Mort de Claude Berri - Le cinéma français perd un de ses grands piliers
Photo : Agence France-Presse
Claude Berri photographié à Cannes le printemps dernier aux côtés de sa compagne et collaboratrice, la romancière Nathalie Rheims.
Une tête de malfrat, une gouaille, une sensibilité bourrue, un révélateur de talents, un homme blessé et un amoureux du cinéma sous toutes ses coutures. Claude Berri a tiré hier sa révérence, laissant un trou dans son sillage et bien des pans secrets d'une personnalité complexe. Timide extraverti, figure d'ambiguïté, il cachait sa pudeur sous une forme d'exhibitionnisme et force coups de gueule.
Depuis sa disparition hier à 74 ans, emporté par un accident cardio-vasculaire, la communauté du cinéma français, dont il a dirigé ou produit peu ou prou chaque membre, porte son deuil. «Il a mis en valeur tous les plus grands acteurs du cinéma français et a révélé leur personnalité», déclarait le président français, Nicolas Sarkozy. Vrai! La profession entière se massera à ses funérailles, en pouvant se vanter de l'avoir côtoyé de près. Tous le connaissaient. Peu peuvent se vanter de l'avoir vraiment percé à jour.
Cinéaste, acteur, producteur, scénariste, au four et au moulin du cinéma français, l'homme aura tâté de tous les registres. Éclectique Berri, qui produisit l'an dernier aux deux extrémités
du spectre, le succès populaire Bienvenue chez les Ch'tis, de Danny Boon, et le bijou cinéphilique La Graine et le Mulet, d'Abdellatif Kechiche. Oui, il ratissait large, Claude Berri. Le cinéaste se déployait la semaine dernière sur le plateau de sa comédie Trésor aux côtés de François Dupeyron, qui en gardera désormais seul les commandes.
Berri avait publié en 2003 l'émouvant Autoportrait, récit autobiographique très cru sur son parcours semé d'épreuves, de dépression, de la mort de son ex-épouse et du suicide de son fils Julien Rassam, abordant au passage son amour pour l'art contemporain, la grande passion de son âge mûr. Il possédait une impressionnante collection personnelle et avait même ouvert à Paris en mars dernier l'Espace Claude-Berri, dédié à sa muse contemporaine.
L'homme de cinéma se montrait à la fois modeste et ombrageux. «Je fais des films populaires, moi. C'est plus important que la cinéphilie», déclarait-il au Devoir, après que sa grosse production Germinal, d'après Zola, eut été écorchée par la critique en 1993. Mais il aurait aimé plaire à tous, ne se consolait guère des commentaires aigres d'une presse qui épingla plusieurs de ses oeuvres: de Lucie Aubrac, à Uranus, en passant par Le Cinéma de papa. En fin de parcours, ses réalisations se faisaient plus commerciales qu'en début de carrière.
Mais comment oublier le cinéaste du grand film noir Tchao Pantin (1983) mettant en scène un Coluche au registre inédit? À son pavois, de grands succès internationaux: deux adaptations de Pagnol, Jean de Florette et Manon des sources (1986), dans lesquelles Yves Montand, Emmanuelle Béart, et Daniel Auteuil s'étaient révélés prodigieux. «J'ai plus de facilité à trouver mon inspiration dans le passé, avait confié au Devoir en 1997 celui qui s'est beaucoup abreuvé à des sources historiques et littéraires. Le passé, les souvenirs hantaient cet enfant de la guerre.
Claude Berri, de son vrai nom Claude Langmann, juif ashkénaze, fils de fourreur, avait refusé de suivre les traces paternelles pour vivre au grand jour sa passion du théâtre, du spectacle, puis du cinéma. Son premier court métrage, Le Poulet, adapté d'un fait divers, lui avait valu en 1962 rien de moins qu'un Oscar. Mais, en 1967, c'est son remarquable premier long métrage Le Vieil homme et l'enfant, évoquant son parcours de jeune garçon recueilli sous l'Occupation par un vieillard (inoubliable Michel Simon), qui le révéla au grand public. Longtemps, sa vie constitua la matière de ses films, La Première Fois, Le Cinéma de papa, Sex-Shop, etc., films de valeur inégale, dans lesquels il se donna souvent la vedette.
Le cinéaste avait travaillé en 1961 avec celui qui allait devenir son beau-frère, le surdoué Maurice Pialat avec qui il entretint des relations orageuses. Le grand film de Pialat À nos amours (1983), scénarisé par Arlette Langmann, épouse du cinéaste et soeur de Claude Berri, fable violente inspirée de la vie de la famille de Claude Berri, avait fait grincer des dents à ce dernier.
Sous ses habits de producteur, il fut derrière des cinéastes aussi différents que Claude Zidi, Éric Rohmer, André Téchiné, Costa-Gavras, attelé à des films comme Astérix et Obélix contre César, après avoir appuyé des oeuvres plus personnelles, comme La Reine Margot de Chéreau, Valmont de Forman, Tess de Polanski, ou même L'Amant d'Annaud. En tant qu'acteur, sa prestation d'un exhibitionniste dans Stan le flasher, de Serge Gainsbourg, demeure inscrite dans la mémoire collective.
Berri a su léguer sa passion du cinéma à son fils Thomas Langmann, également producteur, acteur, scénariste et cinéaste, pourtant derrière l'échec du dernier film d'Astérix.
En 1995, il avait été question que Berri porte à l'écran deux romans de Michel Tremblay, dont il s'était engoué: Le Coeur découvert et Le Coeur éclaté, fusionnés pour l'occasion, mais le projet était hélas! tombé à l'eau.
