Prenez et buvez-en tous...
Réalisé par Catherine Hardwicke (Thirteen) à partir du very best-seller de Stephanie Meyer, Twilight est un véritable petit miracle de calcul et d’équilibre.
Deux films de vampires. Tirés de romans, en salle la même semaine, produits aux antipodes. En Suède pour Let the Right One In. Aux États-Unis pour Twilight. Le premier tient du pari artistique, le second, du calcul commercial. Les deux réinventent à leur façon le mythe de la créature de la nuit popularisée par Bram Stoker. Sans crucifix, tresse d'ail, cercueil matelassé et longues canines. Plus important encore, les deux longs métrages ont en commun d'unir un mortel et un vampire, dans l'acceptation mutuelle de cette association insolite et contre nature. Ces vampires sont nos amis. Santé!
Aucun film de vampire n'avait inspiré un marketing aussi forcené depuis Interview with the Vampire, en 1994, et conséquemment fait couler autant d'encre. Réalisé par Catherine Hardwicke (Thirteen) à partir du very best-seller de Stephanie Meyer, Twilight est un véritable petit miracle de calcul et d'équilibre. Il raconte l'histoire de Bella (Kristen Stewart), une adolescente un brin rebelle, transplantée de l'Arizona dans un patelin gothique de l'État pluvieux de Washington, où elle est venue vivre avec son père. Sa nouvelle école glorifie toutes les conventions qui la rebutent, et au milieu de ces conventions, un autre ado fait tache comme elle. Il s'agit d'Edward (Robert Pattinson), un garçon beau, solitaire et d'une blancheur cadavérique, dont elle apprendra de la bouche d'un ami autochtone qu'il est issu d'une famille de vampires pacifistes. Quelques bas-les-masques et développements farfelus plus tard, ils s'aiment, bien qu'au nez d'Edward la bavette de Bella soit irrésistible. Il lui faudra se faire violence pour résister à l'appel de la nature.
Au-delà de la fabrication (nous y reviendrons), les producteurs ont trouvé en Kristen Stewart une actrice, mignonne mais anonyme, à qui toutes les filles peuvent s'identifier. Puis, ils ont trouvé en Robert Pattinson (il jouait Cedric, le champion de kiddich, dans Harry Potter) l'incarnation suprême du fantasme adolescent féminin: longiligne et ferme, glabre et bien toiletté, regard perçant et canines attrayantes. Les deux jeunes acteurs auraient pu jouer en parallèle, ils jouent l'accord parfait. Leur attirance est crédible et la tension sexuelle qui se crée entre eux, et qui ne peut jamais être soulagée, maintiendra les adolescentes dans un état d'attente béate.
À l'écran, Hardwicke a fait le bon choix en misant sur une facture simple, analogique à l'exception de quelques effets spéciaux pas vraiment spectaculaires, qui nous renvoie moins à Harry Potter (auquel on compare le phénomène littéraire) qu'aux téléséries américaines telles Buffy the Vampire Slayer. Twilight, après tout, est un film de high school rural, avec ses passages obligés et sa géographie connue. La cinéaste en tire le meilleur parti, à travers une mise en scène qui, comme l'histoire d'amour, mise sur l'économie d'effets, pour une efficacité accrue. Le scénario est fertile en clichés et en archétypes, et on regrette que les vampires poudrés, dans leur première apparition, semblent sortir tout droit d'un théâtre de kabuki. Au-delà de quoi cette chouette affaire — qui pourrait être perçue comme une réclame pour l'abstinence sans que je puisse en toute bonne foi démonter l'argument — possède tous les atouts d'un triomphe commercial. Le pari se situait à ce niveau. Il est relevé.
Le pari de Let the Right One In est beaucoup plus subtil et risqué. D'où le grand mérite du Suédois Tomas Alfredson, qui signe ici une oeuvre magnifique et d'une grande retenue, qui repose comme Twilight sur une tension soutenue, qui ira cependant jusqu'au soulagement. Sans trop en révéler, disons que le petit Oskar, écolier solitaire, est persécuté par ses camarades de classe. Et pour cause: devant leurs coups il ne réagit pas, à leurs menaces il courbe l'échine. Dans la cour enneigée de son immeuble toutefois, il rêve à des scénarios de vengeance que la petite Eli, qui vient d'emménager dans son HLM, va l'aider à assouvir. Eli est un vampire, ce qu'Oskar ignore, puis feint d'ignorer, puis accepte, à mesure que leur amitié, fondée sur la solitude, se fortifie.
Le scénario d'Ajvide Lindqvist, tiré de son propre roman, mise en premier lieu sur l'étude psychologique des personnages. Les développements sont espacés, parfois subliminaux, mais pas une minute ne semble gaspillée ou superflue. Le cinéaste élargit la galerie, instaure un climat, faufile quelques éléments fantastiques dans une trame qui pourrait être celle d'un rêve éveillé. La majorité des scènes se déroulent la nuit, avec pour éclairer les images, admirablement composées, quelques fenêtres allumées, la neige au sol et la blancheur diaphane du gamin blond, dans l'univers duquel la vampire produit l'effet d'une ombre, ou d'un double. Prisonnière d'un corps d'enfant, condamnée à l'errance, cette dernière porte le poids de son immortalité comme le Sauveur sa croix, dans un film qui nous rappelle, avec grâce et finesse, que le mythe du vampire est encore bien vivant. Et qu'au cinéma, la mélancolie scandinave se fait trop rare.
Let the Right One In prenait l'affiche hier au AMC-Forum, en version originale suédoise avec sous-titres anglais. Une version sous-titrée en français (sous le titre Morse) est attendue sur l'écran du Cinéma du Parc dès la semaine prochaine.
