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Cinéma - Lumière sur un oiseau de nuit

Fabien Deglise   21 novembre 2008  Cinéma
Cette incursion cinématographique dans l’univers de Roadsworth dégage allègrement la douce folie créatrice de l’artiste.
Cette incursion cinématographique dans l’univers de Roadsworth dégage allègrement la douce folie créatrice de l’artiste.
C'était de la poésie urbaine déposée comme ça, gratuitement, sur le bitume, pour le bonheur des passants.

Au milieu des années 2000, en transformant, à grand coup de pochoirs, les passages piétonniers en traces de bottes géantes, en chandelles ou en bâtons de dynamite, en détournant le sens d'une ligne blanche continue pour en faire une fermeture-éclair ou en posant des hiboux sur des lignes d'arrêt, l'artiste montréalais Peter Gibson a apporté une bouffée d'air frais dans l'univers de l'art sauvage en plein air... avant de se faire pincer par la police, un 29 novembre, à 4h du matin.

Quatre ans plus tard et un procès plus loin, qui a été écourté par une entente hors cour, Roadsworth — c'est son nom d'artiste — est désormais de retour en ville. Sur pellicule du moins, avec Roadsworth: franchir la ligne, un documentaire d'une heure présenté ce soir en première mondiale, dans le cadre des Rencontres internationales du documentaire de Montréal (RIDM).

Sous la direction d'Alan Kohl, l'objet cinématographique, scénarisé par Matthew Tomlinson et Sarah Spring, retrace donc la naissance et les déambulations urbaines, puis administratives, de ce drôle d'oiseau passionné tant par le «land art» urbain que par la transgression des règles sociales. Un cocktail explosif qui, pendant des années, à fait sortir Gibson, la nuit, pour planter des interrupteurs (au pochoir) en pleine rue, pour faire émerger de la vigne (en dessin) d'une bouche d'égout, pour détourner le marquage au sol d'une piste cyclable en prise électrique ou encore pour interpeller le sens d'une ligne d'arrêt en y ajoutant, avec de la peinture aérosol, du barbelé.

Campagne artistique atypique, qui vaut à Roadsworth le titre enviable «d'artiste des artistes» décerné par le collectif new-yorkais Wooster, cet arpentage de bitume au pochoir devient pour le réalisateur une occasion de questionner la place de l'art spontané en ville, tout comme la capacité d'une administration publique à y faire face. L'aventure qui démarre à Montréal dans la plus grande illégalité, pour se poursuivre à New York mais aussi en France, en Grande-Bretagne et en Allemagne, devient aussi une incroyable épopée dans le quotidien d'un vrai maître de l'illustration, dont la notoriété a fait le tour du monde et qui se cherche autant qu'il cherche à émouvoir ses contemporains.

Sensible par moments, souvent subtile, comme les vis de Gibson ajoutées au bitume, cette incursion cinématographique dans l'univers de Roadsworth — de la rue à la cour municipale — dégage d'ailleurs allègrement la douce folie créatrice de ce p'tit gars de Toronto devenu Montréalais. Et pour ça, mais aussi pour une scène étonnante captée à Amsterdam, où le créateur se fait juger en direct par une Hollandaise peu ouverte à son art, cette coproduction Loaded Pictures et Office national du film vaut certainement le déplacement.

***

Roadsworth: franchir la ligne

Réalisation: Alan Kohl. Écrit par Matthew Tomlinson et Sarah Spring. Montage: Étienne

Gagnon, Chantal Lussier, Carl Freed. Musique: Mitchell

Akiyama, Miracle Fortress,

Broken Social Sense.

Canada, 2008, 60 min.






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