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Des Jutra sous le signe de la controverse

Ce qu'il faut pour vivre de Benoit Pilon est favori dans les catégories principales

Odile Tremblay   28 mars 2009  Cinéma
Natar Ungalaaq, dans Ce qu’il faut pour vivre
Natar Ungalaaq, dans Ce qu’il faut pour vivre
Demain soir, le 11e Gala des Jutra distribuera ses lauriers aux artisans du cinéma québécois. Rendez-vous à 19h30 devant l'écran de la SRC.

En tenue de soirée, peut-être que le chic parterre aura moins le coeur à la fête que d'habitude, sous le vent de contestations qui a soufflé. Des scandales ont terni l'image du gala, après des mises en nominations vertement contestées. Trop de favoris se voyaient exclus, comme Tout est parfait d'Yves-Christian Fournier, écarté — allons donc! — de la course au meilleur film. Par ailleurs, l'existence de nominations fantômes à la demande du conseil d'administration des Jutra est venue prouver que même à l'interne, on s'interrogeait sur l'efficacité du vote des pairs, officiellement en place, mais récusé par plusieurs.

Les Jutra avaient-ils besoin d'affronter cette année pareille tempête? Après les compressions à la SRC et la crise économique en mode guillotine, y aura-t-il une cérémonie télévisée du Gala l'an prochain sur les ondes d'État? Qui peut lire l'avenir en ces temps houleux? Des menaces planent.

Sous ce brouillard, reste à espérer que Ce qu'il faut pour vivre, de Benoit Pilon, ratissera sa part de lauriers. Seul film à faire vraiment consensus dans les rangs de la critique, parmi les cinéphiles comme dans l'industrie par ses qualités supérieures, son couronnement aurait un effet pacificateur.

À lui, semble-t-il, la victoire dans les catégories de prestige: meilleur film, meilleur réalisateur (à moins qu'Yves-Christian Fournier pour Tout est parfait ne rafle la mise), meilleur scénario, meilleure performance d'acteur pour Natar Ungalaaq, sans rival sérieux (sauf peut-être Alexis Martin dans Le Banquet). On prédit à Pilon bien du bonheur.

Ce n'est pas que ses concurrents au meilleur film (Maman est chez le coiffeur, de Léa Pool, C'est pas moi, je le jure, de Philippe Falardeau, et Borderline, de Lyne Charlebois) ne possèdent leurs vertus, mais Ce qu'il faut pour vivre, plus achevé, transcende le lot. D'autant plus qu'écarté de la catégorie du meilleur film, son grand rival Tout est parfait s'efface à son profit.

Karine Vanasse animera la cérémonie. Bon. De prime abord, on l'imagine mal en train d'aligner les gags et de faire des steppettes comme il est de mise en la circonstance, mais la blonde et sérieuse comédienne assure que les Jutra cherchent aujourd'hui une formule plus «classe» que burlesque. Avec numéro de scratch, tout de même, et des invités de tous poils... Le réalisateur Fernand Dansereau recevra un jutra hommage. La mémoire est toujours bienvenue lors de ce type de célébrations.

Si Babine, de Luc Picard, d'un scénario du conteur Fred Pellerin domine la course avec neuf nominations, il devrait récolter surtout des prix techniques, (dont quatre déjà attribués jeudi dernier lors d'une cérémonie hors d'ondes).

Chose certaine, la star américaine Susan Sarandon, en lice pour le prix de la meilleure actrice à travers Emotional Arithmetic, de Paulo Barzman, tourné au Québec sur fond d'Holocauste, ne sera pas de la fête. Retenue, dit-on, au théâtre. Sa candidature avait été raillée ici de toutes parts. Comment la métamorphoser en actrice québécoise? Dur!

Dans cette catégorie, Isabelle Blais, si vibrante dans Borderline, devrait l'emporter sur ses concurrentes. Du côté des actrices de soutien c'est Angèle Coutu, extraordinaire dans Borderline, qui devrait triompher. Chez les acteurs de soutien, Normand D'Amour dans Tout est parfait mérite le laurier, mais Luc Picard dans Babine a aussi ses partisans.

Meilleure direction de la photographie? On risque Ronald Plante pour La Ligne brisée, film qui reposait essentiellement sur sa caméra. Meilleur montage? Souhaitons-le à Isabelle Malenfant pour Un capitalisme sentimental d'Olivier Asselin, film qui aurait mérité de monter bien plus haut et qui a hélas été relégué aux catégories secondaires.

Meilleur documentaire? Luc Bourdon devrait gagner pour sa merveilleuse Mémoire des anges, un poème sur Montréal. Les courts métrages sont tous bons. Dans le champ de l'animation, je voterais pour Les Anges déchets de Pierre M. Trudeau, si délicieux. Next Floor de Denis Villeneuve, primé partout, raflera probablement la mise dans la catégorie courts et moyens métrages.

