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Une survivante de la «crise» témoigne - Un chant du cygne passionné

15 février 2003  Cinéma
Il y a quatre ans, elle a plongé au coeur de la tourmente alors que le bateau menaçait de couler. Presque par hasard, mais pas tant par amour des défis que du cinéma lui-même, Louise Portal s'est retrouvée à la barre d'un navire à la dérive. Au moment de quitter un festival en pleine santé, elle fait le point.

Une semaine avant l'ouverture des 21e Rendez-vous du cinéma québécois, Louise Portal flottait entre deux tempêtes de neige au moment où nous nous sommes finalement parlé. Elle venait tout juste d'arriver à Sainte-Anne-des-Monts, dernière étape d'une longue épopée enneigée devant la mener chez elle, dans cette petite maison de Cap-au-Renard sur les côtes de sa Gaspésie d'adoption. Malgré les tempêtes et les fermetures de route, c'est là qu'elle aime se ressourcer maintenant, femme de plus en plus multiple: comédienne encore, nouvelle ancienne chanteuse et depuis peu, romancière.

Elle est retournée chez elle pour faire le plein d'air et d'horizon grandeur nature avant de plonger dans les Rendez-vous du cinéma québécois, qui s'ouvraient officiellement jeudi dernier. D'y plonger pour la dernière fois à titre de présidente de l'événement...

Période trouble

Qu'est-ce que ça mange en hiver une «présidente» d'un événement comme les Rendez-vous? À l'autre bout de la ligne, Louise Portal a eu le temps de reprendre son souffle. On l'entend sourire. Malgré les centaines de kilomètres qui nous séparent, sa voix chaude réussit déjà à donner, presque, une texture vibrante aux fibres optiques qui portent ses mots à mes oreilles. «Être présidente des Rendez-vous, explique-t-elle, cela implique beaucoup plus que ce que l'on croit habituellement. C'est d'abord diriger un conseil d'administration et ensuite, seulement ensuite, faire des relations publiques, assurer la promotion du festival: je peux vous dire que c'est beaucoup de travail. Surtout que je suis arrivé à un moment où les Rendez-vous traversaient une période, disons, assez difficile: Michel Coulombe venait de quitter après 14 ans à la direction du festival et ça allait plutôt mal...»

Ce chapitre de l'histoire des Rendez-vous du cinéma québécois est pour le moins trouble et peu de gens osent encore se risquer à en démêler l'écheveau — on pourra toutefois trouver sur Internet un texte fort intéressant de Réal La Rochelle qui résume fort bien le climat qui régnait: Une corrida québécoise (www.horschamp.qc.ca/cinema/avril2002/rendezvous.html). Mais n'empêche qu'au moment de quitter à son tour, quatre ans plus tard, Louise Portal aura réussi d'abord à stabiliser le patient, avant de le ramener à la santé puis de lui donner un tout nouveau souffle.

À l'époque de la «crise des Rendez-vous», on s'en souviendra, le «milieu» (entre 60 et 70 personnes — comédiens, réalisateurs, scénaristes, techniciens, producteurs et même journalistes) avait été convié à une profonde remise en question sous forme de remue-méninges. À l'ordre du jour, ni plus ni moins que l'avenir et la survie des Rendez-vous: il fallait en revoir le mandat et remettre le festival à flots avant même de songer à le repositionner. Bref: tout reconstruire.

Un gros bateau

Les événements se précipitent. Et lorsque Louise Portal arrive, après le bref passage de Roger Frappier, elle réussira le tour de force de cimenter le milieu autour de l'événement. «Je pense que j'ai réussi à restaurer l'harmonie et j'en suis très fière. C'est important de s'interroger sur le métier et sur les moyens de le pratiquer, mais je croyais à l'époque — et je crois toujours profondément — que tout cela peut se faire dans l'ouverture et le respect plutôt que dans le "chiâlage" et la confrontation à tout prix. Les Rendez-vous sont redevenus une vitrine importante. Ils ont finalement pignon sur rue après 21 ans d'errance et de sous-sol du Stade olympique. Ségolène [Roederer, la directrice générale et artistique des Rendez-vous] dirige maintenant une équipe permanente qui assure de plus en plus le rayonnement de l'organisme. Les Rendez-vous sont aujourd'hui un lieu de rencontre et de réflexion qui se caractérise par l'ambiance de fête qui y règne.»

Pourquoi partir alors? «Parce que le mandat de la présidence est traditionnellement de deux ans. Je suis restée plus longtemps parce qu'il fallait consolider les acquis... et aussi parce que Ségolène m'a demandé de rester un an de plus. En fait, je pense qu'elle souhaiterait que je reste là, point. [Rires par-delà les derniers replis des Chic-Choc...] Mais après quatre ans, maintenant que tout roule bien, je pense qu'il est temps de changer, de passer à autre chose: le festival a besoin d'idées nouvelles, de sang neuf. Moi je peux me dire que j'aurai contribué à élargir le mandat des Rendez-vous et à leur redonner de la visibilité. J'en suis très fière.» Rappelons que, durant cette période, le budget de la rencontre annuelle est passé de 450 000 $ à près d'un million et que les assistances aux projections ont triplé, sans compter la fréquentation du Café des Rendez-vous et la participation aux différentes activités proposées.

«Les Rendez-vous sont devenus un gros bateau, reprend Louise Portal. Ses bureaux sont une sorte de centre névralgique de la production nationale à l'année longue, autant pour les gens de l'extérieur qui veulent connaître ce qui se fait au Québec que pour les gens d'ici. C'est un organisme en santé aujourd'hui. Et il est entre bonnes mains avec Ségolène. Je quitte confiante. Et heureuse.»

Mais Louise Portal ne part pas sans avoir semé derrière elle quelques rêves comme, par exemple, celui d'une salle permanente — une salle dans laquelle la promotion du cinéma québécois se traduirait par des projections quotidiennes. Ou celui de fréquentes tournées en région. Peut-être souhaite-t-elle au fond que les Rendez-vous la rattrapent même à Cap-au-Renard...






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