Entrevue - Un filon inépuisable
Le cinéaste français Jean-Paul Jaud, réalisateur du documentaire Nos enfants nous accuseront
Le documentaire de Jean-Paul Jaud, Nos enfants nous accuseront, un des rares cris d'alarme français sur les dérives environnementales en agriculture, sera présenté au Beaubien dès le 1er mai.
À Barjac, petit village du Gard, en France, des villageois et leur maire ont passé une convention pour améliorer la santé collective et miser sur l'avenir: cantine bio dans les écoles, épandage de produits non toxiques sur les champs. «Quelques villages bio existent en France, mais je tenais à en choisir un qui soit joli et où les solutions sont simples et pratiques», explique Jean-Paul Jaud.
Le documentariste français est allé tourner là-bas, mettant en lumière les efforts des habitants, mais aussi les effets dévastateurs de la chimie agricole. En prime: de percutants témoignages sur les victimes et leurs parents. Les cas de cancer sont nombreux, surtout parmi les enfants.
Il faut dire que le cinéaste a combattu lui-même un cancer du colon, ciblant bientôt des problèmes éventuels d'alimentation, les impacts de la chimie sur les produits agricoles ingurgités. Aujourd'hui, il mange bio.
Brûlant sujet. Sauf qu'au départ, Jean-Paul Jaud a eu toutes les peines du monde à trouver un distributeur. «Avec ma femme, je suis producteur de Nos enfants nous accuseront. Mais personne n'en voulait, de ce film. Le département du Gard m'a aidé. J'ai eu une petite subvention pour la musique...»
Conscience environnementaliste
À son avis, le cinéma français n'a aucune conscience environnementaliste. «Les documentaristes allemands, autrichiens, oui, avec des oeuvres comme Le Cauchemar de Darwin, Le Pain quotidien. Des États-Unis nous est parvenu le film d'Al Gore. Mais chez nous, basta! Depuis Le Monde du silence de Jacques-Yves Cousteau et Louis Malle, rien ne bouge de ce côté. Nos cinéastes ne font pas leur travail. En 2007, sur 220 films français, un seul, le mien, portait sur l'environnement.»
Il estime que les Français se croient épargnés par la pollution et le réchauffement climatique, à cause des vieilles étiquettes «meilleure gastronomie au monde» et «meilleurs vignobles» utilisées comme paravent. «Pourtant, nos viticulteurs sont les plus grands utilisateurs de pesticides qui soient. On a le meilleur terroir, soit, mais on le pollue. Vrai scandale! Les femmes sont les gardiennes de la vie, garantes de la suite du monde, mais les hommes sont tellement arrogants... Quatre-vingt-dix pour cent des terres sont aspergées de produits chimiques et non cultivées de façon traditionnelle. Sur le lot, 2 % ont adopté le mode biologique.»
Un film bien accueilli
Le film a fonctionné au-delà de toutes les espérances. Des salles pleines, d'autres villages français virant soudainement au bio. Brigitte Bardot a pris fait et cause pour Nos enfants nous accuseront. «Les habitants de Barjac sont fiers du film, affirme Jean-Paul Jaud. Tout à coup, ils deviennent un modèle, ils existent.»
Ils existent d'autant plus que le cinéaste et d'autres personnalités engagées dans le projet, le maire de Barjac, entre autres, et les conseillers du film en matière de pesticide, organisent des projections-débats un peu partout, histoire de sensibiliser les Français aux méfaits de la chimie agricole et d'une alimentation empoisonnée. «Ça fait boule de neige.»
Aux yeux de Jean-Paul Jaud, un type comme José Bové, qui défend les produits du terroir, mène courageusement un combat essentiel. «Car on est dans l'urgence environnementale. Lorsque Mitterrand a pris le pouvoir en 1981, il a entrepris d'aider les agriculteurs à passer au bio. La France est devenue un chef de file dans le domaine. Quand Chirac est arrivé, ce fut la débandade. Sous Sarkozy, le ministère affirme qu'il va augmenter les aides à la conversion bio. Des souhaits ont été émis, mais seules les mesures concrètes m'intéressent, comme à Barjac. Je suis en contact direct avec la population au long des projections-débats. Et les gens nous remercient de proposer des solutions. Ils sont inquiets, à l'écoute.»
Tout le monde demande à Jean-Paul Jaud ce que devient Barjac. Et sa cantine? Et la pollution agricole? «Je prépare une suite à Nos enfants nous accuseront, pré-acheté par Canal + cette fois», répond-il.
Mais il a plein de sujets dans sa manche: l'empoisonnement de la peau par les cosmétiques, les effets du portable (cellulaire) chez les enfants, sans compter tous les autres. Le filon est inépuisable.
