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Leçons particulières

André Lavoie   4 juillet 2009  Cinéma
Élève libre, de Joachim Lafosse: un intérêt intarissable pour la sexualité sous toutes ses formes.
Élève libre, de Joachim Lafosse: un intérêt intarissable pour la sexualité sous toutes ses formes.
Ceux qui examinent, effarés, les taux élevés de décrochage scolaire au Québec ressentiront sans doute un certain malaise devant Élève libre, du cinéaste belge Joachim Lafosse (Nue propriété). Même si l'on y voit un adulte dévoué consacrer une bonne partie de son temps à essayer de sauver un adolescent dont les rares succès sont sur un terrain de tennis et non en classe, sa manière n'a rien d'orthodoxe. Ses leçons particulières s'avèrent en effet très... particulières.

Cette perversité qui n'ose dire son nom, ces rapports troubles entre des personnages enfermés entre quatre murs, cette fois à la ville, Bruxelles, contrairement à la campagne sans joie de Nue propriété, constituent les marques distinctives du cinéma de Joachim Lafosse. Dans Élève libre, il y a toutefois un souci esthétique plus apparent, autant dans l'agencement décoratif de ces intérieurs interchangeables que dans le raffinement de ces adultes dont on ne sait pratiquement rien, sauf leur intérêt intarissable pour la sexualité sous toutes ses formes.

Entre les mathématiques et la littérature, le jeune Jonas (Jonas Bloquet, du courage et de l'abandon pour un rôle casse-gueule) va en apprendre beaucoup sur le sujet. Délaissé par ses parents séparés et confié aux bons soins (?) de trois amis de la famille, un couple aux idées libertaires (excellents Yannick Renier et Claire Bodson) et leur copain Pierre (Jonathan Zaccaï, d'une froideur énigmatique), Jonas s'épanche sur ses malheurs: sa déception de devoir mettre en veilleuse sa carrière de futur champion de tennis et sa crainte de s'inscrire à une école technique après des échecs répétés en classe régulière. Pierre, celui dont personne ne semble connaître les préférences sexuelles, s'offre de l'accompagner dans un apprentissage accéléré pour éviter cette filière, mais peu à peu, les discussions tournent sur ses rapports sexuels avec une fille de son âge. De la théorie à la pratique, dans Élève libre, il n'y a vraiment qu'un pas, et un petit coin de canapé...

Ceux qui avaient été quel-que peu rebutés par l'austérité de Nue propriété trouveront dans Élève libre matière à séduction. Joachim Lafosse libère ici sa caméra pour traquer le lent processus d'encerclement de ces curieux bourgeois faussement émancipés autour de leur victime à l'innocence évidente, malgré sa curiosité grandissante.

Ce traquenard s'élabore toutefois sans précipitation, le plus souvent dans l'appartement de Pierre, jamais inscrit dans un cadre extérieur, comme si Bruxelles, voire la Belgique, n'existait pas pour ces personnages pris tout entiers dans leurs désirs de subtile domination.

Loin de l'approche frontale, et provocante, d'un Larry Clark (Kids, Bully) ou d'une Catherine Breillat (Romance), l'acte sexuel chez Joachim Lafosse se joue tout à la fois dans le hors-champ et dans les yeux mi-clos de Jonas, devenu plus souvent qu'à son tour le joujou de ses mentors à la moralité douteuse. Étonnamment, cette pudeur visuelle contribue à distiller un malaise devant les gestes posés, et surtout sur la part de souffrance, et de plaisir, que Jonas expérimente. Loin d'être un film à thèse ou une charge purement manichéenne sur les abus sexuels, Élève libre s'attarde autant sur l'entreprise de séduction mise au point par ces prédateurs élégants que sur la fascination mêlée d'embarras d'un adolescent qui, comme tant d'autres, croit qu'il suffit de passer à l'acte (sexuel) pour devenir un homme. Et ne comptez pas sur une finale aussi sobre qu'ambiguë pour établir une séparation nette et précise entre bons et méchants.

***

Collaborateur du Devoir

***

Élève libre

Réalisation: Joachim Lafosse. Scénario: Joachim Lafosse et François Pirot. Avec Jonas Bloquet, Jonathan Zaccaï, Yannick Renier, Claire Bodson. Image: Hichame Alaouié. Montage: Sophie Vercruysse. Belgique-France, 2008, 105 min.
 
 
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