Le FFM honore Isabelle Huppert - Le diable fréquente les rousses
Photo : Jacques Grenier
Isabelle Huppert
L'actrice fétiche de Chabrol, l'inoubliable pianiste du film d'Haneke, reçoit un prix hommage au FFM en plus d'accompagner Home d'Ursula Meier, film de clôture du festival. Elle y incarne une mère un peu cinglée, dans une oeuvre allégorique où un cocon familial se fracasse sous les assauts du monde extérieur.
Drôle de carrière et étrange profil d'ambiguïté! Huppert est à la fois célèbre et marginale par ses choix cinématographiques exigeants. Ni madone, ni mama généreuse, ni amante rassurante et sensuelle, plutôt figure de mystère, de névrose et de danger.
Le diable, dit-on, fréquente les rousses...
Un fin visage intelligent, menue, forte et fragile, la voici dans sa suite d'hôtel aux côtés d'Angelo, son petit garçon frisé aux fourmis plein les jambes. Montréal, Isabelle Huppert connaît bien. On la rencontre de temps en temps au fil des sorties de films. En 2005, elle jouait à l'Usine C un saisissant personnage de femme aux prises avec la folie dans 4.48 Psychose de Sarah Kane. Deux installations vidéo l'animent au Musée d'art contemporain de Montréal. Mais sa présence n'a rien de virtuel ces jours-ci.
Un hommage fait toujours plaisir, une carrière en fut-elle jalonnée. Isabelle Huppert s'avoue ravie par le coup de chapeau du FFM. Toute simple en entrevue, précise dans ses réponses, réputée peu friande des médias, mais hier charmante et bien lunée.
«C'est la mer, une vie d'actrice, déclare-t-elle. Avec des vagues qui vont et viennent.» N'empêche que depuis ses débuts, en 1972, dans Faustine ou le bel été de Nina Companez, la mer aime la bercer. Avec plus de 70 films à sa feuille de route, cette muse éternelle ne s'effacera pas de sitôt du paysage cinématographique.
C'est qu'elle y occupe une place à part. Son tempérament transcende ses rôles, si souvent cérébraux, décalés. Isabelle Huppert se plaît à évoquer le disque dur de la personnalité, le caractère individuel, en somme, qui inspire certains cinéastes, rebute les autres. Combien de femmes au bord de l'abîme, avec cette étrange fêlure sous la glace, ont porté son visage à l'écran? De ses incarnations ciselées au scalpel, la plus percutante demeure celle de La Pianiste de Michael Haneke. Ce rôle de musicienne névrosée, elle le revendique crucial. «Il allait si loin dans la violence, la crudité, l'exploration de la sexualité, mais attention! Ce film est aussi une histoire d'amour.»
Seule actrice française a afficher un doublé des lauriers cannois d'interprétation (pour Violette Nozière en 1978 et pour La Pianiste en 2001), Huppert fut aussi à deux reprises primée au Festival de Venise, la dernière fois pour sa remarquable prestation dans La Cérémonie de Chabrol, qui lui valut également son unique César.
La gracile dame rousse avait d'abord débuté dans les figures de fragilité (particulièrement touchante dans La Dentellière de Claude Goretta, en 1976), mais dès Violette Nozière, rôle de parricide, le registre d'Huppert s'affinait vers les personnages «borderline» qui allaient marquer son parcours. Hasard? «Oui et non. J'y suis pour quelque chose dans ma trajectoire. On fait des choix forcément subjectifs.» Folie? Perversité? Machiavélisme? Sur cette lame de rasoir, en évitant le piège de l'hystérie, elle avance d'une fois à l'autre en funambule.
«Je joue de plus en plus souvent les mères, remarquez, mais des mères disjonctées, demeurées des filles. J'aime les rôles qui remettent en question le statut de mère.» Au chapitre de la perversité maternelle, Huppert fut servie avec Ma mère de Christophe Honoré. Même ce Home, qui clôture le festival, lui offre un personnage de mère inquiétante et siphonnée. «Je ne détesterais pas un contre-emploi, mais bon!»