***
Collaborateur du Devoir
***
Twilight
(Twilight: La fascination)
De Catherine Hardwicke. Avec Kristen Stewart, Robert Pattinson, Billy Burke, Taylor Lautner, Peter Facinelli, Rachelle Lefevre. Scénario: Melissa Rosenberg, d'après le roman de Stephenie Meyer. Image: Elliot Davis. Montage: Nancy Richardson. Musique: Carter Burwell. États-Unis, 2008, 121 minutes.
Aucun film de vampire n'avait inspiré un marketing aussi forcené depuis Interview with the Vampire, en 1994, et conséquemment fait couler autant d'encre. Réalisé par Catherine Hardwicke (Thirteen) à partir du very best-seller de Stephanie Meyer, Twilight est un véritable petit miracle de calcul et d'équilibre. Il raconte l'histoire de Bella (Kristen Stewart), une adolescente un brin rebelle, transplantée de l'Arizona dans un patelin gothique de l'État pluvieux de Washington, où elle est venue vivre avec son père. Sa nouvelle école glorifie toutes les conventions qui la rebutent, et au milieu de ces conventions, un autre ado fait tache comme elle. Il s'agit d'Edward (Robert Pattinson), un garçon beau, solitaire et d'une blancheur cadavérique, dont elle apprendra de la bouche d'un ami autochtone qu'il est issu d'une famille de vampires pacifistes. Quelques bas-les-masques et développements farfelus plus tard, ils s'aiment, bien qu'au nez d'Edward la bavette de Bella soit irrésistible. Il lui faudra se faire violence pour résister à l'appel de la nature.
Au-delà de la fabrication (nous y reviendrons), les producteurs ont trouvé en Kristen Stewart une actrice, mignonne mais anonyme, à qui toutes les filles peuvent s'identifier. Puis, ils ont trouvé en Robert Pattinson (il jouait Cedric, le champion de kiddich, dans Harry Potter) l'incarnation suprême du fantasme adolescent féminin: longiligne et ferme, glabre et bien toiletté, regard perçant et canines attrayantes. Les deux jeunes acteurs auraient pu jouer en parallèle, ils jouent l'accord parfait. Leur attirance est crédible et la tension sexuelle qui se crée entre eux, et qui ne peut jamais être soulagée, maintiendra les adolescentes dans un état d'attente béate.
À l'écran, Hardwicke a fait le bon choix en misant sur une facture simple, analogique à l'exception de quelques effets spéciaux pas vraiment spectaculaires, qui nous renvoie moins à Harry Potter (auquel on compare le phénomène littéraire) qu'aux téléséries américaines telles Buffy the Vampire Slayer. Twilight, après tout, est un film de high school rural, avec ses passages obligés et sa géographie connue. La cinéaste en tire le meilleur parti, à travers une mise en scène qui, comme l'histoire d'amour, mise sur l'économie d'effets, pour une efficacité accrue. Le scénario est fertile en clichés et en archétypes, et on regrette que les vampires poudrés, dans leur première apparition, semblent sortir tout droit d'un théâtre de kabuki. Au-delà de quoi cette chouette affaire — qui pourrait être perçue comme une réclame pour l'abstinence sans que je puisse en toute bonne foi démonter l'argument — possède tous les atouts d'un triomphe commercial. Le pari se situait à ce niveau. Il est relevé.
Le pari de Let the Right One In est beaucoup plus subtil et risqué. D'où le grand mérite du Suédois Tomas Alfredson, qui signe ici une oeuvre magnifique et d'une grande retenue, qui repose comme Twilight sur une tension soutenue, qui ira cependant jusqu'au soulagement. Sans trop en révéler, disons que le petit Oskar, écolier solitaire, est persécuté par ses camarades de classe. Et pour cause: devant leurs coups il ne réagit pas, à leurs menaces il courbe l'échine. Dans la cour enneigée de son immeuble toutefois, il rêve à des scénarios de vengeance que la petite Eli, qui vient d'emménager dans son HLM, va l'aider à assouvir. Eli est un vampire, ce qu'Oskar ignore, puis feint d'ignorer, puis accepte, à mesure que leur amitié, fondée sur la solitude, se fortifie.
Le scénario d'Ajvide Lindqvist, tiré de son propre roman, mise en premier lieu sur l'étude psychologique des personnages. Les développements sont espacés, parfois subliminaux, mais pas une minute ne semble gaspillée ou superflue. Le cinéaste élargit la galerie, instaure un climat, faufile quelques éléments fantastiques dans une trame qui pourrait être celle d'un rêve éveillé. La majorité des scènes se déroulent la nuit, avec pour éclairer les images, admirablement composées, quelques fenêtres allumées, la neige au sol et la blancheur diaphane du gamin blond, dans l'univers duquel la vampire produit l'effet d'une ombre, ou d'un double. Prisonnière d'un corps d'enfant, condamnée à l'errance, cette dernière porte le poids de son immortalité comme le Sauveur sa croix, dans un film qui nous rappelle, avec grâce et finesse, que le mythe du vampire est encore bien vivant. Et qu'au cinéma, la mélancolie scandinave se fait trop rare.
Let the Right One In prenait l'affiche hier au AMC-Forum, en version originale suédoise avec sous-titres anglais. Une version sous-titrée en français (sous le titre Morse) est attendue sur l'écran du Cinéma du Parc dès la semaine prochaine.
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Collaborateur du Devoir
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Twilight
(Twilight: La fascination)
De Catherine Hardwicke. Avec Kristen Stewart, Robert Pattinson, Billy Burke, Taylor Lautner, Peter Facinelli, Rachelle Lefevre. Scénario: Melissa Rosenberg, d'après le roman de Stephenie Meyer. Image: Elliot Davis. Montage: Nancy Richardson. Musique: Carter Burwell. États-Unis, 2008, 121 minutes.
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