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Festival international du film de Toronto - Guerre et amour sur trois continents

Martin Bilodeau   16 septembre 2009  Cinéma
Le cinéaste du long métrage Life During Wartime, Todd Solondz, en compagnie de l’actrice Charlotte Rampling.
Photo : Pascal Ratthé
Le cinéaste du long métrage Life During Wartime, Todd Solondz, en compagnie de l’actrice Charlotte Rampling.
Drôle de titre que celui qui coiffe le nouveau film de Todd Solondz projeté hier au 34e Festival international du film de Toronto: Life During Wartime. La vie en temps de guerre. Drôle parce que la guerre menée par les Américains en Irak et en Afghanistan est à peine évoquée dans cette suite non officielle de Happiness, qui en 1998 avait produit sur les spectateurs non préparés au carnage l'effet d'une mine antipersonnel. Nous émergions vivants, mais drôlement amochés, de ce champ de bataille émotionnel où les tabous, notamment celui de la pédophilie, étaient fusillés à vue.

Avec les mêmes personnages, joués par différents acteurs, Solondz nous remet le nez dans le caca de la même famille dysfonctionnelle. Le temps a passé et le papa pédophile (Ciaran Hinds) sort de prison. Sa femme (Allison Janney) s'apprête à se remarier. Le fils autrefois abusé est à l'université. Son petit frère pose trop de questions. Va pour la cellule interne. En périphérie, les deux soeurs névrosées, l'une pleurnicharde et aux abois, l'autre froide comme un iceberg, se grattent les bobos en se déclarant heureuses.

Après les décevants Storytelling et Palindromes, Solondz retrouve la forme avec ce téléroman haut de gamme sur le mensonge et les faux bonheurs. Certaines situations étirées frisent la complaisance, mais en revanche les dialogues affûtés nous atteignent en plein coeur. Là réside la force de celui qui s'était fait connaître avec Welcome to the Dollhouse. Life During Wartime, ludique et désinvolte en surface, en dessous brutal et déchirant, nous redonne envie d'aller jouer avec lui. Et Charlotte Rampling, le temps de deux scènes remarquables, vous fera comprendre pourquoi.

Espérons le voir bientôt sur nos écrans. Tout comme Le Refuge, nouvel opus de François Ozon, qui vient de poser un lapin au FIFT en annulant sa venue. Dommage, car le film, qui n'a pas de distributeur au Québec, est solide et ravira ceux qui comme moi préfèrent sa veine réaliste (Sous le sable, Le Temps qui reste) à ses fantaisies extravagantes (8 femmes, Angel).

Isabelle Carré, si lumineuse, met en veilleuse ses beaux yeux expressifs pour camper une ex-junkie qui s'est isolée dans une maison au bord de la mer pour y mettre au monde l'enfant de son conjoint mort d'une surdose (Melvil Poupaud). Le frère gay de ce dernier (Louis-Ronan Choisy) vient lui rendre visite et prolonge son séjour alors que, contre toute attente, une amitié naît entre eux avant qu'un «intrus» ne vienne briser l'équilibre fragile de leur complicité. Le film sur la culpabilité, le pardon et la filiation s'ensoleille à partir de ce moment et vire au triangle amoureux rappelant en esprit le court métrage d'Ozon Une robe d'été.

Le Sud-Coréen Hong Sang-soo possède quant à lui l'une des voix les plus originales du cinéma asiatique contemporain. Pensez Rohmer et Truffaut, avec un penchant pour la digression, l'ellipse et l'insolite, et un flegme quasi britannique. Like You Know It All est fidèle à son style, révélé entre autres dans La femme est l'avenir de l'homme. Il illustre ici en deux temps, dans un scénario au miroir, les mésaventures d'un cinéaste d'auteur, d'abord dans un festival où il prend part au jury, puis dans son ancienne école où il a été invité à présenter son dernier film. Soif de reconnaissance et penchant pour les femmes ne font pas bon ménage et le scénario cultive bévues et humiliations au gré d'un récit un peu trop relâché, mais qui trouve sa rédemption à la onzième heure.

Parlant onzième heure, celle du FIFT survient de plus en plus hâtivement chaque année. Les séances publiques sont toujours aussi bondées, comme en témoignait hier celle de Soul Kitchen, le nouveau film de l'Allemand Fatih Akin dont je vous parle demain. Mais côté presse et industrie, qui roule son festival en parallèle de l'«officiel», c'était déjà très clairsemé hier. Le FIFT serait-il en train de devenir l'événement d'un long week-end?






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