Festival de Cannes - Gloire au blanc-bec
Cannes d'abord, et la vie ensuite! Il y en a des phénix qui attendent encore de savourer le triomphe sur la Croisette — certains n'y auront jamais droit. Et dans ce monde du cinéma où brillent les pédants et les vaniteux, il y a ceux, rafraîchissants de naïveté, attendrissants d'ambition, qui font leurs premiers pas à Cannes en récoltant une triade d'honneurs, premier film sous le bras.
Xavier Dolan. Tout a été dit sur lui, mais on n'a encore rien vu. Au propre, comme au figuré. Son film J'ai tué ma mère a épaté à la Quinzaine des réalisateurs — trois prix l'auréolent, de quoi placer son jeune auteur-acteur-producteur-réalisateur en état de lévitation permanent. Mais il n'arrivera en salle au Québec que début juin: même sa mère ne l'a pas encore vu!
Il était le gamin espiègle des publicités de Jean Coutu, au milieu des années 90. D'un air angélique camouflant les cornes d'un diablotin, le jeune Dolan demandait au commis s'il ne pourrait pas «mettre un prix sur [sa] soeur, t'sé, pas cher...».
Aujourd'hui, c'est sa mère qui a un prix. Le public québécois pourra bientôt vérifier la teneur véritable de ce jeune homme de 20 ans dont on a déjà fait un prodige. Cannes a beau vibrer pour lui, son talent n'a pas ébranlé, a priori du moins, les bailleurs de fonds que sont Téléfilm et la SODEC (après un premier refus, cette dernière a finalement délié les cordons de la bourse). Calé, et recalé, le film fut porté par l'audace d'un rêveur.
Le tour du chapeau de Dolan est d'autant plus éclatant qu'il eut lieu à la barbe de ces argentiers de la culture, qui, espérons-le, n'oseront jamais brandir la marque «Xavier Dolan» comme s'il s'agissait d'un talent débusqué par leurs comités experts. Le vrai conte de fées est beaucoup plus pétillant: les économies de l'acteur-enfant — 150 000 $ sonnants et trébuchants — ont financé le rêve, en plus du soutien des amis, de la famille, et l'appui de grosses pointures cinématographiques (Suzanne Clément et Anne Dorval, entre autres).
La SODEC, en acceptant de soutenir le projet, s'est agrippée à une solide locomotive.
«C'est du dadaïsme», soufflait le jeune Dolan à notre chroniqueuse Odile Tremblay. Surréel en effet que le scénario de J'ai tué ma mère, une pièce transcendante selon ce que veut la rumeur, doublé d'une cour d'acteurs déjà célèbres, n'ait pas ému les financiers, qui
éprouvent pourtant des serrements de coeur pour des navets à grand déploiement.
Voilà l'ironie masquée sous cette conquête du monde des grands par un jeunot prometteur. Ceux qui hier faisaient la moue devant les galipettes d'un blanc-bec voudront demain le transformer en emblème de la réussite cinématographique de chez nous.
machouinard@ledevoir.com
Xavier Dolan. Tout a été dit sur lui, mais on n'a encore rien vu. Au propre, comme au figuré. Son film J'ai tué ma mère a épaté à la Quinzaine des réalisateurs — trois prix l'auréolent, de quoi placer son jeune auteur-acteur-producteur-réalisateur en état de lévitation permanent. Mais il n'arrivera en salle au Québec que début juin: même sa mère ne l'a pas encore vu!
Il était le gamin espiègle des publicités de Jean Coutu, au milieu des années 90. D'un air angélique camouflant les cornes d'un diablotin, le jeune Dolan demandait au commis s'il ne pourrait pas «mettre un prix sur [sa] soeur, t'sé, pas cher...».
Aujourd'hui, c'est sa mère qui a un prix. Le public québécois pourra bientôt vérifier la teneur véritable de ce jeune homme de 20 ans dont on a déjà fait un prodige. Cannes a beau vibrer pour lui, son talent n'a pas ébranlé, a priori du moins, les bailleurs de fonds que sont Téléfilm et la SODEC (après un premier refus, cette dernière a finalement délié les cordons de la bourse). Calé, et recalé, le film fut porté par l'audace d'un rêveur.
Le tour du chapeau de Dolan est d'autant plus éclatant qu'il eut lieu à la barbe de ces argentiers de la culture, qui, espérons-le, n'oseront jamais brandir la marque «Xavier Dolan» comme s'il s'agissait d'un talent débusqué par leurs comités experts. Le vrai conte de fées est beaucoup plus pétillant: les économies de l'acteur-enfant — 150 000 $ sonnants et trébuchants — ont financé le rêve, en plus du soutien des amis, de la famille, et l'appui de grosses pointures cinématographiques (Suzanne Clément et Anne Dorval, entre autres).
La SODEC, en acceptant de soutenir le projet, s'est agrippée à une solide locomotive.
«C'est du dadaïsme», soufflait le jeune Dolan à notre chroniqueuse Odile Tremblay. Surréel en effet que le scénario de J'ai tué ma mère, une pièce transcendante selon ce que veut la rumeur, doublé d'une cour d'acteurs déjà célèbres, n'ait pas ému les financiers, qui
éprouvent pourtant des serrements de coeur pour des navets à grand déploiement.
Voilà l'ironie masquée sous cette conquête du monde des grands par un jeunot prometteur. Ceux qui hier faisaient la moue devant les galipettes d'un blanc-bec voudront demain le transformer en emblème de la réussite cinématographique de chez nous.
machouinard@ledevoir.com
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