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Animation - Entre le comment et le pourquoi

André Lavoie   15 février 2003  Cinéma
Les toutes premières images qui marqueront le coup d'envoi de la 21e édition des Rendez-vous du cinéma québécois ne sont pas signées par un réalisateur connu de tous, explorant le champ de la fiction ou celui du documentaire. Pendant quelques minutes, et c'est souvent le cas pour ce type de cinéma, l'animation sera à l'honneur puisque le dernier film de Steven Woloshen, Cameras Take Five, précédera le nouveau long métrage de Bernar Hébert, The Favourite Game.

Si le nom de Steven Woloshen ne vous dit rien, rassurez-vous car il n'y a pas si longtemps que Marco de Blois, conservateur du cinéma d'animation à la Cinémathèque québécoise, a fait l'heureuse découverte du travail de ce réalisateur actif depuis plus de dix ans. Pour Marco de Blois, «il représente le cas, très rare, d'un cinéaste d'animation indépendant ayant réussi à se constituer une oeuvre en dehors de l'Office national du film». Woloshen fabrique d'ailleurs chez lui, sans caméra, ses propres films entre deux contrats de technicien sur les plateaux de tournage américains; ni plus ni moins qu'«un héritier de Norman McLaren».

Cameras Take Five constitue une bonne surprise aux yeux de Marco de Blois, à qui les Rendez-vous ont demandé de scruter la production annuelle du cinéma d'animation pour la mise en place de la programmation. Encouragé par le fait «de ne pas avoir refusé beaucoup de films», ébloui par les qualités remarquables de certaines productions, tout particulièrement Flux de Chris Hinton, le conservateur constate pourtant que le paysage général de l'animation ne change guère, autant dominé par la grande renommée de l'ONF que marqué par l'isolement chronique des cinéastes indépendants.

Marco de Blois applaudit aux succès du studio d'animation de l'ONF, dont les films constituent souvent «nos meilleurs ambassadeurs culturels»; il n'hésite pas à voir les limites de l'institution, incapable de prendre sous son aile tous les (nombreux) talents de l'animation québécoise. «Si l'ONF devait changer ses politiques en animation, ça serait dramatique. Comme partout ailleurs, les périodes d'abondance sont terminées et c'est pourquoi on fait de plus en plus appel aux pigistes, qui ne font qu'un film. Il est impossible pour eux de poursuivre une véritable carrière en animation.»

Pour une production indépendante

Parce que l'ONF ne peut tout faire alors qu'on ne lui en fournit plus les moyens depuis longtemps, Marco de Blois souhaite assister à l'émergence d'une véritable production indépendante en animation, tout comme celle, vigoureuse, en documentaire. L'entreprise privée se risque à quelques tentatives mais les subventionneurs se font tirer l'oreille, selon lui: «La SODEC et le CALQ devraient offrir de véritables programmes afin de soutenir l'animation. On dirait que, pour eux, cet art relève uniquement du gouvernement fédéral!»

En attendant ces changements, quelques réalisateurs se pointent ici et là, même si «on arrive difficilement à dégager des tendances car ils sont très éclectiques», ajoutant «qu'ils sont surtout de bons plasticiens, plus préoccupés d'esthétisme que de narration». Dans cette catégorie, Marco de Blois cite entre autres M. Pou de Frédérick Tremblay, «un film fait à Québec» tient-il à préciser, ou encore Engrenage de Chloé Germain-Thérien, du groupe Les Lucioles, actif surtout du côté du cinéma d'intervention.

Signe que les frontières entre les genres deviennent de plus en plus poreuses, Marco de Blois admet que «l'ensemble de la sélection apparaît assez conservatrice» mais il explique cela par le désir de certains cinéastes de se retrouver plutôt dans la section Art et expérimentation des Rendez-vous. «Pourtant, des réalisateurs de cette section travaillent leur film image par image... et ne savent pas qu'ils font de l'animation!»

Beaucoup d'autres, qui travaillent en solitaire, de manière artisanale et en utilisant les techniques les plus diverses, savent pertinemment qu'ils poursuivent le rêve des pionniers comme McLaren et René Jodoin. Pour Marco de Blois, la programmation Animation des Rendez-vous témoigne de ce dynamisme et de ce sens de l'histoire. Il en profite pour inviter le public à jeter un regard neuf sur cet art du mouvement... toujours en mouvement: «La question que je me pose souvent en animation, ce n'est pas "comment ça bouge?" mais "pourquoi ça bouge?"» Les Rendez-vous du cinéma québécois nous offrent l'occasion de répondre à la deuxième interrogation alors que l'on s'attarde trop souvent à la première.






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