Le charmant Faubourg 36 ouvre le bal en chansons
Photo : Jacques Grenier
Christophe Barratier, le cinéaste français derrière le succès des Choristes, a réalisé Faubourg 36.
Pour le tapis rouge à la Place des Arts, le soleil s'était mis de la partie. Cette 32e édition du Festival des films du monde démarrait hier, en présence du milieu du cinéma québécois, du jury, dont son président Mark Rydell et l'actrice française Evelyne Bouix. La gouverneure générale Michaëlle Jean était de la noce. Plusieurs personnalités politiques québécoises aussi, dont Denis Coderre, Pierre Curzi, l'ex-premier ministre Bernard Landry, le ministre Raymond Bachand, mais sans la ministre de la Culture, Christine St-Pierre, ni son homologue au fédéral —allez savoir pourquoi?— Josée Verner. Les membres du cabinet conservateur brillaient tous par leur absence.
Brian de Palma, qui doit donner ici une classe de maître, n'était pas arrivé. On se retrouvait pour l'ensemble entre nous, sans trop de glamour. Hommage fut pourtant rendu au producteur américain Alan Ladd jr, derrière Blade Runner, Charriots of Fire, etc., qui fit rire le parterre en déclarant que le travail d'un producteur se résumait à dire oui ou non à un projet.
La directrice générale du FFM Danièle Cauchard a évoqué, en ces temps de coupes fédérales, le caractère indispensable de la culture, citant philosophes, hommes d'État et grands écrivains, de Nietzsche à Kennedy.
En tous cas, le FFM s'offrait un bon démarrage. Faubourg 36, de Christophe Barratier, le cinéaste français derrière le succès des Choristes, constitue un morceau parfait en ouverture. Léger, charmant, rien d'inaccessible, du classique, mais avec des références cinématographiques et historiques, un bon scénario plein de rebondissements, des interprètes solides, une équipe technique imposante, le directeur photo d'Eastwood, Tom Stern, Jean Rabasse aux décors — qui travailla sur Love, à Las Vegas, avec le Cirque du Soleil.
Ce film, délicieux, musical, destiné au grand public plus qu'aux purs cinéphiles, ne pouvait que donner une note joyeuse et nostalgique en partant le bal.
Christophe Barratier estime que le film Les Choristes a vraiment connu sa rampe de lancement international en faisant la clôture du FFM en 2004. Le voici à Montréal aux côtés de son interprète féminine, Nora Arnezeder, ravi de retrouver une ville qui lui a porté chance.
En fond de scène du film: un faubourg parisien (indéterminé) de Paris en 1936. Le Front populaire prend le pouvoir, soulevant la liesse chez les petits travailleurs, la montée du fascisme tend ses filets. C'est dans cette capitale survoltée que des ouvriers du spectacle en chômage se réapproprient leur ancien music-hall, en organisant des numéros appelés à connaître la déroute ou la gloire. Histoire d'amour, intrigues de coulisses, solidarité: les grands thèmes rassembleurs sont traités avec élégance, des références et beaucoup d'émotion.
Barratier a refusé d'écouter ceux qui lui suggéraient, après Les Choristes, de se renouveler en se tournant vers un film noir et osé. «J'ai préféré continuer dans les genres que j'aimais.»
Le Paris qu'il adore palpite dans ses faubourgs. «Hélas! Belleville, Menilmontant sont devenus méconnaissables», déplore-t-il... Paradoxalement, son hommage à Paris fut donc tourné à Prague... mais en studio. Ah! la mondialisation...
Mis à part quelques scènes rarissimes à Paris, tout est reconstitué, avec des éléments infographiques parfois. «Mais pas dans le théâtre, précise Barratier. La scène la plus ambitieuse au music hall, sur la chanson Partir pour la mer, avec les chorégraphies et les vagues, est livrée avec les techniques de l'époque, sans trucages.»
En France, tout finit (et commence) par des chansons. De fait, ce sont des chansons de Reinhardt Wagner et de Frank Thomas (destinées à une comédie musicale jamais tournée) qui furent le point de départ de Faubourg 36. Les nombreuses chansons du film sont originales, mais à l'ancienne, façon Piaf, Fernandel ou Mistinguett. Musicien lui-même, Barratier peut diriger les autres musiciens, partition en main. «Le début du film est comme une ouverture d'opéra.»
Plus ambitieux que Les Choristes, le film s'appuie sur une recherche historique solide, avec force clins d'oeil cinématographiques au septième art du temps: Prévert, Carné, Duvivier, René Clair, etc. «Dans le Paris d'avant-guerre, les clivages gauche-droite apparaissaient énormes, 98 % des ouvriers étaient communistes. Je n'ai pas voulu créer des personnages caricaturaux. Même le caïd a son humanité, le sympathique imitateur joué par Kad Merad se laisse un moment détourné par un groupe fasciste, puis change de nouveau son fusil d'épaule. Rien n'était blanc ou noir à cette époque agitée. Tout le monde pouvait basculer dans l'horreur.»
