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Deux Miller sur un plateau

Claude et Nathan Miller, père et fils, à la réalisation de Je suis heureux que ma mère soit vivante, en compétition au FFM, explorent à quatre mains le parcours d'un garçon adopté, brisé par l'abandon

Odile Tremblay   5 septembre 2009  Cinéma
Claude Miller et son fils Nathan
Photo : Pascal Ratthé
Claude Miller et son fils Nathan
Célèbre cinéaste français tant qu'on voudra, Claude Miller demeure un peu Québécois d'adoption. Il vient souvent faire sa postproduction chez nous. On le rencontre ici et là dans nos rues, figure familière du FFM aussi, où Un secret fut couronné en 2007. «À Montréal, on travaille mieux, estime-t-il. Tout est plus simple.»

Il s'avoue reconnaissant à notre public d'apprécier ses films depuis si longtemps. Garde à vue, Mortelle randonnée, L'Effrontée et La Petite Voleuse faisaient déjà un malheur sur nos écrans des années 1980. D'ailleurs, un de ses comédiens fétiches est notre Yves Jacques, qu'il a dirigé dans plusieurs films: de La Classe de maître à Betty Fisher et autres histoires en passant par La Petite Lili et Un secret, et La Chambre des magiciennes.

Je suis heureux que ma mère soit vivante, dernier opus millérien cette fois coréalisé avec son fils Nathan, présenté en compétition au FFM a reçu ici un accueil enthousiaste. Le tandem arrive tout juste du Festival de Venise, où le film était projeté dans une section parallèle. Collé aux thématiques chères à Miller de l'enfance amochée par des adultes criminels ou irresponsables, culminant avec La Classe de neige, le sujet lui allait comme un gant. «Certains adultes sont difficiles à gérer pour des enfants, mais alors que les parents peuvent s'exprimer, les enfants manquent de mots. C'est ce qui rend fascinante l'exploration de leur univers.»

Claude Miller, comme la plupart des cinéastes ayant une longue feuille de route, trouve de plus en plus difficile d'imposer des films personnels à l'ère du divertissement. «Mais Un secret, mon long métrage précédent, a connu un énorme succès. Ça devient quand même un acte de résistance de proposer des films qui font travailler le cerveau tout en apportant du plaisir. Les deux peuvent aller de pair, bien entendu.»

Depuis 13 ans, le projet de Je suis heureux que ma mère soit vivante, était sur la table de producteur Jean-Louis Livi et de Jacques Audiard. L'écrivain-scénariste Emmanuel Carrère avait rédigé une chronique basée sur un fait divers, relatant la quête de sa mère naturelle par un garçon adopté, qui l'avait retrouvée avant de péter les plombs. Audiard était pris ailleurs, notamment sur Un prophète, son chef-d'oeuvre, et ne put porter l'histoire à l'écran. De fil en aiguille, Claude Miller a fini par embarquer dans l'aventure aux côtés de Nathan.

Il y a bien des fratries de cinéastes: les Coen, les Dardenne, les Larrieu, entre autres, alors pourquoi pas le père et le fils? «On se connaît tellement, déclare Claude Miller, que nous n'avons pas besoin de beaucoup de mots pour nous comprendre.»

Depuis 1986, sur le tournage de L'Effrontée, Nathan cadrait, tenait la seconde caméra, celle qui se collait aux détails intimistes des films de son père. Il avait réalisé des courts métrages et le making of de La Classe de neige. Pour Je suis heureux... ils ont retravaillé le scénario original d'Alain Le Henry, creusant plus profondément la psychologie de l'enfance, s'appropriant l'histoire, d'abord oeuvre de commande.

Le film n'a pas réclamé un gros budget. Tourné surtout en banlieue parisienne, à travers des méthodes de souplesse.

«On ne voulait pas de têtes d'affiche, explique Claude Miller, d'autant plus que je sortais d'un film à vedettes avec Un secret. J'admire beaucoup le cinéma des frères Dardenne, qui ont mis en scène des têtes peu connues, ce qui ajoute au réalisme quand il s'agit de traiter un sujet quotidien. Je suis heureux que ma mère soit vivante est très proche du véritable fait divers et on voulait que le spectateur y croit. Le film est une histoire d'amour. Le garçon a une relation trouble avec sa mère adoptive, mais aussi avec cette mère naturelle qu'il a cherchée toute sa vie.»

«Claude devait s'occuper des acteurs, de la mise en scène, précise Nathan, moi de la caméra, mais rien ne marchait comme prévu. Au bout de deux heures, c'était le bordel. Il m'a alors demandé de le diriger moi-même.»

Mais le père veillait aussi au grain, visionnait chaque scène et avait minutieusement préparé en amont la mécanique du film. «Je n'ai parlé ni aux acteurs ni aux techniciens, mais une bonne partie de la création d'un film se déroule aussi avant le tournage: au repérage, au casting, aux décors. Rien ne passait sans l'accord de l'autre, de toute façon.»

La scène la plus difficile: «Celle de l'acte de violence, affirme Nathan Miller. Pour moi, la journée la plus longue de tout le tournage...»

L'expérience et le résultat leur ont plu, alors père et fils disent envisager de nouvelles collaborations, sans projet particulier en ce sens pour l'instant. Nathan prépare son propre long métrage, sur la vie de Chateaubriand. Claude Miller, de son côté, décidément épris du Québec, viendra tourner cet hiver dans le nord-ouest des Laurentides Voyez comme ils dansent, l'histoire d'une Parisienne arrivée dans un village québécois après la mort de son ex-mari qui se voit recueillie par sa dernière épouse. Marina Hands, Isabelle Carré, James Thierree, (le petit fils de Charlie Chaplin, présent aussi dans Liberté de Tony Gatliff) seront de la distribution. Également... Yves Jacques, bien entendu. Miller cherche encore le reste de sa distribution québécoise.











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