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Ciné qua non Films - Quand l'art a rendez-vous avec le cinéma

Michel Ouellette et Bernar Hébert ont à ce jour créé plus de 60 films

Geneviève Otis-Dionne   15 février 2003  Cinéma
Pour leur 21e édition, les Rendez-vous du cinéma québécois ont décidé de rendre hommage à la maison de production Ciné qua non Films, qui souffle elle aussi sa 21e bougie cette année. La société vient de terminer le long métrage The Favourite Game — une adaptation du premier roman de Leonard Cohen — qui a été sélectionné pour ouvrir le festival. La maison de production est reconnue sur la scène nationale et internationale pour l'originalité de ses oeuvres et pour l'importance qu'elle accorde aux arts — toutes disciplines confondues — dans ses réalisations cinématographiques.

L'aventure de Ciné qua non commence en 1982, lorsque Bernar Hébert et Michel Ouellette décident d'unir leurs talents et leurs énergies pour fonder une maison de production. Les deux acolytes se sont rencontrés dans le monde du théâtre, où ils ont fait leurs premières armes dans l'univers du cinéma en introduisant le multimédia dans différentes pièces de théâtre. La maison de production a flirté un certain temps avec le théâtre multimédia avant de se concentrer sur la production et la réalisation de courts métrages, puis de passer au long métrage et au documentaire pendant les années 1990.

La passion de Bernar Hébert et de Michel Ouellette pour la culture et les arts a influencé la ligne directrice de Ciné qua non dès ses premières années d'existence. Les deux amis côtoyaient à l'époque — et encore aujourd'hui — plusieurs artistes de la scène théâtrale, mais aussi de la danse et de la musique. «Le monde des arts est un secteur d'inspiration inépuisable», souligne M. Ouellette. De plus, dans les années 1980, «il y avait très peu de producteurs qui se concentraient sur le domaine des arts pour l'écran, comparativement à d'autres sujets sociaux. S'inspirer des arts pour la production d'émissions de télévision était un phénomène encore nouveau à l'époque», ajoute-t-il.

Ciné qua non s'est rapidement forgé une place de choix dans ce marché et occupe encore aujourd'hui une position avantageuse dans ce secteur. La société s'est fait connaître, entre autres, par l'utilisation de la danse dans plusieurs de ses oeuvres, notamment dans le film Le Petit Musée de Vélasquez, une adaptation d'un spectacle de la compagnie de danse Lalala Human Steps, produit en 1994. Le film a remporté quatre prix Gémeaux décernés par l'Académie canadienne du cinéma et de la télévision.

Un rayonnement international

Dès ses débuts, Ciné qua non a axé ses activités sur le développement des marchés internationaux. En produisant des courts métrages sans dialogues, traitant de sujets artistiques comme la danse ou la musique, l'exportation de ses réalisations cinématographiques à l'étranger se trouvait facilitée. «Les sujets artistiques, même si ce n'est pas toujours porteur pour un grand public, traversent les frontières aisément, observe Bernar Hébert. C'est un produit qui trouve sa cote en Europe, par exemple.»

La maison de production a rapidement joui d'une grande notoriété sur la scène internationale grâce à son premier film, Le Chien de Luis et Salvador, réalisé par Bernar Hébert et produit par Michel Ouellette en 1983. Le film est un «remake» du classique surréaliste Un chien andalou, réalisé en 1928 par Luis Buñuel, en collaboration avec Salvador Dali. Le court métrage de Bernar Hébert et de Michel Ouellette a gagné le premier prix au Festival international de vidéo de Locarno en 1984, et s'est vu attribuer la même année une mention spéciale au Festival international de vidéo de Tokyo.

«Le fait d'avoir gagné un prix avec notre premier film a tout de suite établi un pont avec l'international, mentionne M. Hébert. Nous avons reçu après [la remise du prix] des téléphones et des lettres de télévisions françaises et allemandes, et des droits ont été vendus en Europe.»

Des collaborations fructueuses

Ciné qua non a par la suite multiplié les collaborations avec des chaînes de télévision étrangères pour accroître les sources de financement et augmenter les lieux de diffusion. Par exemple, en 2001, une minisérie documentaire de cinq épisodes d'une heure intitulée Mahomet — qui portait sur le prophète arabe — a été produite en coproduction avec la société française Phares et Balises. La minisérie a connu un franc succès, tant au Québec qu'en France. Plus récemment, le documentaire de création !Viva la Frida!, portant sur la vie et l'oeuvre de la peintre Frida Kahlo, a été produit en partenariat avec deux chaînes de télévision mexicaine et a reçu du financement de télévisions américaines et canadiennes.

«Quand tu as des projets sur les arts où sur des sujets plus particuliers comme Frida, le public devient plus petit. L'industrie va être intéressée par le projet, mais elle ne mettra pas nécessairement beaucoup de financement. Alors nous, ce que nous faisons, c'est cumuler plusieurs chaînes qui vont apporter chacune leur contribution», explique M. Hébert. De plus, de cette façon, «vous pouvez vous retrouver avec 300 spectateurs à Montréal, 3000 à New York, 3000 à Los Angeles; vous faites le tour du monde comme ça et vous avez quelques millions de spectateurs. À mon avis, ça vaut la peine de faire des films pour quelques millions de spectateurs...», ajoute M. Ouellette.

Une compagnie prolifique

Michel Ouellette et Bernard Hébert ont créé plus de 60 films à travers leur maison de production Ciné qua non. Environ 60 % de ces oeuvres puisent leur inspiration dans les arts, en passant par la littérature, la danse, la peinture et la musique classique. M. Ouellette poursuit d'ailleurs cette année la série «Collection musique de chambre», des documentaires d'une heure qui rendent hommage à la musique classique. Avec l'arrivée de Schumann et Schubert, la collection comptera désormais 13 titres.

Bien que le créneau principal de la société soit les arts, Ciné qua non produit et réalise également des documentaires et des films qui abordent des sujets originaux. Les rêves des enfants de Nagano, diffusé sur les ondes de Radio-Canada à l'occasion des Jeux olympiques d'hiver de 1999, est un portrait intéressant de la culture japonaise.

Du côté des longs métrages, la compagnie présente aux 21e Rendez-vous du cinéma québécois sa troisième réalisation dans le domaine, The Favourite Game, une adaptation du premier roman de Leonard Cohen. Bernar Hébert a fait des pieds et des mains pendant plus de six ans pour trouver le financement nécessaire et faire en sorte que le film voie le jour. «Je suis très fier du résultat parce que le film se rapproche beaucoup du roman. Mais c'est un film qui est particulier et qui demande un peu plus au spectateur que d'autres films. Si les gens cherchent de l'action, ils n'en trouveront pas, déclare M. Hébert. C'est l'histoire d'un gars qui déblatère sur la vie et qui vole d'une femme à une autre.»

Les fondateurs de Ciné qua non ont plusieurs projets en tête pour cette année, dont un film sur Mary Shelley, l'auteure de Frankenstein. Ils souhaitent aussi faire un film sur le peintre canadien Stanley Cosgrove, décédé en avril 2002, qui a été pendant quatre ans l'assistant du peintre et muraliste José Clemente Orozco. Un film avec la danseuse canadienne Karen Kain est également à prévoir ainsi qu'un long métrage autour de la thématique du cirque, mettant en vedette des artistes forains.
 
 
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