Des Jutra sous le signe de la controverse
Ce qu'il faut pour vivre de Benoit Pilon est favori dans les catégories principales
Natar Ungalaaq, dans Ce qu’il faut pour vivre
Demain soir, le 11e Gala des Jutra distribuera ses lauriers aux artisans du cinéma québécois. Rendez-vous à 19h30 devant l'écran de la SRC.
En tenue de soirée, peut-être que le chic parterre aura moins le coeur à la fête que d'habitude, sous le vent de contestations qui a soufflé. Des scandales ont terni l'image du gala, après des mises en nominations vertement contestées. Trop de favoris se voyaient exclus, comme Tout est parfait d'Yves-Christian Fournier, écarté — allons donc! — de la course au meilleur film. Par ailleurs, l'existence de nominations fantômes à la demande du conseil d'administration des Jutra est venue prouver que même à l'interne, on s'interrogeait sur l'efficacité du vote des pairs, officiellement en place, mais récusé par plusieurs.
Les Jutra avaient-ils besoin d'affronter cette année pareille tempête? Après les compressions à la SRC et la crise économique en mode guillotine, y aura-t-il une cérémonie télévisée du Gala l'an prochain sur les ondes d'État? Qui peut lire l'avenir en ces temps houleux? Des menaces planent.
Sous ce brouillard, reste à espérer que Ce qu'il faut pour vivre, de Benoit Pilon, ratissera sa part de lauriers. Seul film à faire vraiment consensus dans les rangs de la critique, parmi les cinéphiles comme dans l'industrie par ses qualités supérieures, son couronnement aurait un effet pacificateur.
À lui, semble-t-il, la victoire dans les catégories de prestige: meilleur film, meilleur réalisateur (à moins qu'Yves-Christian Fournier pour Tout est parfait ne rafle la mise), meilleur scénario, meilleure performance d'acteur pour Natar Ungalaaq, sans rival sérieux (sauf peut-être Alexis Martin dans Le Banquet). On prédit à Pilon bien du bonheur.
Ce n'est pas que ses concurrents au meilleur film (Maman est chez le coiffeur, de Léa Pool, C'est pas moi, je le jure, de Philippe Falardeau, et Borderline, de Lyne Charlebois) ne possèdent leurs vertus, mais Ce qu'il faut pour vivre, plus achevé, transcende le lot. D'autant plus qu'écarté de la catégorie du meilleur film, son grand rival Tout est parfait s'efface à son profit.
Karine Vanasse animera la cérémonie. Bon. De prime abord, on l'imagine mal en train d'aligner les gags et de faire des steppettes comme il est de mise en la circonstance, mais la blonde et sérieuse comédienne assure que les Jutra cherchent aujourd'hui une formule plus «classe» que burlesque. Avec numéro de scratch, tout de même, et des invités de tous poils... Le réalisateur Fernand Dansereau recevra un jutra hommage. La mémoire est toujours bienvenue lors de ce type de célébrations.
Si Babine, de Luc Picard, d'un scénario du conteur Fred Pellerin domine la course avec neuf nominations, il devrait récolter surtout des prix techniques, (dont quatre déjà attribués jeudi dernier lors d'une cérémonie hors d'ondes).
Chose certaine, la star américaine Susan Sarandon, en lice pour le prix de la meilleure actrice à travers Emotional Arithmetic, de Paulo Barzman, tourné au Québec sur fond d'Holocauste, ne sera pas de la fête. Retenue, dit-on, au théâtre. Sa candidature avait été raillée ici de toutes parts. Comment la métamorphoser en actrice québécoise? Dur!
Dans cette catégorie, Isabelle Blais, si vibrante dans Borderline, devrait l'emporter sur ses concurrentes. Du côté des actrices de soutien c'est Angèle Coutu, extraordinaire dans Borderline, qui devrait triompher. Chez les acteurs de soutien, Normand D'Amour dans Tout est parfait mérite le laurier, mais Luc Picard dans Babine a aussi ses partisans.
Meilleure direction de la photographie? On risque Ronald Plante pour La Ligne brisée, film qui reposait essentiellement sur sa caméra. Meilleur montage? Souhaitons-le à Isabelle Malenfant pour Un capitalisme sentimental d'Olivier Asselin, film qui aurait mérité de monter bien plus haut et qui a hélas été relégué aux catégories secondaires.
Meilleur documentaire? Luc Bourdon devrait gagner pour sa merveilleuse Mémoire des anges, un poème sur Montréal. Les courts métrages sont tous bons. Dans le champ de l'animation, je voterais pour Les Anges déchets de Pierre M. Trudeau, si délicieux. Next Floor de Denis Villeneuve, primé partout, raflera probablement la mise dans la catégorie courts et moyens métrages.
Tout cela est beau et bon, mais ne règle pas le problème des Jutra agités par la houle.
Pour l'instant, nous sommes nombreux à réclamer que ces «Oscar québécois» changent leur formule de nomination et fassent affaire avec un jury indépendant. Actuellement, les choix des pairs (les réalisateurs déterminant les nominations des réalisateurs, les acteurs celles des acteurs, etc.) dans notre trop petit milieu, se jouent au milieu des conflits d'intérêts, en des liens incestueux. Les membres de l'industrie lourde (producteurs, distributeurs, gérants de salles) choisissent les quatre candidats au meilleur film. Or, leurs visées se révèlent plus commerciales qu'artistiques... Sans compter que plusieurs votants voient les oeuvres grand public et cochent des choix à l'aveugle, quant au reste. Des d'acteurs qui méritaient haut la main d'être en lice pour le prix d'interprétation, comme François Papineau dans Papa à la chasse aux lagopèdes, de Robert Morin, ont écarté par les votants. Peu d'entre eux avaient vu le film... Si les Jutra n'annoncent pas un rapide coup de barre pour les choix en amont, leur crédibilité, voire leur survie, semblent bel et bien compromises.
