62e Festival de Cannes - Au-delà du jeune âge... un vrai talent
Photo : Jacques Grenier
Le cinéaste Xavier Dolan présentait son film, J’ai tué ma mère, dans le cadre de la Quinzaine des réalisateurs.
Cannes — Bon! Un ouragan médiatique a soufflé au Québec, mais aussi à Cannes sur J'ai tué ma mère, de Xavier Dolan, avant même la projection du film. L'âge tendre du cinéaste (17 ans au scénario, 19 à la réalisation), son manque d'expérience, une production à compte d'auteur avant l'investissement de la SODEC... Ajoutez à cela le caractère autobiographique d'une oeuvre dans laquelle il incarne son propre rôle d'ado à qui sa mère tombe sur les nerfs: toute bonne histoire rameute les médias.
Alors, Libération, le Figaro et des hordes diverses sont venus l'interviewer. Au cours de la semaine, Canal + a prévu filmer un tête-à-tête entre Alain Resnais, doyen des cinéastes ici, et Xavier, le plus jeunot. Ça n'a pas dérougi. Il s'en inquiétait même à juste titre hier: «J'ai eu des entrevues aux 15 minutes, dit-il. Assez pour tuer le film. Le buzz m'a fait peur. Après tout ce tollé, et si les gens allaient se dire: "Ce n'est que ça..."» Même nous, on n'en pouvait plus d'entendre parler si longtemps de ce film sans l'avoir vu.
Mais cela s'est bien passé. À La Quinzaine des réalisateurs où le grand public est admis, la salle était pleine et, malgré l'accent québécois, le joual parfois, les gens riaient aux bons endroits du film. Anne Dorval, stupéfiante dans le rôle de la mère, eut même droit à une ovation après une scène de pétage de plombs vraiment carabinée. La salle en redemandait, applaudissait. En verve, Xavier maîtrisa même la conférence de presse. Atterrissage réussi.
J'ai tué ma mère ne constitue pas un objet parfait. Mais compte tenu des moyens dont le cinéaste disposait — 800 000 $ — et de l'âge du capitaine, on peut parler de morceau de bravoure. Des réalisateurs seniors pourraient lui envier son originalité et la grâce de ses plans.
Xavier est un ami, je le répète ici. Ce qui embrouille un peu les pinceaux au moment d'en faire la critique. Mais quand on est seule pour son journal à Cannes, on met ça de côté. Un film est un film. Or le sien, malgré des maladresses, étonnant, drôle et touchant, possède une vraie signature, et son talent de mise en scène en impose. D'autant plus que Xavier se montre un excellent dialoguiste, avec une autodérision désarmante. Jamais son propre personnage d'Hubert, irritant, narcissique, fragile, ne se posera en victime. Il voit et montre ses côtés monstrueux d'ado égocentrique. À cette mère qui l'exaspère avec ses goûts kitsch et sa mauvaise foi, il octroie finalement le beau rôle, humanisant ses ridicules. Anne Dorval affirmait hier que le film est une lettre d'amour à la mère de Xavier, et c'est bien vrai.
Techniquement, le son n'est pas toujours au point — on entend mal certains dialogues (merci aux sous-titres anglais). Le jeu des acteurs est généralement juste: Suzanne Clément en enseignante au grand coeur garde toujours la note, mais dans la peau de la mère de l'amant, Patricia Tulasne paraît trop caricaturale. Anne Dorval force l'admiration par sa sensibilité et son sens du punch. Le Xavier comédien, avec ses hauts et ses bas, se révèle solide. Son narcissisme agace parfois, mais l'humour le sauve. Il épate lors d'une déclaration d'amour sur les amphétamines à sa mère. Quant à Anne Dorval, sa crise téléphonique au directeur du pensionnat, fait anthologie.
Le rythme s'alanguit parfois et on décèle le manque de moyens dans la surabondance de plans fixes, qui pourtant soulignent bien la solitude des protagonistes. Mais c'est rempli de trouvailles stylistiques, de références cinématographiques, de jeux brillants de caméras, d'effets surréalistes. Xavier flirte parfois avec le noir et blanc, tout en misant sur la couleur, éclatante dans les scènes oniriques. On salue ses beaux cadrages un peu décalés, de riches décors que chaque personnage porte comme des habits, la musique lancinante (quand même trop inspirée d'In the Mood for Love). Ça se relâche ici et là. Et puis hop! Une situation absurde, mère et fils parlant en même temps dans une auto, cris et déchirements, rires et larmes au détour, nous rattrape. On éclate de rire. L'émotion naît des silences, des affections plus fortes que les haines, des crises d'adolescence en rite de passage vers l'apaisement final.
Le film sort le 7 mai sur seulement quatre écrans au Québec, mais pourrait sans doute atteindre une audience plus large. Xavier Dolan a déjà terminé son deuxième scénario de film: Laurence Anyways sur la transsexualité, qui sera produit au Québec par Lyse Lafontaine et se cherche un coproducteur français.
****
J'ai tué ma mère étant la seule véritable primeur québécoise à Cannes, il a un peu occulté Polytechnique déjà sorti sur nos écrans, et qui fut présenté à La Quinzaine durant un congé férié. Mais le film de Denis Villeneuve, malgré son thème sombre de fusillade à l'école, applaudi, a reçu un excellent accueil dimanche. Bien évidemment, les gens l'ont comparé à Elephant de Gus Van Sant qui, sur un thème similaire, avait remporté ici la palme d'or en 2003. Denis Villeneuve, qui venait de s'arracher au tournage de son Incendie en Jordanie, avait cru qu'Elephant le couperait de Cannes. Ravi d'en être finalement — l'année après que son court métrage Next Floor a été primé ici —, on le sentait pourtant ailleurs. Sur son plateau, au loin, qui l'a vite aspiré, après un saut rapide sur La Croisette. Hop là!
