l'anarchie du premier négoce et à des mécanismes de fixation de prix qui seraient fonction de préjugés du moment. Ce ne serait donc pas progressiste, mais retrograde! Qui de solidaire à la lucidité voudra payer son compte d'Hydro-Québec en tartes aux fraises, en travail de secrétariat, en diagnostics, pronostics ou traitements médicaux, en cours de physique? Et quels atroces problèmes de gestion pour l'État? Il faut une unité de mesure plus flexible, plus abstraite et l'argent, électronique ou non, est là pour ça. L'argent n'est pas un mal tant qu'il est un moyen pour la pensée rationnelle et écocitoyenne! C'est en tant que principe téléonomique que l'argent pose problème!

    D'ailleurs comment éviter qu'une fois cette oligarchie dé-capitée, une autre ne prendra pas sa place? Il est difficle d'en être certain effectivement, mais les chances que cela se reproduise sont diminuées si est pris le problème à sa base, si l'«on prend le mal par la racine», comme on dit. Il s'agit de restructurer ce sur quoi s'appuie la présente oligarchie: c'est-à-dire sa doctrine. De la sorte, sont évinçées les conditions de production d'une éventuelle oligarchie sur les mêmes bases. Or, dans le cas présent, cette doctrine est le néolibéralisme. Pourquoi un tel scepticisme envers le néolibéralisme, nos économistes d'aujourd'hui seraient-ils endoctrinés comme nos politiciens et nos juristes de jadis? Il semble que oui, puisqu'ils peinent à remettre en cause le néolibéralisme malgré ses échecs, et cela trahit un fanatisme certain. Et il apparaît qu'il faille séparer aujourd'hui l'économie de cette doctrine comme hier il fallut séparer politique et droit de la religion. En d'autres termes, il faut laïciser l'économie. Sinon nous subirons encore les tristes effets d'un «In god we trust» économique, ce dont les personnes lucides n'ont pas besoin pour prendre leçon.

    La doctrine maintient l'oligarchie et, bien évidemment, à son tour l'oligarchie maintient la doctrine. Ce faisant, l'oligarchie se soustrait du peuple qu'elle domine de plus en plus par la doctrine qu'elle promeut proportionnellement, ce qui rend possible de sinistres abus de puissance. Mais ainsi soustraits du peuple les oligarques ont-ils encore droit de vote dans un État où le peuple est souverain, ce qui devrait-être le cas de tout État démocratique? Ainsi endocriné et exclut du peuple, ces oligarques qui nous dirigent sont-ils encore laïcs? Ainsi auto-exclu du peuple, peuvent-ils encore avoir recours à la Constitution pour se protéger? Au Droit pour les protéger? À l'État pour défendre leur droit de propriété? Les plus radicaux diront non.

    Quelques mesures, peut-être, suffiraient pour les identifier et permettre d'incrimer les coupables de tels écarts riches-pauvres et abus de pouvoir...

    Instaurer un RMA, un revenu maximal admissible, est certainement une mesure proritaire à apporter au présent système.

    Une façon d'y parvenir? Diviser les statuts des personnes physiques et personnes morales (Corporations).

    -Pour chacune de ces classes de personnes, déterminer le revenu moyen et l'écart-type pour l'État dont ils font parti. Reconnaître coupable quiconque fait plus de K écarts-types au-dessus de la moyenne (K doit être une constante pour tous. K = 4, par exemple).

    -Ou encore établir le seuil de pauvreté de l'État. Reconnaître coupable toute personne physique qui obtient un salaire L fois supérieur à ce seuil (L doit être une constante pour tous. L = 100 par exemple). Reconnaître coupable toute personne morale obtenant un profit ML fois supérieur à ce seuil, cette dernière mesure permettant d'éviter les monopoles (M doit être une constante pour tous. M = 100 par exemple, ou une proportion du PIB).

    Une amende possible, qui serait sans doute qualifiée de «socialiste» par ces oligarques, pourrait être la confiscation stricte de toute somme dépasssant la limite prescrite, au profit d'une redistribution de la richesse via un investissement dans les arts, les sciences, l'école publique, l'environnement, le système de santé... et de l'aide aux États étrangers et à l'ONU!