Mais, pour l'heure, on salue en lui une des figures les plus centrales du cinéma hexagonal, un homme de feu et d'action, un des derniers Mohicans à avoir traversé là-bas les vagues successives du 7e art, en surfant sur toutes.
Depuis sa disparition hier à 74 ans, emporté par un accident cardio-vasculaire, la communauté du cinéma français, dont il a dirigé ou produit peu ou prou chaque membre, porte son deuil. «Il a mis en valeur tous les plus grands acteurs du cinéma français et a révélé leur personnalité», déclarait le président français, Nicolas Sarkozy. Vrai! La profession entière se massera à ses funérailles, en pouvant se vanter de l'avoir côtoyé de près. Tous le connaissaient. Peu peuvent se vanter de l'avoir vraiment percé à jour.
Cinéaste, acteur, producteur, scénariste, au four et au moulin du cinéma français, l'homme aura tâté de tous les registres. Éclectique Berri, qui produisit l'an dernier aux deux extrémités
du spectre, le succès populaire Bienvenue chez les Ch'tis, de Danny Boon, et le bijou cinéphilique La Graine et le Mulet, d'Abdellatif Kechiche. Oui, il ratissait large, Claude Berri. Le cinéaste se déployait la semaine dernière sur le plateau de sa comédie Trésor aux côtés de François Dupeyron, qui en gardera désormais seul les commandes.
Berri avait publié en 2003 l'émouvant Autoportrait, récit autobiographique très cru sur son parcours semé d'épreuves, de dépression, de la mort de son ex-épouse et du suicide de son fils Julien Rassam, abordant au passage son amour pour l'art contemporain, la grande passion de son âge mûr. Il possédait une impressionnante collection personnelle et avait même ouvert à Paris en mars dernier l'Espace Claude-Berri, dédié à sa muse contemporaine.
L'homme de cinéma se montrait à la fois modeste et ombrageux. «Je fais des films populaires, moi. C'est plus important que la cinéphilie», déclarait-il au Devoir, après que sa grosse production Germinal, d'après Zola, eut été écorchée par la critique en 1993. Mais il aurait aimé plaire à tous, ne se consolait guère des commentaires aigres d'une presse qui épingla plusieurs de ses oeuvres: de Lucie Aubrac, à Uranus, en passant par Le Cinéma de papa. En fin de parcours, ses réalisations se faisaient plus commerciales qu'en début de carrière.
Mais comment oublier le cinéaste du grand film noir Tchao Pantin (1983) mettant en scène un Coluche au registre inédit? À son pavois, de grands succès internationaux: deux adaptations de Pagnol, Jean de Florette et Manon des sources (1986), dans lesquelles Yves Montand, Emmanuelle Béart, et Daniel Auteuil s'étaient révélés prodigieux. «J'ai plus de facilité à trouver mon inspiration dans le passé, avait confié au Devoir en 1997 celui qui s'est beaucoup abreuvé à des sources historiques et littéraires. Le passé, les souvenirs hantaient cet enfant de la guerre.
Claude Berri, de son vrai nom Claude Langmann, juif ashkénaze, fils de fourreur, avait refusé de suivre les traces paternelles pour vivre au grand jour sa passion du théâtre, du spectacle, puis du cinéma. Son premier court métrage, Le Poulet, adapté d'un fait divers, lui avait valu en 1962 rien de moins qu'un Oscar. Mais, en 1967, c'est son remarquable premier long métrage Le Vieil homme et l'enfant, évoquant son parcours de jeune garçon recueilli sous l'Occupation par un vieillard (inoubliable Michel Simon), qui le révéla au grand public. Longtemps, sa vie constitua la matière de ses films, La Première Fois, Le Cinéma de papa, Sex-Shop, etc., films de valeur inégale, dans lesquels il se donna souvent la vedette.
Le cinéaste avait travaillé en 1961 avec celui qui allait devenir son beau-frère, le surdoué Maurice Pialat avec qui il entretint des relations orageuses. Le grand film de Pialat À nos amours (1983), scénarisé par Arlette Langmann, épouse du cinéaste et soeur de Claude Berri, fable violente inspirée de la vie de la famille de Claude Berri, avait fait grincer des dents à ce dernier.
Sous ses habits de producteur, il fut derrière des cinéastes aussi différents que Claude Zidi, Éric Rohmer, André Téchiné, Costa-Gavras, attelé à des films comme Astérix et Obélix contre César, après avoir appuyé des oeuvres plus personnelles, comme La Reine Margot de Chéreau, Valmont de Forman, Tess de Polanski, ou même L'Amant d'Annaud. En tant qu'acteur, sa prestation d'un exhibitionniste dans Stan le flasher, de Serge Gainsbourg, demeure inscrite dans la mémoire collective.
Berri a su léguer sa passion du cinéma à son fils Thomas Langmann, également producteur, acteur, scénariste et cinéaste, pourtant derrière l'échec du dernier film d'Astérix.
En 1995, il avait été question que Berri porte à l'écran deux romans de Michel Tremblay, dont il s'était engoué: Le Coeur découvert et Le Coeur éclaté, fusionnés pour l'occasion, mais le projet était hélas! tombé à l'eau.
Mais, pour l'heure, on salue en lui une des figures les plus centrales du cinéma hexagonal, un homme de feu et d'action, un des derniers Mohicans à avoir traversé là-bas les vagues successives du 7e art, en surfant sur toutes.
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