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Art et expérimentation - De la galerie à l'écran

Marie-Claude Mirandette   15 février 2003  Cinéma
& Expérimentation des 21e RVCQ propose 41 films sélectionnés à partir d'un corpus de 90 oeuvres. La difficile tâche de séparer le bon grain de l'ivraie a été dévolue au vidéaste Nelson Henricks, assisté d'un comité de trois personnes. Henricks fut au nombre des artistes qui, dès le début des années 1990, se sont imposés sur la minuscule planète de la vidéo d'art et d'expérimentation avec des films personnels, marquants et parfois même dérangeants.

«L'une des qualités premières de la formule retenue par les RVCQ, rappelle M. Henricks, c'est qu'elle permet de dresser un panorama, de proposer un survol de l'ensemble de la production annuelle. Ce polaroïd permet, en quelque sorte, de dresser l'état actuel du film d'art au Québec, en plus de servir de point de départ à une mise au point, une réflexion sur cette pratique artistique.»



De la difficulté de choisir

À la question de savoir si la sélection fut ardue, Henricks répond: «Pas vraiment. La vidéo d'art a été un lieu d'expression dès les années 1960. Il y a donc une quarantaine d'années de production derrière nous, et cela nous a aidé à développer une certaine capacité d'appréciation, une bonne connaissance de ce domaine, et cela a permis d'établir un esprit commun qui sert de balises. C'est donc avec cette connaissance que nous avons établi la liste des oeuvres pour la sélection 2002. Néanmoins, choisir, discriminer demeure toujours un exercice délicat, et si certaines vidéos s'imposent d'emblée comme des oeuvres marquantes, d'autres apparaissent comme des essais peu achevés. C'est l'ensemble des oeuvres qui constituent le "milieu" qui est plus difficile à départager. Il faut alors considérer l'importance de certains sujets, de certaines tendances dans un groupe donné, à un moment donné, tout en sachant déceler les courants nouveaux, les artistes dont l'oeuvre est porteuse de promesses, même si elle n'atteint peut-être pas encore au plein épanouissement. Être rigoureux, mais ouvert tout à la fois.

«Il y a donc, d'une part, les oeuvres qu'on pourrait dire d'exception, réalisées par des artistes qui se sont imposés, au fil des ans, grâce à une oeuvre soutenue et marquante. Et, d'autre part, l'émergence de manières et d'artistes nouveaux qui ont besoin d'un canal de diffusion. C'est dans cet esprit et dans la volonté de répondre à ce double objectif que la sélection a été envisagée.»

M. Henricks décèle une tendance notable dans la production de cette année: «L'affirmation d'une production féminine est particulièrement marquée depuis quelques années. Alors que, dans les années 1970 et 1980, la vidéo était largement dominée par les hommes, elle est de plus en plus un véhicule privilégié par les femmes. Les discours et les points de vue y sont multiples, presqu'aussi nombreux que les individus.»

Diversité encore

En effet, il n'y a qu'à penser à des artistes comme Sylvie Laliberté, à qui les RVCQ rendent un hommage largement mérité, à Nathalie Bujold, Nikki Forrest, Manon Labrecque ou Nicole Jolicoeur. Près de la moitié des films sont signés par des femmes, ce qui ne signifie pas que les hommes soient désormais dans l'ombre. Des artistes de grande renommée comme Donigan Cumming sont au rendez-vous, tout comme Denis Côté, Jérôme Labrecque et Steven Woloshen.

«Les véhicules de production sont aussi nombreux, indique M. Henricks. Néanmoins, quelques organismes et quelques centres se détachent sensiblement du nombre, comme Mainfilm par exemple, et quelques collectifs d'artistes qui sont autant de lieux de rencontre privilégiés, essentiels au jaillissement des oeuvres.

«En général, je dirais qu'il n'y a pas un thème ou une tendance qui se démarque. Au contraire, ce qui caractérise cette sélection, c'est sa grande diversité tant au niveau des thèmes, des points de vue que des esthétiques. On retrouve des films essentiellement narratifs, d'autres dans lesquels on valorise la dimension visuelle, d'autres encore où on est pratiquement dans une esthétique et un discours structuralistes. Et c'est cette diversité que nous nous sommes attachés à rendre.»

Certains films, certains artistes se démarquent, selon lui: «Les quatre films nominés aux Prix de la création artistique du Conseil des arts et lettres du Québec (CALQ) sont ceux qui, de l'accord commun des membres du comité, se distinguent vraiment. Nikki Forrest (00:00:15,00), Steven Woloshen (Le Babil d'une main), Jérôme Labrecque (Le boulevard Saint-Laurent: opéra numérique surréaliste en trois actes) et Zoë Brown (RubySister) proposent des oeuvres très fortes à travers lesquelles s'esquisse une sorte de synthèse de la production en art et expérimentation. Dans ces oeuvres, on observe une réelle maîtrise de la forme et du contenu.»

En résumé, s'il devait définir le film d'art et d'expérimentation, il le ferait de la manière suivante: «C'est un champ d'expérimentation en marge de la télé, du cinéma et des beaux-arts, un mode d'expression qui trouve son espace aux confins de ces trois lieux. Les réalisateurs ont su tirer profit de cette situation particulière pour créer une fluidité telle qu'elle procure la possibilité de réaliser des oeuvres politiques, sociales, personnelles ou encore purement esthétiques. On voit de tout, d'un extrême à l'autre du prisme de la création. C'est très hétéroclite. On flirte avec la culture populaire, avec la culture ouvrière mais aussi avec la notion de "beaux-arts" et c'est tout ça qu'on a essayé de montrer sans tenter de hiérarchiser, sans préjuger. C'est un peu pour ça que je suis réfractaire à trop en dire, à indiquer des voies, à tracer des routes. Je pense que le processus de découverte que permettent les RVCQ est essentiel, et que chacun doit voir les films dans une attitude d'ouverture et de curiosité. Un de nos buts est de faire voir les oeuvres d'artistes d'ici aux gens d'ici. Plusieurs artistes sont reconnus sur la scène internationale, mais encore presqu'inconnus ici. La vidéo a trouvé sa niche dans les galeries d'art; elle a généralement été conçue pour être présentée là. La diffusion en salle permet de créer un nouveau contexte de visionnement, une nouvelle perception, un sens nouveau à ces oeuvres, bref de nouvelles façons de voir.»
 
 
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