Courts et moyens métrages - Un air de jeunesse
La sélection de courts et moyens métrages a été, cette année, confirmée par la cinéaste Manon Briand qui, avant le succès de 2 secondes et de La Turbulence des fluides, a réalisé quelques courts et moyens métrages grâce au soutien de la maison de production Ciné qua non, à qui les RVCQ rendent hommage. Pour mener à bien cette tâche, Manon Briand fut secondée par un comité formé de Dominique Dugas, André Roy et Marie Lynda Bilodeau. Marie Lynda Bilodeau, réalisatrice et grande marathonienne du visionnement — elle est la seule à avoir visionné intégralement les films soumis à la sélection pour l'édition 2002 des RVCQ, soit au-delà de 350 pièces! — a accepté de livrer ses impressions.
Le Devoir: Des 114 courts et moyens métrages visionnés, 39 ont été retenus par le comité. Cette sélection a-t-elle été difficile à établir?
Marie Lynda Bilodeau: Le nombre de films soumis va grandissant depuis quelques années, notamment à cause du renouveau de popularité des courts et moyens métrages. Cette abondance est certes liée à l'accessibilité grandissante des technologies, notamment les nouvelles générations de caméras et de programmes de montage comme Final Cut. De plus, les soirées Kino et Prends ça court, les émissions et sites Web comme Silence on court, etc., ont eu une influence certaine sur la pratique du court et du moyen métrage. C'est évident. Cela rend par conséquent notre travail plus ardu, plus long, plus lourd. Mais en même temps, il y a un véritable engouement pour le court et cela permet l'éclosion de nombreux talents nouveaux.
Le Devoir: Décelez-vous des grandes tendances dans la production de cette année?
Marie Lynda Bilodeau: Les thèmes sont vraiment tous azimuts, probablement parce que la provenance des réalisateurs est d'une grande diversité. Mais ce qui est commun à la majorité de ces films, c'est qu'ils sont pour la plupart l'oeuvre de débutants. La sélection comporte peu de vétérans du court, même si quelques auteurs confirmés sont au nombre des sélectionnés. En fait, la grande majorité des réalisateurs retenus en sont seulement à leur premier, second, ou tout au plus troisième film.
Par conséquent, ces réalisateurs sont assez jeunes et ont relativement peu d'expérience. Ils abordent des sujets propres à leur âge et aux préoccupations de leur génération, sans nécessairement emprunter la voie de l'autobiographie. Ils ont plutôt tendance à privilégier l'exercice de style à travers le film de genre, tendance encore peu fréquentée ici jusqu'à récemment. Les réalisateurs des générations précédentes avaient une forme de pudeur, une réticence certaine à visiter le cinéma de genre; au contraire, les jeunes réalisateurs actuels s'y adonnent sans crainte ni fausse pudeur. Le film d'horreur et le policier, entre autres, sont présents et empruntent souvent le mode parodique. La comédie, la science-fiction sont aussi au rendez-vous.
Et la diversité va bien au-delà des genres privilégiés et des thèmes abordés pour s'étendre jusque dans les modes et les moyens de production. On retrouve des films à gros budget supportés par Téléfilm Canada ou la SODEC, d'autres réalisés avec à peine quelques centaines de dollars. Certains films font appel à des acteurs professionnels déjà bien établis, d'autres sont portés par des amateurs. Les médiums sont aussi diversifiés, allant du super 8 à la vidéo en passant par le 16 et le 35 mm. Si bien qu'il n'y a pratiquement pas deux films qui ont été réalisés selon le même «pattern».
Néanmoins, le comité a cherché, même dans le genre, à privilégier d'abord le cinéma d'auteur, la vision de l'auteur. Ce qui explique que nous soyons parvenus à une sélection assez restreinte malgré le nombre d'aspirants.
Le Devoir: Qu'est-ce qui vous a frappé dans ce que vous avez vu? Quels films et réalisateurs vous semblent particulièrement prometteurs?
Marie Lynda Bilodeau: Je dirais que la rigueur à laquelle le comité s'est astreinte pour l'établissement de cette sélection fait que chacun des 39 films retenus est prometteur et qu'il en va de même pour chacun des 39 réalisateurs. Pour nous, il était important d'être à ce point rigoureux afin d'établir le court et le moyen métrages comme des genres cinématographiques à part entière. Le court ne doit pas être vu comme un simple passeport pour faire un long métrage, comme le germe ou la promesse d'un long en devenir.
Le Devoir: Si vous aviez un souhait à formuler pour l'avenir des courts et moyens métrages...
