Entrevue - Le cinéma français ne fait plus rire Pascal Thomas
Pascal Thomas, le réalisateur du film Le crime est notre affaire
Le crime est notre affaire, adapté d'un roman d'Agatha Christie, avec en vedette Catherine Frot et André Dussolier, gagne nos écrans vendredi prochain.
Cinéaste de La Dilettante et du film Les Maris, les Femmes, les Amants, abonné aux comédies françaises depuis Les Zozos en 1972, Pascal Thomas a vu neiger sur le rire dans son Hexagone, où l'humour n'a pas toujours bonne presse. Mais il défend le genre haut et fort.
«Je suis léger, je ne veux pas ennuyer, déclare-t-il. Les cinéastes ne pensent pas qu'ils peuvent emmerder les autres. Moi, si.»
Second et ultime volet des aventures de Prudence et Bélisaire Beresford, d'après les romans d'Agatha Christie, après Mon petit doigt m'a dit (jamais distribué ici, mais grand succès en France), Le crime est notre affaire ramène à l'écran le duo Catherine Frot-André Dussolier, en détectives aux méthodes peu orthodoxes. L'action se déroule dans la vieille demeure familiale de la Vallée-aux-Loups, où de grands enfants, assoiffés d'héritage, entourent leur père, vieux grigou dictateur (Claude Rich). Pascal Thomas a aussi réalisé en 2007 L'Heure zéro, également adapté de l'oeuvre de la première reine du polar britannique.
Il a donné. Il délaisse maintenant le filon. «Mais quand j'ai voulu adapter Agatha Christie la première fois avec Mon petit doigt m'a dit, ça protestait autour. "Qui lit encore ça aujourd'hui?", me demandait-on. Depuis Le Crime de l'Orient-Express, la mode des adaptations au cinéma de ses polars était passée.»
ll a cherché à préserver l'esprit de l'univers de la créatrice des Dix petits nègres en l'adaptant en France. «Rester britannique tout en ne mettant rien de britannique. Chez Agatha Christie, l'argent compte, comme chez Balzac. Son oeuvre est riche et Catherine Frot et André Dussolier, en détectives libres, excentriques, impertinents, forment un duo d'enfer.»
Pour Pascal Thomas, tout repose aussi sur la décoration luxueuse des cadres de l'action. «Cinq maisons ont servi pour le décor de celle du Crime est notre affaire. J'ai fait appel aux meilleurs antiquaires, sans lésiner. Chaque détail compte. Les vêtements doivent être stylisés. Agatha Christie m'a permis de réaliser un fantasme, de créer des personnages et de beaux environnements. Dans ce film, j'ai mis des momies dans une cave, des statues dans le jardin. On est dans une rêverie plaisante.»
Pascal Thomas peste contre son cinéma national. «Aujourd'hui, les films soignés se cherchent. Depuis dix ou quinze ans, le cinéma français décline. Sans renouvellement d'acteurs, avec des gens couchés dans l'attente de la subvention, un laisser-aller, un manque de perfectionnisme dans l'écriture, des sujets sinistres. Il faut prendre des risques, enfin!»
Le cinéaste tient le Festival de Cannes pour responsable de la sinistrose du cinéma. «Primer trois fois les films des frères Dardenne, c'est pas normal!», estime-t-il.
À ses yeux, la comédie française se cherche au milieu du reste. «Durant plusieurs années, plusieurs films tentaient de copier Woody Allen. Ça vous oblige à défricher ailleurs. Les gens ont besoin de briser leur isolement, de revenir au concret. Ils ont aimé Bienvenue chez les Ch'tis. Tant mieux! Qui met trop d'intentions manque le coche! Faisons-les rire. Ils le méritent bien.»
***
Odile Tremblay a fait cette entrevue à Paris à l'invitation des Rendez-vous d'Unifrance.
Cinéaste de La Dilettante et du film Les Maris, les Femmes, les Amants, abonné aux comédies françaises depuis Les Zozos en 1972, Pascal Thomas a vu neiger sur le rire dans son Hexagone, où l'humour n'a pas toujours bonne presse. Mais il défend le genre haut et fort.
«Je suis léger, je ne veux pas ennuyer, déclare-t-il. Les cinéastes ne pensent pas qu'ils peuvent emmerder les autres. Moi, si.»
Second et ultime volet des aventures de Prudence et Bélisaire Beresford, d'après les romans d'Agatha Christie, après Mon petit doigt m'a dit (jamais distribué ici, mais grand succès en France), Le crime est notre affaire ramène à l'écran le duo Catherine Frot-André Dussolier, en détectives aux méthodes peu orthodoxes. L'action se déroule dans la vieille demeure familiale de la Vallée-aux-Loups, où de grands enfants, assoiffés d'héritage, entourent leur père, vieux grigou dictateur (Claude Rich). Pascal Thomas a aussi réalisé en 2007 L'Heure zéro, également adapté de l'oeuvre de la première reine du polar britannique.
Il a donné. Il délaisse maintenant le filon. «Mais quand j'ai voulu adapter Agatha Christie la première fois avec Mon petit doigt m'a dit, ça protestait autour. "Qui lit encore ça aujourd'hui?", me demandait-on. Depuis Le Crime de l'Orient-Express, la mode des adaptations au cinéma de ses polars était passée.»
ll a cherché à préserver l'esprit de l'univers de la créatrice des Dix petits nègres en l'adaptant en France. «Rester britannique tout en ne mettant rien de britannique. Chez Agatha Christie, l'argent compte, comme chez Balzac. Son oeuvre est riche et Catherine Frot et André Dussolier, en détectives libres, excentriques, impertinents, forment un duo d'enfer.»
Pour Pascal Thomas, tout repose aussi sur la décoration luxueuse des cadres de l'action. «Cinq maisons ont servi pour le décor de celle du Crime est notre affaire. J'ai fait appel aux meilleurs antiquaires, sans lésiner. Chaque détail compte. Les vêtements doivent être stylisés. Agatha Christie m'a permis de réaliser un fantasme, de créer des personnages et de beaux environnements. Dans ce film, j'ai mis des momies dans une cave, des statues dans le jardin. On est dans une rêverie plaisante.»
Pascal Thomas peste contre son cinéma national. «Aujourd'hui, les films soignés se cherchent. Depuis dix ou quinze ans, le cinéma français décline. Sans renouvellement d'acteurs, avec des gens couchés dans l'attente de la subvention, un laisser-aller, un manque de perfectionnisme dans l'écriture, des sujets sinistres. Il faut prendre des risques, enfin!»
Le cinéaste tient le Festival de Cannes pour responsable de la sinistrose du cinéma. «Primer trois fois les films des frères Dardenne, c'est pas normal!», estime-t-il.
À ses yeux, la comédie française se cherche au milieu du reste. «Durant plusieurs années, plusieurs films tentaient de copier Woody Allen. Ça vous oblige à défricher ailleurs. Les gens ont besoin de briser leur isolement, de revenir au concret. Ils ont aimé Bienvenue chez les Ch'tis. Tant mieux! Qui met trop d'intentions manque le coche! Faisons-les rire. Ils le méritent bien.»
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Odile Tremblay a fait cette entrevue à Paris à l'invitation des Rendez-vous d'Unifrance.
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