Bêtisier dolanien
Photo : Jacques Grenier
Xavier Dolan
Or donc, l'ami Xavier, Pierrot à couette surgi d'une boîte à surprises, est devenu une icône nationale instantanée, à l'ahurissement ravi de ses proches, avec son désormais célèbre premier long métrage J'ai tué ma mère, célébré à Cannes. La machine médiatique s'est emballée. Assez pour nous inspirer quelques craintes de séquelles psychologiques dans son cerveau de damoiseau. Et s'il avait perdu la tête à l'instar de Susan Boyle, quoiqu'en mode mignon, sous les décibels des trompettes de la renommée... Si ses fans l'avaient dévoré tout rond, comme le héros du Parfum, de Süskind, dont les badauds s'arrachaient des bouts? Les vagues démesurées créent parfois des effets de ressac. Si le Québec allait brûler ce qu'il a adoré... Que de si, que de doutes, déjoués par lui avec l'aplomb du vieux pro. Car le p'tit navigue à vue, déjà ailleurs, voguant vers son oeuvre future. Et l'attrape qui pourra...
La machine à «plogues» commence à s'essouffler, faute de matériaux neufs sur sa petite personne. Reste la critique. Reste aussi à attendre la réponse du public devant J'ai tué ma mère, en salles depuis hier. Jamais film québécois n'aura bénéficié d'une telle offensive promotionnelle. Voilà qui attire les foules et les mouches. Pareille conjoncture, mêlant âge, inexpérience, prestige cannois, film charmant tourné quasiment en temps réel — regard d'ado sur lui-même —, relève de l'épiphénomène. Xavier doit prouver qu'il ne fut pas qu'une bonne histoire, ni la saveur du mois chassée par la suivante, mais un nom installé à demeure dans notre paysage cinématographique. Certains attendent au détour son second long métrage. Le succès fait aussi des jaloux... Il planche sur ce Lawrence Anyways, puissant antidote contre les chimères de la gloire minute. Suite au prochain numéro.
Quand même, un petit quiz en forme de bêtisier s'imposait sur notre précoce et glorieux copain. Voici quelques questions-réponses à l'usage des xavieromanes de tout poil, avides de sa jeune chair précieuse.
Q: Faut-il canoniser la mère de Xavier, Geneviève Dolan, qui inspira la femme à abattre (jouée par Anne Dorval) dans ce film d'ado révolté contre sa génitrice?
R: Oui, cent fois oui. D'autant plus que, maigre budget oblige, les scènes domestiques furent tournées dans l'appartement même de la maman, à Longueuil. Au décor maternel, Xavier a ajouté des éléments particulièrement décalés: papillons et bouquets de fleurs séchées. Non seulement accepta-t-elle de voir son image malmenée à l'écran et son intérieur kitschisé, mais Geneviève se dévoua pour l'équipe, lorsque le plateau campa chez elle, et appuya son garçon de tout son amour. En hausse!, comme ils disent à La Presse, pour cause de désintéressement suprême.
Q: Où Xavier a-t-il trouvé les ahurissants costumes arborés par sa mère et sa copine?
R: Au Village des valeurs. Pas cher et foisonnant à pleins rayons de toilettes pour épouvantails à moineaux. La costumière Nicole Pelletier accomplit également force miracles en ajoutant des horreurs tirées de sa boîte à malice personnelle.
Q: Xavier Dolan est-il né de la cuisse de Jupiter?
R: Un peu, tout de même. Fils d'un père égyptien (Manuel Tadros), il descendrait, lui assure depuis toujours sa grand-mère, en ligne directe des pharaons.
Q: Comment les Français ont-ils accueilli à Cannes la scène apparemment calquée sur Les 400 Coups, de François Truffaut?
R: Ils n'y ont vu que du feu. Personne n'aurait pu imaginer que Xavier ignorait tout de ce film avant d'insérer dans le scénario la même scène que Truffaut, où il déclare à l'école que sa mère est morte. On lui avait d'abord conseillé de modifier ce passage, avec du moins une allusion au classique truffaldien mais, après avoir vu Les 400 Coups, il a laissé la réplique en place. Avec raison. Cannes célébrait cette année — autre hasard — les 50 ans de la projection des 400 Coups sur sa Croisette. Chacun y a repéré un clin d'oeil charmant... et prémédité, comme de bien entendu.
Q: Quelle scène lui causa le plus de fil à retordre?
R: Une des toutes premières, lorsque la maman mange un bagel en se crémant les lèvres de fromage blanc. Xavier et Anne Dorval riaient tellement qu'ils n'ont pu retrouver leur sérieux qu'à la quatorzième prise, après une pause salutaire de quinze minutes.
Q: Elle vient d'où, cette piqûre du cinéma?
R: De Mort à Venise, de Visconti, admiré à 16 ans. Xavier avait trouvé d'une telle justesse la réaction du personnage de Dirk Bogarde, en attente de ses bagages, feignant d'être en colère tout en trépignant de joie à l'idée de revoir le jeune Tadzio, qu'il eut envie d'essayer de capter à son tour pareils moments de grâce.
Q: Et ce désir cannois?
R: Né d'un regard à la télé sur Pierre Bourgault et Ginette Reno en balade sur la Croisette, au son du Carnaval des animaux, de Saint-Saëns, à l'heure où Léolo, de Jean-Claude Lauzon, concourut là-bas en 1992. Xavier comprit alors que seul un océan séparait un cinéaste québécois de ses rêves.
Q: Xavier Dolan se coupera-t-il un jour la couette?
