Documentaire - Le réel en abondance
Réflexion et vision personnelles
Lors des Rencontres internationales du documentaire en novembre dernier, alors que l'on procédait au dévoilement de la phase 2 d'une étude sur la production documentaire au Québec et au Canada, l'heure n'était pas aux réjouissances mais aux constats amers: cinéastes soumis aux diktats des programmateurs des chaînes de télévision, conditions de travail précaires, financement inadéquat, flou persistant entre l'objectivité du journaliste et la liberté créatrice du documentariste, etc.
Cette morosité allait-elle atteindre les prochains Rendez-vous du cinéma et se répercuter douloureusement sur les écrans? C'est du moins ce que craignait Garry Beitel, réalisateur depuis plus de 20 ans (Bonjour! Shalom!, Livraisons aigres-douces, Ma chère Clara) et invité par la direction des Rendez-vous à guider leur choix pour la programmation des documentaires. Au moment de notre entretien, il sortait à peine de cet incroyable marathon, ayant visionné plus de 125 films afin d'accomplir la tâche ingrate d'en retenir environ la moitié pour le plaisir des cinéphiles.
Tyrannie télévisuelle
Les inquiétudes et les vicissitudes de ses collègues, Garry Beitel les connaît par coeur et pourtant, il partage un peu moins ces sentiments négatifs après avoir vu tant de documentaires produits au cours de la dernière année. Ce plaisir, qui fut parfois aussi «un fardeau», l'a forcé à dresser un tout autre constat: «J'ai été surpris par la qualité des films, souligne-t-il avec une certaine incrédulité. Je m'attendais à voir beaucoup plus de productions formatées pour la télévision et ce n'était pas le cas. Les documentaires sont de durée variable, ce qui signifie qu'ils sont loin d'être tous soumis à la tyrannie des 52 minutes exigées par les télévisions... qui penchent d'ailleurs de plus en plus pour 44 minutes!»
L'observateur de la scène documentaire ne peut qu'être étonné devant tant d'enthousiasme, habitué d'entendre un discours souvent plus alarmiste que celui de Garry Beitel. Selon le réalisateur, la programmation des Rendez-vous prouvera que les documentaires ne sont pas seulement l'apanage «des gens de métier» mais aussi des jeunes car «la relève est là», ce qui ne manque pas de le réjouir.
Devant des films tels Casa Loma: journal de bord de Carlos Ferrand, Comme une odeur de menthe de Pierre Sidaoui, Le Dernier Repas de Julien Elie, et plusieurs autres, Garry Beitel y décèle l'essence même du documentaire. On retrouve chez chacun «un processus de réflexion, une vision personnelle, un regard. Ce sont des oeuvres qui nous amènent à comprendre les choses autrement.»
Son optimiste le pousse même à lancer quelques fleurs à l'Office national du film, institution souvent malmenée à la fois par les politiciens et les créateurs. «C'est encore un espace de liberté pour le documentaire d'auteur, affirme-t-il. Après l'arrivée de Jacques Bensimon au poste de commissaire en 2001, on a commencé à développer une approche différente, à percevoir une volonté de produire des oeuvres ayant un plus grand impact social. Il y a à peine deux ans, tout ce que l'on pouvait distinguer, c'était les coupures et la pression de lier chaque production à un télédiffuseur.»
Les fameux «télédiffuseurs»: même si Garry Beitel voulait les ignorer, la chose serait virtuellement impossible tant ils forment, avec les documentaristes, un couple plus ou moins bien assorti. Aux éloges, obligatoires et mérités, à l'égard de Télé-Québec, «même si, comme à l'ONF, la chaîne publique travaille avec très peu de moyens», le documentariste pointe du doigt tous ces programmateurs «qui nous imposent des façons de faire très restrictives». On a beau s'extasier devant la multiplication des chaînes et leur grande voracité en termes de produits d'information, «ce n'est pas là que le documentaire d'auteur indépendant va trouver son financement». Il regrette également que Radio-Canada soit plus enclin à présenter des documentaires d'auteur en juillet qu'en février...
Même si Garry Beitel admet son impuissance devant la situation («ce n'est pas moi qui programme!»), il ne peut comprendre la frilosité des grands patrons, toutes chaînes confondues. «Avec tout ce que j'ai vu pour les Rendez-vous, les chaînes n'auraient aucune difficulté à sélectionner des documentaires pour une année entière de diffusion. Et je suis entièrement convaincu que les gens les regarderaient car ils sont intéressants, touchants...» Commençons d'abord par y voir d'un peu plus près aux prochains Rendez-vous du cinéma québécois.
