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Entrevue - Jean-François Pouliot démultiplié

Odile Tremblay   21 février 2009  Cinéma
Le cinéaste Jean-François Pouliot durant le tournage de Champlain retracé
Le cinéaste Jean-François Pouliot durant le tournage de Champlain retracé
Le cinéaste de La Grande Séduction célèbre de plusieurs façons les 70 ans de l'Office national du film. Non seulement se trouve-t-il derrière l'étrange expérience Champlain retracé, une oeuvre en trois dimensions commandée par l'ONF, mais il a aussi réalisé ONF 70 ans, court métrage diffusé sur 35 écrans du Québec avant Le Bonheur de Pierre de Robert Ménard, dès vendredi prochain.

Lunettes comprises

Sur Champlain retracé, le plus grand défi technologique de sa carrière, Pouliot se montre intarissable. Ce film stéréoscopique est présenté tout au long des Rendez-vous du cinéma québécois, jusqu'au 27 février, dans la salle de l'Office national du film (ONF). Gratuitement en plus, lunettes spéciales comprises.

Champlain retracé aborde, à travers les tentatives infructueuses d'une artiste-peintre de faire un portrait crédible du fondateur de Québec, l'aventure de Champlain.

Mais pour Pouliot, la gageure consistait avant tout à se colleter à un nouveau média, qui l'emballe visiblement. «Le 3D change le langage cinématographique autant que le parlant après le muet, ne craint-il pas de lancer. Tout ce qu'on a appris de la composition picturale tombe.»

Ceux qui connaissaient le 3D l'avaient prévenu des limites du genre. Ne pas faire ceci, ou cela. «Évidemment, j'ai passé outre, et tout essayé, précise-t-il. Sauf que l'image n'est plus une image, mais une fenêtre vers une réalité tridimensionnelle. Les gros plans peuvent paraître gigantesques. J'ai appris sur le tas. Mais on a fait visionner Champlain aux animateurs du studio Dreamwork, échangeant des idées et des trouvailles.»

Sans vouloir tomber dans des explications trop pointues, précisons que, lorsqu'on tourne en trois dimensions, les questions de profondeur de champ deviennent des casse-tête. Une partie de l'image est au foyer, l'autre non. «Il faut utiliser les contraintes à notre avantage, ou apprendre à les contourner.»

Jean-François Pouliot renâclait à la perspective que la technique du film fasse écran à l'histoire. Il est parti d'un scénario de Marcel Jean pour le transformer en fiction. «Je voulais raconter l'aventure d'une artiste en proie à ses propres démons, en jouant sur l'émotion.» La peintre (Pascale Montpetit), après avoir exécuté un portrait de Champlain truffé d'erreurs historiques, essaie de capter son modèle autrement, par les objets, des cartes, l'intuition, la proximité du lieu physique où il a débarqué.

Marier humour et mémoire

En fait, le cinéaste s'épargnait ainsi une prise de position devant un personnage historique dont nul ne connaît le vrai visage, trafiqué pour la postérité. «J'ai consulté des historiens, sans vouloir offrir aux spectateurs un cours didactique. Montrant quand même Champlain comme un personnage fascinant. Sa ténacité obsessive lui permit de garder en vie son projet de Nouvelle-France. Il posait un regard très poétique sur les choses, dont ses carnets témoignent. Écrits, cartes, dessins, gravures, artefacts sont mis à contribution. Mon approche tridimensionnelle est aussi impressionniste. Champlain et l'artiste-peintre, à 400 ans d'intervalle, poursuivent une quête d'identité.»

Le cinéaste admet que le spectateur averti n'apprendra pas grand-chose sur Champlain après la projection. «Mais la vocation première du film est de participer à une exposition permanente du Musée de la civilisation à Québec, au Centre d'interprétation de la place Royale. Il sera là pour dix ans et s'adresse beaucoup à une clientèle très jeune.»

Pour le court métrage de six minutes ONF 70 ans, très fluide et charmant, Jean-François Pouliot affirme avoir voulu marier l'humour à la mémoire de l'Office, en présentant quelque chose de différent. «J'avais l'impression que l'ONF était devenu un musée, pour découvrir là-bas un milieu créateur fantastique, qui témoigne de réalités canadiennes mais aussi internationales. Des extraits des films de McLaren sont là, aussi des animations de Ryan Larkin, comme de bien d'autres. Il y a un grand nombre de marginaux dans ce court métrage là. Et les clins d'oeil sur les castors rient des clichés sur l'ONF.»

Jean-François Pouliot travaille sur un projet de long métrage en anglais mais attend d'attacher le grelot pour en dévoiler les détails.
 
 
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