Tout cela est beau et bon, mais ne règle pas le problème des Jutra agités par la houle.

Pour l'instant, nous sommes nombreux à réclamer que ces «Oscar québécois» changent leur formule de nomination et fassent affaire avec un jury indépendant. Actuellement, les choix des pairs (les réalisateurs déterminant les nominations des réalisateurs, les acteurs celles des acteurs, etc.) dans notre trop petit milieu, se jouent au milieu des conflits d'intérêts, en des liens incestueux. Les membres de l'industrie lourde (producteurs, distributeurs, gérants de salles) choisissent les quatre candidats au meilleur film. Or, leurs visées se révèlent plus commerciales qu'artistiques... Sans compter que plusieurs votants voient les oeuvres grand public et cochent des choix à l'aveugle, quant au reste. Des d'acteurs qui méritaient haut la main d'être en lice pour le prix d'interprétation, comme François Papineau dans Papa à la chasse aux lagopèdes, de Robert Morin, ont écarté par les votants. Peu d'entre eux avaient vu le film... Si les Jutra n'annoncent pas un rapide coup de barre pour les choix en amont, leur crédibilité, voire leur survie, semblent bel et bien compromises.
 
 
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  • Martin Dumas - Inscrit
    28 mars 2009 11 h 02
    'Un capitalisme sentimental' : un film trop bon pour être primé par les réalisateurs d'ici?
    Je me pose aussi la question. On pourrait peut-être en dire autant d'une certaine littérature québécoise. Il est temps de faire mieux connaître les plus grands talents qui peinent à se dévoiler ici. Bravo à Asselin et à son équipe. 'Un capitalisme sentimental' est parmi les meilleurs films québécois qui aient été réalisés.
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  • Zach Gebello - Inscrit
    28 mars 2009 11 h 11
    Rendez-vous à 19h30 devant l'écran de la SRC.
    Phoque la télé !

    Surtout la SRC.

    Fermez vos télés !
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  • Dominique Pelletier - Inscrite
    28 mars 2009 11 h 13
    Pourquoi pas voter?
    Quand j'étais étudiante, j'ai travaillé pendant quelques étés comme assistante de production pour ce qu'était alors le STCVQ (Syndicat des techniciens en cinéma et vidéo du Québec). À mon grand étonnement, j'ai un jour reçu un formulaire de vote pour les Jutra. Moi qui n'avais strictement rien à voir avec aucune des catégories en nomination, on m'offrait de m'exprimer sur la meilleure direction artistique, la meilleure conception sonore ou le meilleur scénario pour des films qu'en grande majorité, je n'avais pas vus: durant la haute saison des tournages, le peu de temps libre que j'avais n'était certes pas passé dans les salles de cinéma.

    À l'époque, j'avais été tentée de voter pour les films sur lesquels j'avais travaillé. Les scrupules m'ont plutôt fait abandonner le formulaire dans le bac de recyclage; par contre, il est envisageable que quelques individus ne se prévalent de leur droit que pour mousser la popularité des productions qui les ont embauchées... N'oubliez pas que, parfois, les techniciens sont payés en différé: ils reçoivent un cachet de base pour le tournage, et le reste (10 % à 15 %, à mon souvenir) est versé selon les recettes du film.

    Bien sûr, il serait étonnant que cette part de votes ait une influence réelle sur l'issue du gala. De même, loin de moi l'idée d'affirmer que les techniciens et artistes qui gravitent autour de l'industrie cinématographique québécoise sont dénués de sens moral et votent sans vergogne en ne pensant qu'à leur portefeuille. L'objectif de mon intervention est simplement d'illustrer l'affirmation de Mme Tremblay: la formule des mises en nomination, telle qu'elle est aujourd'hui, n'est pas à l'abri des affinités et des intérêts personnels des votants.

    Espérons que la liste des nominations aux Jutra n'obtiendrait pas de résultats suspects si on comparait les films selon la grosseur des équipes de production...
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  • Simon Blais - Inscrit
    28 mars 2009 11 h 35
    Jutra pour le plus de billets vendus
    Il y a une catégorie je crois pour les performances d'un film en salle. C'est à peu près comme donner une médaille d'or à celui qui a gagné le plus de médailles. Inutile! Le danger du cinéma québécois, ce n'est pas qu'il manque de soutient financier, c'est que 3 films d'auteur qui nécessitent de petits budgets se fassent bouffer par 1 gros film populaire qui fait exploser la banque. Ma surprise de l'année, c'est Papa à la chasse aux lagopèdes, de Robert Morin, plus efficace que jamais, mais je suis sûr que moins du quart des votants ont seulement entendu parler du film...
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