L'actrice est fidèle à la fois à des cinéastes qui l'ont maintes fois mises en scène (surtout Claude Chabrol et Benoît Jacquot) et à des nouveaux venus, dont Alexandra Leclère pour Les Soeurs fâchées. «Certains sont confirmés, d'autres recèlent une promesse. J'encourage, en fait, le cinéma tout court. Bien évidemment, il est confortable de travailler avec des metteurs en scène familiers. Mais connaît-on jamais quelqu'un? Chabrol a changé depuis que je travaille à ses côtés. Cela dit, Chabrol et Jacquot font partie de ma famille. Les travaux d'approche sont déjà faits... Pour les autres, je marche à l'intuition, la mienne est assez bonne.»
Elle a su inspirer Godard, Otto Preminger, les frères Taviani, Raul Ruiz, Bertrand Blier, Bertrand Tavernier, etc., mais aussi, outre Atlantique, Hal Hartley pour Amateur et Michael Cimino pour La Porte du paradis. «Je demeure avant tout une actrice européenne. Aux États-Unis, mes apparitions furent de simples percées. Le rêve hollywoodien n'est pas pour moi.»
Dans les productions d'époque, l'interprète de Madame Bovary, des Soeurs Brontë et de Saint-Cyr a souvent donné. «Les costumes, les talons confèrent une posture, une attitude qui servent le rôle. Reste à faire éclater les conventions de ces costumes-là.»
Églalement productrice et distributrice, de plus en plus souvent présente au théâtre, démultipliée au cinéma, elle ne chôme guère, Isabelle Huppert. Trois films où elle tient l'affiche sortiront d'ici quelques mois: Les Mots de Benoît Jacquot, adapté de Quignard, Un barrage contre le pacifique de Rithy Panh revisitant Duras, White Material de Claire Denis. À ses yeux, le cinéma français de qualité a toujours ramé. «Disons qu'il rame un peu plus fort aujourd'hui qu'autrefois...»
Chose certaine, bientôt, elle en étonnera plusieurs, Isabelle Huppert, en tournant Des parents formidables, aux côtés de Christian Clavier et Gérard Lanvin, sous la baguette du symbole français de la comédie grand public: Jean-Marie Poiré. Les rôles de comédie lui plaisent — dans 8 femmes de François Ozon, elle s'était éclatée ferme —, et auprès du cinéaste des Visiteurs, le rire sera vraiment roi.
Des rêves? «Je suis trop fière pour avoir des rêves», répond-t-elle.
Drôle de carrière et étrange profil d'ambiguïté! Huppert est à la fois célèbre et marginale par ses choix cinématographiques exigeants. Ni madone, ni mama généreuse, ni amante rassurante et sensuelle, plutôt figure de mystère, de névrose et de danger.
Le diable, dit-on, fréquente les rousses...
Un fin visage intelligent, menue, forte et fragile, la voici dans sa suite d'hôtel aux côtés d'Angelo, son petit garçon frisé aux fourmis plein les jambes. Montréal, Isabelle Huppert connaît bien. On la rencontre de temps en temps au fil des sorties de films. En 2005, elle jouait à l'Usine C un saisissant personnage de femme aux prises avec la folie dans 4.48 Psychose de Sarah Kane. Deux installations vidéo l'animent au Musée d'art contemporain de Montréal. Mais sa présence n'a rien de virtuel ces jours-ci.
Un hommage fait toujours plaisir, une carrière en fut-elle jalonnée. Isabelle Huppert s'avoue ravie par le coup de chapeau du FFM. Toute simple en entrevue, précise dans ses réponses, réputée peu friande des médias, mais hier charmante et bien lunée.
«C'est la mer, une vie d'actrice, déclare-t-elle. Avec des vagues qui vont et viennent.» N'empêche que depuis ses débuts, en 1972, dans Faustine ou le bel été de Nina Companez, la mer aime la bercer. Avec plus de 70 films à sa feuille de route, cette muse éternelle ne s'effacera pas de sitôt du paysage cinématographique.
