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J'accuse

Martin Bilodeau   3 octobre 2009  Cinéma

À retenir

    • Capitalism: A Love Story (Capitalisme: une histoire d'amour)
    • Documentaire écrit et réalisé par Michael Moore. Image: Dan Marracino, Jayme Roy. Montage: John Walter, Conor O'Neill. Musique: Jeff Gibbs. États-Unis, 2009, 105 minutes.
Juste avant qu'un avion de Continental Airlines ne s'écrase dans une banlieue de Pittsburgh, en février dernier, le pilote et sa copilote discutaient... de leurs trop bas salaires annuels de 19 000 $. C'est là une des nombreuses révélations contenues dans le nouveau pamphlet de Michael Moore, Capitalism: A Love Story, et elle sert d'argument pour illustrer les absurdités et iniquités d'un modèle socioéconomique ruiné par l'usure, le libéralisme et la déréglementation.

Après avoir passé le peigne à poux sur le système de santé américain (Sicko), le réalisateur, qui s'est fait connaître avec Roger & Me et a inspiré (entre autres) notre Infoman, met le présent à l'épreuve de l'Histoire pour constater que la crise économique actuelle était inévitable, ce que tous les économistes ont confirmé après coup, sans que la majorité ait pu le prédire. À sa manière ludique — jeans délavés, chemise à carreaux, barbe en bataille et casquette vissée sur la tête —, le redresseur de torts monte au front contre Wall Street et, comme Zola horrifié par l'antisémitisme de ses compatriotes, accuse au « je » les bandits à cravate qui ont mis à genoux la classe moyenne américaine et obtenu du gouvernement le soutien économique refusé aux individus affligés.

Capitalism: A Love Story, moins documentaire que film-essai, est un appel à la résistance. Des propriétaires saisis par la banque à qui le cinéaste recommande de squatter leurs maisons; des ouvriers congédiés sans préavis ni compensation qui occupent leur usine comme ça s'est fait en Argentine, etc. Compte tenu du potentiel très émotif du sujet, Moore fait ici preuve d'un sens de la mesure qui manquait à Fahrenheit 911. Pour mettre les spectateurs dans sa poche et susciter leur indignation, il n'a eu qu'à colliger une trentaine de « vérités » troublantes, à les humaniser par des témoignages de spécialistes interloqués et de victimes en pleurs, à venger symboliquement ces derniers — il entoure un immeuble d'un grand prêteur hypothécaire d'un ruban jaune sur lequel est inscrit « scène de crime » —, puis à organiser et contrôler le discours par un montage vivant et hautement démagogique. La recette n'est plus à faire, mais on continue de s'étonner de sa prodigieuse efficacité.

***

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