Alors, Libération, le Figaro et des hordes diverses sont venus l'interviewer. Au cours de la semaine, Canal + a prévu filmer un tête-à-tête entre Alain Resnais, doyen des cinéastes ici, et Xavier, le plus jeunot. Ça n'a pas dérougi. Il s'en inquiétait même à juste titre hier: «J'ai eu des entrevues aux 15 minutes, dit-il. Assez pour tuer le film. Le buzz m'a fait peur. Après tout ce tollé, et si les gens allaient se dire: "Ce n'est que ça..."» Même nous, on n'en pouvait plus d'entendre parler si longtemps de ce film sans l'avoir vu.
Mais cela s'est bien passé. À La Quinzaine des réalisateurs où le grand public est admis, la salle était pleine et, malgré l'accent québécois, le joual parfois, les gens riaient aux bons endroits du film. Anne Dorval, stupéfiante dans le rôle de la mère, eut même droit à une ovation après une scène de pétage de plombs vraiment carabinée. La salle en redemandait, applaudissait. En verve, Xavier maîtrisa même la conférence de presse. Atterrissage réussi.
J'ai tué ma mère ne constitue pas un objet parfait. Mais compte tenu des moyens dont le cinéaste disposait — 800 000 $ — et de l'âge du capitaine, on peut parler de morceau de bravoure. Des réalisateurs seniors pourraient lui envier son originalité et la grâce de ses plans.
Xavier est un ami, je le répète ici. Ce qui embrouille un peu les pinceaux au moment d'en faire la critique. Mais quand on est seule pour son journal à Cannes, on met ça de côté. Un film est un film. Or le sien, malgré des maladresses, étonnant, drôle et touchant, possède une vraie signature, et son talent de mise en scène en impose. D'autant plus que Xavier se montre un excellent dialoguiste, avec une autodérision désarmante. Jamais son propre personnage d'Hubert, irritant, narcissique, fragile, ne se posera en victime. Il voit et montre ses côtés monstrueux d'ado égocentrique. À cette mère qui l'exaspère avec ses goûts kitsch et sa mauvaise foi, il octroie finalement le beau rôle, humanisant ses ridicules. Anne Dorval affirmait hier que le film est une lettre d'amour à la mère de Xavier, et c'est bien vrai.
Techniquement, le son n'est pas toujours au point — on entend mal certains dialogues (merci aux sous-titres anglais). Le jeu des acteurs est généralement juste: Suzanne Clément en enseignante au grand coeur garde toujours la note, mais dans la peau de la mère de l'amant, Patricia Tulasne paraît trop caricaturale. Anne Dorval force l'admiration par sa sensibilité et son sens du punch. Le Xavier comédien, avec ses hauts et ses bas, se révèle solide. Son narcissisme agace parfois, mais l'humour le sauve. Il épate lors d'une déclaration d'amour sur les amphétamines à sa mère. Quant à Anne Dorval, sa crise téléphonique au directeur du pensionnat, fait anthologie.
Le rythme s'alanguit parfois et on décèle le manque de moyens dans la surabondance de plans fixes, qui pourtant soulignent bien la solitude des protagonistes. Mais c'est rempli de trouvailles stylistiques, de références cinématographiques, de jeux brillants de caméras, d'effets surréalistes. Xavier flirte parfois avec le noir et blanc, tout en misant sur la couleur, éclatante dans les scènes oniriques. On salue ses beaux cadrages un peu décalés, de riches décors que chaque personnage porte comme des habits, la musique lancinante (quand même trop inspirée d'In the Mood for Love). Ça se relâche ici et là. Et puis hop! Une situation absurde, mère et fils parlant en même temps dans une auto, cris et déchirements, rires et larmes au détour, nous rattrape. On éclate de rire. L'émotion naît des silences, des affections plus fortes que les haines, des crises d'adolescence en rite de passage vers l'apaisement final.
Le film sort le 7 mai sur seulement quatre écrans au Québec, mais pourrait sans doute atteindre une audience plus large. Xavier Dolan a déjà terminé son deuxième scénario de film: Laurence Anyways sur la transsexualité, qui sera produit au Québec par Lyse Lafontaine et se cherche un coproducteur français.
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J'ai tué ma mère étant la seule véritable primeur québécoise à Cannes, il a un peu occulté Polytechnique déjà sorti sur nos écrans, et qui fut présenté à La Quinzaine durant un congé férié. Mais le film de Denis Villeneuve, malgré son thème sombre de fusillade à l'école, applaudi, a reçu un excellent accueil dimanche. Bien évidemment, les gens l'ont comparé à Elephant de Gus Van Sant qui, sur un thème similaire, avait remporté ici la palme d'or en 2003. Denis Villeneuve, qui venait de s'arracher au tournage de son Incendie en Jordanie, avait cru qu'Elephant le couperait de Cannes. Ravi d'en être finalement — l'année après que son court métrage Next Floor a été primé ici —, on le sentait pourtant ailleurs. Sur son plateau, au loin, qui l'a vite aspiré, après un saut rapide sur La Croisette. Hop là!
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