***
Odile Tremblay a réalisé ce reportage à Paris, à l'invitation d'Unifrance.
À Barjac, petit village du Gard, en France, des villageois et leur maire ont passé une convention pour améliorer la santé collective et miser sur l'avenir: cantine bio dans les écoles, épandage de produits non toxiques sur les champs. «Quelques villages bio existent en France, mais je tenais à en choisir un qui soit joli et où les solutions sont simples et pratiques», explique Jean-Paul Jaud.
Le documentariste français est allé tourner là-bas, mettant en lumière les efforts des habitants, mais aussi les effets dévastateurs de la chimie agricole. En prime: de percutants témoignages sur les victimes et leurs parents. Les cas de cancer sont nombreux, surtout parmi les enfants.
Il faut dire que le cinéaste a combattu lui-même un cancer du colon, ciblant bientôt des problèmes éventuels d'alimentation, les impacts de la chimie sur les produits agricoles ingurgités. Aujourd'hui, il mange bio.
Brûlant sujet. Sauf qu'au départ, Jean-Paul Jaud a eu toutes les peines du monde à trouver un distributeur. «Avec ma femme, je suis producteur de Nos enfants nous accuseront. Mais personne n'en voulait, de ce film. Le département du Gard m'a aidé. J'ai eu une petite subvention pour la musique...»
Conscience environnementaliste
À son avis, le cinéma français n'a aucune conscience environnementaliste. «Les documentaristes allemands, autrichiens, oui, avec des oeuvres comme Le Cauchemar de Darwin, Le Pain quotidien. Des États-Unis nous est parvenu le film d'Al Gore. Mais chez nous, basta! Depuis Le Monde du silence de Jacques-Yves Cousteau et Louis Malle, rien ne bouge de ce côté. Nos cinéastes ne font pas leur travail. En 2007, sur 220 films français, un seul, le mien, portait sur l'environnement.»
Il estime que les Français se croient épargnés par la pollution et le réchauffement climatique, à cause des vieilles étiquettes «meilleure gastronomie au monde» et «meilleurs vignobles» utilisées comme paravent. «Pourtant, nos viticulteurs sont les plus grands utilisateurs de pesticides qui soient. On a le meilleur terroir, soit, mais on le pollue. Vrai scandale! Les femmes sont les gardiennes de la vie, garantes de la suite du monde, mais les hommes sont tellement arrogants... Quatre-vingt-dix pour cent des terres sont aspergées de produits chimiques et non cultivées de façon traditionnelle. Sur le lot, 2 % ont adopté le mode biologique.»
Un film bien accueilli
Le film a fonctionné au-delà de toutes les espérances. Des salles pleines, d'autres villages français virant soudainement au bio. Brigitte Bardot a pris fait et cause pour Nos enfants nous accuseront. «Les habitants de Barjac sont fiers du film, affirme Jean-Paul Jaud. Tout à coup, ils deviennent un modèle, ils existent.»
Ils existent d'autant plus que le cinéaste et d'autres personnalités engagées dans le projet, le maire de Barjac, entre autres, et les conseillers du film en matière de pesticide, organisent des projections-débats un peu partout, histoire de sensibiliser les Français aux méfaits de la chimie agricole et d'une alimentation empoisonnée. «Ça fait boule de neige.»
Aux yeux de Jean-Paul Jaud, un type comme José Bové, qui défend les produits du terroir, mène courageusement un combat essentiel. «Car on est dans l'urgence environnementale. Lorsque Mitterrand a pris le pouvoir en 1981, il a entrepris d'aider les agriculteurs à passer au bio. La France est devenue un chef de file dans le domaine. Quand Chirac est arrivé, ce fut la débandade. Sous Sarkozy, le ministère affirme qu'il va augmenter les aides à la conversion bio. Des souhaits ont été émis, mais seules les mesures concrètes m'intéressent, comme à Barjac. Je suis en contact direct avec la population au long des projections-débats. Et les gens nous remercient de proposer des solutions. Ils sont inquiets, à l'écoute.»
Tout le monde demande à Jean-Paul Jaud ce que devient Barjac. Et sa cantine? Et la pollution agricole? «Je prépare une suite à Nos enfants nous accuseront, pré-acheté par Canal + cette fois», répond-il.
Mais il a plein de sujets dans sa manche: l'empoisonnement de la peau par les cosmétiques, les effets du portable (cellulaire) chez les enfants, sans compter tous les autres. Le filon est inépuisable.
***
Odile Tremblay a réalisé ce reportage à Paris, à l'invitation d'Unifrance.
|
Édition abonné
La version longue de certains articles (environ 1 article sur 5) est réservée aux abonnés du Devoir. Ils sont signalés par le symbole suivant :
|
Envoyer Fermer
Haut de la page