Marie Lynda Bilodeau: Le court et le moyen métrages sont encore injustement considérés, au Québec, comme un cinéma de la relève, pratiqué en majeure partie par la relève. J'aimerais bien que les réalisateurs qui ont déjà quelques longs métrages à leur actif y reviennent de temps en temps, question de replonger dans cet espace de liberté. C'est un médium à part entière, qui offre plus de latitude et une plus grande part d'originalité que le long qui, compte tenu des budgets et de l'énergie qui y sont dévolus, est plus contraignant. J'aimerais bien, par exemple, qu'un Ricardo Trogi fasse un court maintenant qu'il a connu le succès avec Québec- Montréal!
Propos recueillis par Marie-Claude Mirandette
Le Devoir: Des 114 courts et moyens métrages visionnés, 39 ont été retenus par le comité. Cette sélection a-t-elle été difficile à établir?
Marie Lynda Bilodeau: Le nombre de films soumis va grandissant depuis quelques années, notamment à cause du renouveau de popularité des courts et moyens métrages. Cette abondance est certes liée à l'accessibilité grandissante des technologies, notamment les nouvelles générations de caméras et de programmes de montage comme Final Cut. De plus, les soirées Kino et Prends ça court, les émissions et sites Web comme Silence on court, etc., ont eu une influence certaine sur la pratique du court et du moyen métrage. C'est évident. Cela rend par conséquent notre travail plus ardu, plus long, plus lourd. Mais en même temps, il y a un véritable engouement pour le court et cela permet l'éclosion de nombreux talents nouveaux.
Le Devoir: Décelez-vous des grandes tendances dans la production de cette année?
Marie Lynda Bilodeau: Les thèmes sont vraiment tous azimuts, probablement parce que la provenance des réalisateurs est d'une grande diversité. Mais ce qui est commun à la majorité de ces films, c'est qu'ils sont pour la plupart l'oeuvre de débutants. La sélection comporte peu de vétérans du court, même si quelques auteurs confirmés sont au nombre des sélectionnés. En fait, la grande majorité des réalisateurs retenus en sont seulement à leur premier, second, ou tout au plus troisième film.
Par conséquent, ces réalisateurs sont assez jeunes et ont relativement peu d'expérience. Ils abordent des sujets propres à leur âge et aux préoccupations de leur génération, sans nécessairement emprunter la voie de l'autobiographie. Ils ont plutôt tendance à privilégier l'exercice de style à travers le film de genre, tendance encore peu fréquentée ici jusqu'à récemment. Les réalisateurs des générations précédentes avaient une forme de pudeur, une réticence certaine à visiter le cinéma de genre; au contraire, les jeunes réalisateurs actuels s'y adonnent sans crainte ni fausse pudeur. Le film d'horreur et le policier, entre autres, sont présents et empruntent souvent le mode parodique. La comédie, la science-fiction sont aussi au rendez-vous.
Et la diversité va bien au-delà des genres privilégiés et des thèmes abordés pour s'étendre jusque dans les modes et les moyens de production. On retrouve des films à gros budget supportés par Téléfilm Canada ou la SODEC, d'autres réalisés avec à peine quelques centaines de dollars. Certains films font appel à des acteurs professionnels déjà bien établis, d'autres sont portés par des amateurs. Les médiums sont aussi diversifiés, allant du super 8 à la vidéo en passant par le 16 et le 35 mm. Si bien qu'il n'y a pratiquement pas deux films qui ont été réalisés selon le même «pattern».
Néanmoins, le comité a cherché, même dans le genre, à privilégier d'abord le cinéma d'auteur, la vision de l'auteur. Ce qui explique que nous soyons parvenus à une sélection assez restreinte malgré le nombre d'aspirants.
Le Devoir: Qu'est-ce qui vous a frappé dans ce que vous avez vu? Quels films et réalisateurs vous semblent particulièrement prometteurs?
Marie Lynda Bilodeau: Je dirais que la rigueur à laquelle le comité s'est astreinte pour l'établissement de cette sélection fait que chacun des 39 films retenus est prometteur et qu'il en va de même pour chacun des 39 réalisateurs. Pour nous, il était important d'être à ce point rigoureux afin d'établir le court et le moyen métrages comme des genres cinématographiques à part entière. Le court ne doit pas être vu comme un simple passeport pour faire un long métrage, comme le germe ou la promesse d'un long en devenir.
Le Devoir: Si vous aviez un souhait à formuler pour l'avenir des courts et moyens métrages...
Marie Lynda Bilodeau: Le court et le moyen métrages sont encore injustement considérés, au Québec, comme un cinéma de la relève, pratiqué en majeure partie par la relève. J'aimerais bien que les réalisateurs qui ont déjà quelques longs métrages à leur actif y reviennent de temps en temps, question de replonger dans cet espace de liberté. C'est un médium à part entière, qui offre plus de latitude et une plus grande part d'originalité que le long qui, compte tenu des budgets et de l'énergie qui y sont dévolus, est plus contraignant. J'aimerais bien, par exemple, qu'un Ricardo Trogi fasse un court maintenant qu'il a connu le succès avec Québec- Montréal!
Propos recueillis par Marie-Claude Mirandette
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