C'est qu'elle y occupe une place à part. Son tempérament transcende ses rôles, si souvent cérébraux, décalés. Isabelle Huppert se plaît à évoquer le disque dur de la personnalité, le caractère individuel, en somme, qui inspire certains cinéastes, rebute les autres. Combien de femmes au bord de l'abîme, avec cette étrange fêlure sous la glace, ont porté son visage à l'écran? De ses incarnations ciselées au scalpel, la plus percutante demeure celle de La Pianiste de Michael Haneke. Ce rôle de musicienne névrosée, elle le revendique crucial. «Il allait si loin dans la violence, la crudité, l'exploration de la sexualité, mais attention! Ce film est aussi une histoire d'amour.»
Seule actrice française a afficher un doublé des lauriers cannois d'interprétation (pour Violette Nozière en 1978 et pour La Pianiste en 2001), Huppert fut aussi à deux reprises primée au Festival de Venise, la dernière fois pour sa remarquable prestation dans La Cérémonie de Chabrol, qui lui valut également son unique César.
La gracile dame rousse avait d'abord débuté dans les figures de fragilité (particulièrement touchante dans La Dentellière de Claude Goretta, en 1976), mais dès Violette Nozière, rôle de parricide, le registre d'Huppert s'affinait vers les personnages «borderline» qui allaient marquer son parcours. Hasard? «Oui et non. J'y suis pour quelque chose dans ma trajectoire. On fait des choix forcément subjectifs.» Folie? Perversité? Machiavélisme? Sur cette lame de rasoir, en évitant le piège de l'hystérie, elle avance d'une fois à l'autre en funambule.
«Je joue de plus en plus souvent les mères, remarquez, mais des mères disjonctées, demeurées des filles. J'aime les rôles qui remettent en question le statut de mère.» Au chapitre de la perversité maternelle, Huppert fut servie avec Ma mère de Christophe Honoré. Même ce Home, qui clôture le festival, lui offre un personnage de mère inquiétante et siphonnée. «Je ne détesterais pas un contre-emploi, mais bon!»
L'actrice est fidèle à la fois à des cinéastes qui l'ont maintes fois mises en scène (surtout Claude Chabrol et Benoît Jacquot) et à des nouveaux venus, dont Alexandra Leclère pour Les Soeurs fâchées. «Certains sont confirmés, d'autres recèlent une promesse. J'encourage, en fait, le cinéma tout court. Bien évidemment, il est confortable de travailler avec des metteurs en scène familiers. Mais connaît-on jamais quelqu'un? Chabrol a changé depuis que je travaille à ses côtés. Cela dit, Chabrol et Jacquot font partie de ma famille. Les travaux d'approche sont déjà faits... Pour les autres, je marche à l'intuition, la mienne est assez bonne.»
Elle a su inspirer Godard, Otto Preminger, les frères Taviani, Raul Ruiz, Bertrand Blier, Bertrand Tavernier, etc., mais aussi, outre Atlantique, Hal Hartley pour Amateur et Michael Cimino pour La Porte du paradis. «Je demeure avant tout une actrice européenne. Aux États-Unis, mes apparitions furent de simples percées. Le rêve hollywoodien n'est pas pour moi.»
Dans les productions d'époque, l'interprète de Madame Bovary, des Soeurs Brontë et de Saint-Cyr a souvent donné. «Les costumes, les talons confèrent une posture, une attitude qui servent le rôle. Reste à faire éclater les conventions de ces costumes-là.»
Églalement productrice et distributrice, de plus en plus souvent présente au théâtre, démultipliée au cinéma, elle ne chôme guère, Isabelle Huppert. Trois films où elle tient l'affiche sortiront d'ici quelques mois: Les Mots de Benoît Jacquot, adapté de Quignard, Un barrage contre le pacifique de Rithy Panh revisitant Duras, White Material de Claire Denis. À ses yeux, le cinéma français de qualité a toujours ramé. «Disons qu'il rame un peu plus fort aujourd'hui qu'autrefois...»
Chose certaine, bientôt, elle en étonnera plusieurs, Isabelle Huppert, en tournant Des parents formidables, aux côtés de Christian Clavier et Gérard Lanvin, sous la baguette du symbole français de la comédie grand public: Jean-Marie Poiré. Les rôles de comédie lui plaisent — dans 8 femmes de François Ozon, elle s'était éclatée ferme —, et auprès du cinéaste des Visiteurs, le rire sera vraiment roi.
Des rêves? «Je suis trop fière pour avoir des rêves», répond-t-elle.
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