En tenue de soirée, peut-être que le chic parterre aura moins le coeur à la fête que d'habitude, sous le vent de contestations qui a soufflé. Des scandales ont terni l'image du gala, après des mises en nominations vertement contestées. Trop de favoris se voyaient exclus, comme Tout est parfait d'Yves-Christian Fournier, écarté — allons donc! — de la course au meilleur film. Par ailleurs, l'existence de nominations fantômes à la demande du conseil d'administration des Jutra est venue prouver que même à l'interne, on s'interrogeait sur l'efficacité du vote des pairs, officiellement en place, mais récusé par plusieurs.
Les Jutra avaient-ils besoin d'affronter cette année pareille tempête? Après les compressions à la SRC et la crise économique en mode guillotine, y aura-t-il une cérémonie télévisée du Gala l'an prochain sur les ondes d'État? Qui peut lire l'avenir en ces temps houleux? Des menaces planent.
Sous ce brouillard, reste à espérer que Ce qu'il faut pour vivre, de Benoit Pilon, ratissera sa part de lauriers. Seul film à faire vraiment consensus dans les rangs de la critique, parmi les cinéphiles comme dans l'industrie par ses qualités supérieures, son couronnement aurait un effet pacificateur.
À lui, semble-t-il, la victoire dans les catégories de prestige: meilleur film, meilleur réalisateur (à moins qu'Yves-Christian Fournier pour Tout est parfait ne rafle la mise), meilleur scénario, meilleure performance d'acteur pour Natar Ungalaaq, sans rival sérieux (sauf peut-être Alexis Martin dans Le Banquet). On prédit à Pilon bien du bonheur.
Ce n'est pas que ses concurrents au meilleur film (Maman est chez le coiffeur, de Léa Pool, C'est pas moi, je le jure, de Philippe Falardeau, et Borderline, de Lyne Charlebois) ne possèdent leurs vertus, mais Ce qu'il faut pour vivre, plus achevé, transcende le lot. D'autant plus qu'écarté de la catégorie du meilleur film, son grand rival Tout est parfait s'efface à son profit.
Karine Vanasse animera la cérémonie. Bon. De prime abord, on l'imagine mal en train d'aligner les gags et de faire des steppettes comme il est de mise en la circonstance, mais la blonde et sérieuse comédienne assure que les Jutra cherchent aujourd'hui une formule plus «classe» que burlesque. Avec numéro de scratch, tout de même, et des invités de tous poils... Le réalisateur Fernand Dansereau recevra un jutra hommage. La mémoire est toujours bienvenue lors de ce type de célébrations.
Si Babine, de Luc Picard, d'un scénario du conteur Fred Pellerin domine la course avec neuf nominations, il devrait récolter surtout des prix techniques, (dont quatre déjà attribués jeudi dernier lors d'une cérémonie hors d'ondes).
Chose certaine, la star américaine Susan Sarandon, en lice pour le prix de la meilleure actrice à travers Emotional Arithmetic, de Paulo Barzman, tourné au Québec sur fond d'Holocauste, ne sera pas de la fête. Retenue, dit-on, au théâtre. Sa candidature avait été raillée ici de toutes parts. Comment la métamorphoser en actrice québécoise? Dur!
Dans cette catégorie, Isabelle Blais, si vibrante dans Borderline, devrait l'emporter sur ses concurrentes. Du côté des actrices de soutien c'est Angèle Coutu, extraordinaire dans Borderline, qui devrait triompher. Chez les acteurs de soutien, Normand D'Amour dans Tout est parfait mérite le laurier, mais Luc Picard dans Babine a aussi ses partisans.
Meilleure direction de la photographie? On risque Ronald Plante pour La Ligne brisée, film qui reposait essentiellement sur sa caméra. Meilleur montage? Souhaitons-le à Isabelle Malenfant pour Un capitalisme sentimental d'Olivier Asselin, film qui aurait mérité de monter bien plus haut et qui a hélas été relégué aux catégories secondaires.
Meilleur documentaire? Luc Bourdon devrait gagner pour sa merveilleuse Mémoire des anges, un poème sur Montréal. Les courts métrages sont tous bons. Dans le champ de l'animation, je voterais pour Les Anges déchets de Pierre M. Trudeau, si délicieux. Next Floor de Denis Villeneuve, primé partout, raflera probablement la mise dans la catégorie courts et moyens métrages.
Tout cela est beau et bon, mais ne règle pas le problème des Jutra agités par la houle.
Pour l'instant, nous sommes nombreux à réclamer que ces «Oscar québécois» changent leur formule de nomination et fassent affaire avec un jury indépendant. Actuellement, les choix des pairs (les réalisateurs déterminant les nominations des réalisateurs, les acteurs celles des acteurs, etc.) dans notre trop petit milieu, se jouent au milieu des conflits d'intérêts, en des liens incestueux. Les membres de l'industrie lourde (producteurs, distributeurs, gérants de salles) choisissent les quatre candidats au meilleur film. Or, leurs visées se révèlent plus commerciales qu'artistiques... Sans compter que plusieurs votants voient les oeuvres grand public et cochent des choix à l'aveugle, quant au reste. Des d'acteurs qui méritaient haut la main d'être en lice pour le prix d'interprétation, comme François Papineau dans Papa à la chasse aux lagopèdes, de Robert Morin, ont écarté par les votants. Peu d'entre eux avaient vu le film... Si les Jutra n'annoncent pas un rapide coup de barre pour les choix en amont, leur crédibilité, voire leur survie, semblent bel et bien compromises.
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