    (1) À ce sujet, l'article d'Hervé Kempf dans Le Monde d'aujourd'hui est très à propos. Cet article est disponible à l'adresse:

    http://www.lemonde.fr/opinions/article/2009/10/03/

  • Raymond Labelle
    Abonné
    samedi 3 octobre 2009 20h21
    M. Lauzon présente des analyses sérieuses et profondes.
    M. Lauzon a fait des dénonciations, entre autres, des compagnies pétrolières et des institutions financières, qui étaient extrêmement solides, détaillées, fouillées, profondes et irréprochables. Vous n'avez qu'à chercher un peu sur l'Internet ou même, le rapport de certaines de celles-ci dans le Devoir pour vous en rendre compte. M. Lauzon sait qu'il n'a pas beaucoup droit à l'erreur car sinon il se ferait écrabouiller sur la place publique par les géants qu'il attaque. Mme Gingras est très injuste en occultant cet aspect. Je ne nie pas que M. Lauzon puisse faire des coups de gueule et que sa passion puisse transparaître mais même en ces circonstances, M. Lauzon demeure très instructif quand il présente ses analyses approfondies de notre économie.

  • Patrick Lavoie
    Abonné
    samedi 3 octobre 2009 22h08
    MONDIALISATION.CA
    La critique est là, mais elle n'est pas écoutée. Les médias devraient faire leurs devoirs et aller à la source de l'information (parler des faits, tout simplement)plutôt que de transmettre bêtement les propagandes des portes paroles politiques officiels (Politiciens, Banque du Canada, FMI, Banque Mondiale, FED, Union Européenne, etc.) qui jouent tous le jeux de la stratégie, de la fourberie, de l'hypocrisie... Les grands (escrocs) de ce monde jouent une partie d'échecs. Ils ne disent jamais leurs coups d'avance. Et ils nous font croire n'importe quoi pour nous induire en erreur pour leur permettre de spéculer, voler, tricher... Les journalistes ont tellement peur d'être subjectifs qu'ils ne font que citer, rapporter les messages d'entités totalement subjectives... Ils ne sont donc que des courroies de transmission... Ils servent le pouvoir.Dans un tel contexte, seule la vérité est subversive!!! Vérité=faits!!!

    Lisez Mondialisation.ca!!! Là, il y a critique, observations de faits, remise en question!!!

  • Jacques Morissette
    Abonné
    dimanche 4 octobre 2009 09h06
    Je n'ai jamais douté de la grande honnêteté et du sérieux de monsieur Lauzon.
    Le problème, c'est que la majorité des gens attachent plus d'importance au contenant qu'au contenu. C'est dire que les Lauzon et Cie, en plus de leurs analyses sérieuses, doivent aussi et surtout travailler sur leur image médiatique. Il ne faut pas oublier que les soldats défenseurs du système capitalisme à l'état brut, au contraire des messieurs Lauzon et Cie, sont aussi d'habiles flagorneurs.

  • Samuel Blouin
    Abonné
    dimanche 4 octobre 2009 19h59
    Public'action
    En tant qu'étudiant en sciences sociales, je suis absolument d'accord avec le manque total de critique. Les plateformes permettant d'exprimer une opinion contraire aux idées reçues demeurent marginales, c'est pourquoi des amis et moi avons créé le journal web Public'action (www.publicaction.yolasite.com) ayant pour but de proposer une alternative aux médias traditionnels. Nous désirons proposer aux gens une autre façon de concevoir l'information. Les citoyens ne doivent pas simplement assimiler l'information, mais bien la décortiquer et la critiquer. Je ne veux pas dire critiquer bêtement, mais plutôt analyser avec sa pensée critique qui est trop peu développée par l'école.

    Samuel Blouin

  • Bernard La Riviere
    Abonné
    mercredi 7 octobre 2009 09h18
    Vu hier ce film
    Stéphane Baillargeon (qui n'a pas vu le film) rapporte les propos d'Anne-Marie Gingras (qui n'a pas vu le film) et de Daniel Tanguay (qui n'en parle pas) au sujet de la critique «populaire et médiatique» du «système» comparée à la critique universitaire sérieuse à laquelle les médias ne s'intéressent plus.

    Allez voir le film. Si vous trouvez ça aussi insignifiant que le dit l'article, je vous paye le popcorn (blague).

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