R: Jamais!, répond le principal intéressé, en s'aveuglant de sa toison avec béatitude.
Q: Le phénix des hôtes de ses bois a-t-il des défauts?
R: Eh oui! Faut pas croire... Il est colérique, bordélique, distrait, retardataire. Il veut aussi tout contrôler. Ce qui ne devrait d'ailleurs pas changer de sitôt, les foyers de résistance ayant désormais abdiqué.
***
otremblay@ledevoir.com
La machine à «plogues» commence à s'essouffler, faute de matériaux neufs sur sa petite personne. Reste la critique. Reste aussi à attendre la réponse du public devant J'ai tué ma mère, en salles depuis hier. Jamais film québécois n'aura bénéficié d'une telle offensive promotionnelle. Voilà qui attire les foules et les mouches. Pareille conjoncture, mêlant âge, inexpérience, prestige cannois, film charmant tourné quasiment en temps réel — regard d'ado sur lui-même —, relève de l'épiphénomène. Xavier doit prouver qu'il ne fut pas qu'une bonne histoire, ni la saveur du mois chassée par la suivante, mais un nom installé à demeure dans notre paysage cinématographique. Certains attendent au détour son second long métrage. Le succès fait aussi des jaloux... Il planche sur ce Lawrence Anyways, puissant antidote contre les chimères de la gloire minute. Suite au prochain numéro.
Quand même, un petit quiz en forme de bêtisier s'imposait sur notre précoce et glorieux copain. Voici quelques questions-réponses à l'usage des xavieromanes de tout poil, avides de sa jeune chair précieuse.
Q: Faut-il canoniser la mère de Xavier, Geneviève Dolan, qui inspira la femme à abattre (jouée par Anne Dorval) dans ce film d'ado révolté contre sa génitrice?
R: Oui, cent fois oui. D'autant plus que, maigre budget oblige, les scènes domestiques furent tournées dans l'appartement même de la maman, à Longueuil. Au décor maternel, Xavier a ajouté des éléments particulièrement décalés: papillons et bouquets de fleurs séchées. Non seulement accepta-t-elle de voir son image malmenée à l'écran et son intérieur kitschisé, mais Geneviève se dévoua pour l'équipe, lorsque le plateau campa chez elle, et appuya son garçon de tout son amour. En hausse!, comme ils disent à La Presse, pour cause de désintéressement suprême.
Q: Où Xavier a-t-il trouvé les ahurissants costumes arborés par sa mère et sa copine?
R: Au Village des valeurs. Pas cher et foisonnant à pleins rayons de toilettes pour épouvantails à moineaux. La costumière Nicole Pelletier accomplit également force miracles en ajoutant des horreurs tirées de sa boîte à malice personnelle.
Q: Xavier Dolan est-il né de la cuisse de Jupiter?
R: Un peu, tout de même. Fils d'un père égyptien (Manuel Tadros), il descendrait, lui assure depuis toujours sa grand-mère, en ligne directe des pharaons.
Q: Comment les Français ont-ils accueilli à Cannes la scène apparemment calquée sur Les 400 Coups, de François Truffaut?
R: Ils n'y ont vu que du feu. Personne n'aurait pu imaginer que Xavier ignorait tout de ce film avant d'insérer dans le scénario la même scène que Truffaut, où il déclare à l'école que sa mère est morte. On lui avait d'abord conseillé de modifier ce passage, avec du moins une allusion au classique truffaldien mais, après avoir vu Les 400 Coups, il a laissé la réplique en place. Avec raison. Cannes célébrait cette année — autre hasard — les 50 ans de la projection des 400 Coups sur sa Croisette. Chacun y a repéré un clin d'oeil charmant... et prémédité, comme de bien entendu.
Q: Quelle scène lui causa le plus de fil à retordre?
R: Une des toutes premières, lorsque la maman mange un bagel en se crémant les lèvres de fromage blanc. Xavier et Anne Dorval riaient tellement qu'ils n'ont pu retrouver leur sérieux qu'à la quatorzième prise, après une pause salutaire de quinze minutes.
Q: Elle vient d'où, cette piqûre du cinéma?
R: De Mort à Venise, de Visconti, admiré à 16 ans. Xavier avait trouvé d'une telle justesse la réaction du personnage de Dirk Bogarde, en attente de ses bagages, feignant d'être en colère tout en trépignant de joie à l'idée de revoir le jeune Tadzio, qu'il eut envie d'essayer de capter à son tour pareils moments de grâce.
Q: Et ce désir cannois?
R: Né d'un regard à la télé sur Pierre Bourgault et Ginette Reno en balade sur la Croisette, au son du Carnaval des animaux, de Saint-Saëns, à l'heure où Léolo, de Jean-Claude Lauzon, concourut là-bas en 1992. Xavier comprit alors que seul un océan séparait un cinéaste québécois de ses rêves.
Q: Xavier Dolan se coupera-t-il un jour la couette?
R: Jamais!, répond le principal intéressé, en s'aveuglant de sa toison avec béatitude.
Q: Le phénix des hôtes de ses bois a-t-il des défauts?
R: Eh oui! Faut pas croire... Il est colérique, bordélique, distrait, retardataire. Il veut aussi tout contrôler. Ce qui ne devrait d'ailleurs pas changer de sitôt, les foyers de résistance ayant désormais abdiqué.
***
otremblay@ledevoir.com
|
Édition abonné
La version longue de certains articles (environ 1 article sur 5) est réservée aux abonnés du Devoir. Ils sont signalés par le symbole suivant :
|
Envoyer Fermer
Haut de la page