Cette morosité allait-elle atteindre les prochains Rendez-vous du cinéma et se répercuter douloureusement sur les écrans? C'est du moins ce que craignait Garry Beitel, réalisateur depuis plus de 20 ans (Bonjour! Shalom!, Livraisons aigres-douces, Ma chère Clara) et invité par la direction des Rendez-vous à guider leur choix pour la programmation des documentaires. Au moment de notre entretien, il sortait à peine de cet incroyable marathon, ayant visionné plus de 125 films afin d'accomplir la tâche ingrate d'en retenir environ la moitié pour le plaisir des cinéphiles.
Tyrannie télévisuelle
Les inquiétudes et les vicissitudes de ses collègues, Garry Beitel les connaît par coeur et pourtant, il partage un peu moins ces sentiments négatifs après avoir vu tant de documentaires produits au cours de la dernière année. Ce plaisir, qui fut parfois aussi «un fardeau», l'a forcé à dresser un tout autre constat: «J'ai été surpris par la qualité des films, souligne-t-il avec une certaine incrédulité. Je m'attendais à voir beaucoup plus de productions formatées pour la télévision et ce n'était pas le cas. Les documentaires sont de durée variable, ce qui signifie qu'ils sont loin d'être tous soumis à la tyrannie des 52 minutes exigées par les télévisions... qui penchent d'ailleurs de plus en plus pour 44 minutes!»
L'observateur de la scène documentaire ne peut qu'être étonné devant tant d'enthousiasme, habitué d'entendre un discours souvent plus alarmiste que celui de Garry Beitel. Selon le réalisateur, la programmation des Rendez-vous prouvera que les documentaires ne sont pas seulement l'apanage «des gens de métier» mais aussi des jeunes car «la relève est là», ce qui ne manque pas de le réjouir.
Devant des films tels Casa Loma: journal de bord de Carlos Ferrand, Comme une odeur de menthe de Pierre Sidaoui, Le Dernier Repas de Julien Elie, et plusieurs autres, Garry Beitel y décèle l'essence même du documentaire. On retrouve chez chacun «un processus de réflexion, une vision personnelle, un regard. Ce sont des oeuvres qui nous amènent à comprendre les choses autrement.»
Son optimiste le pousse même à lancer quelques fleurs à l'Office national du film, institution souvent malmenée à la fois par les politiciens et les créateurs. «C'est encore un espace de liberté pour le documentaire d'auteur, affirme-t-il. Après l'arrivée de Jacques Bensimon au poste de commissaire en 2001, on a commencé à développer une approche différente, à percevoir une volonté de produire des oeuvres ayant un plus grand impact social. Il y a à peine deux ans, tout ce que l'on pouvait distinguer, c'était les coupures et la pression de lier chaque production à un télédiffuseur.»
Les fameux «télédiffuseurs»: même si Garry Beitel voulait les ignorer, la chose serait virtuellement impossible tant ils forment, avec les documentaristes, un couple plus ou moins bien assorti. Aux éloges, obligatoires et mérités, à l'égard de Télé-Québec, «même si, comme à l'ONF, la chaîne publique travaille avec très peu de moyens», le documentariste pointe du doigt tous ces programmateurs «qui nous imposent des façons de faire très restrictives». On a beau s'extasier devant la multiplication des chaînes et leur grande voracité en termes de produits d'information, «ce n'est pas là que le documentaire d'auteur indépendant va trouver son financement». Il regrette également que Radio-Canada soit plus enclin à présenter des documentaires d'auteur en juillet qu'en février...
Même si Garry Beitel admet son impuissance devant la situation («ce n'est pas moi qui programme!»), il ne peut comprendre la frilosité des grands patrons, toutes chaînes confondues. «Avec tout ce que j'ai vu pour les Rendez-vous, les chaînes n'auraient aucune difficulté à sélectionner des documentaires pour une année entière de diffusion. Et je suis entièrement convaincu que les gens les regarderaient car ils sont intéressants, touchants...» Commençons d'abord par y voir d'un peu plus près aux prochains Rendez-vous du cinéma québécois.
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