Gérard Jugnot, sa vedette des Choristes, revient au premier plan en homme d'abord brisé, qui se bat ensuite pour son théâtre, pour récupérer son fils, et bientôt pour ses principes. À ses côtés: Clovis Cornillac, Kad Merad, Pierre Richard et Nora Arnezeder, vraie révélation du film en ingénue chantante qui devient star.
Clovis Cornillac, remarquable de concentration dans la peau d'un dur foudroyé par l'amour, a de ces allures de Gabin... «Un mélange de Gabin et de Reggiani», précise le cinéaste. Très juste!
Nora, sa vedette féminine, Barratier l'a voulue un peu Morgan, un peu Darrieux.
Cette jeune fille chanteuse, qui crève l'écran, tournait son premier long métrage, qui ne devrait pas être le dernier... «J'ai appris à danser la valse, à faire confiance aux autres, à me renseigner sur le Paris de l'époque... et à développer ma patience sur les plateaux», confesse-t-elle.
***
À déplorer dans cette 32e édition qui s'amorce: un grand nombre de films présentés dans la section «Hors concours» ne sont pas accessibles à un public francophone unilingue. Ainsi, 22 oeuvres sur 29 n'ont pas de sous-titres français. Or, dans cette section, atterrissent les grosses pointures très courues: Vicky Cristina Barcelona de Woody Allen, Roman Polanski: Wanted and Desired de Marina Zenovich, Katyn d'Andrzej Wajda, Maradona by Kusturica, Le Miracle de Berlin de Roland Suso Richter (cinéaste du Tunnel), Ne regarde pas en bas d'Eliseo Subiela. Aucun de ces films n'est livré en français.
Les oeuvres en compétition ont droit au sous-titrage électronique dans les deux langues officielles, mais non celles des sections parallèles, ce qui cause vraiment problème pour un rendez-vous que le public tient à bout de bras. «Les copies qui nous parviennent sont celles que les distributeurs nous envoient, malgré nos demandes de favoriser le français, répond Henry Welsh, le porte-parole du FFM. Il faudrait pouvoir renverser la vapeur, devenue tendance internationale pour l'anglais lingua franca, mais on n'a ni les moyens ni le temps d'y parvenir.» Quand même: Serge Losique, président du FFM, ne reprochait-il pas cette semaine, dans une lettre ouverte aux journaux, au Comité international olympique à Pékin d'avoir négligé le français dans sa soirée d'ouverture? Ça paraît contradictoire, tout ça...
Brian de Palma, qui doit donner ici une classe de maître, n'était pas arrivé. On se retrouvait pour l'ensemble entre nous, sans trop de glamour. Hommage fut pourtant rendu au producteur américain Alan Ladd jr, derrière Blade Runner, Charriots of Fire, etc., qui fit rire le parterre en déclarant que le travail d'un producteur se résumait à dire oui ou non à un projet.
La directrice générale du FFM Danièle Cauchard a évoqué, en ces temps de coupes fédérales, le caractère indispensable de la culture, citant philosophes, hommes d'État et grands écrivains, de Nietzsche à Kennedy.
En tous cas, le FFM s'offrait un bon démarrage. Faubourg 36, de Christophe Barratier, le cinéaste français derrière le succès des Choristes, constitue un morceau parfait en ouverture. Léger, charmant, rien d'inaccessible, du classique, mais avec des références cinématographiques et historiques, un bon scénario plein de rebondissements, des interprètes solides, une équipe technique imposante, le directeur photo d'Eastwood, Tom Stern, Jean Rabasse aux décors — qui travailla sur Love, à Las Vegas, avec le Cirque du Soleil.
Ce film, délicieux, musical, destiné au grand public plus qu'aux purs cinéphiles, ne pouvait que donner une note joyeuse et nostalgique en partant le bal.
Christophe Barratier estime que le film Les Choristes a vraiment connu sa rampe de lancement international en faisant la clôture du FFM en 2004. Le voici à Montréal aux côtés de son interprète féminine, Nora Arnezeder, ravi de retrouver une ville qui lui a porté chance.
En fond de scène du film: un faubourg parisien (indéterminé) de Paris en 1936. Le Front populaire prend le pouvoir, soulevant la liesse chez les petits travailleurs, la montée du fascisme tend ses filets. C'est dans cette capitale survoltée que des ouvriers du spectacle en chômage se réapproprient leur ancien music-hall, en organisant des numéros appelés à connaître la déroute ou la gloire. Histoire d'amour, intrigues de coulisses, solidarité: les grands thèmes rassembleurs sont traités avec élégance, des références et beaucoup d'émotion.
Barratier a refusé d'écouter ceux qui lui suggéraient, après Les Choristes, de se renouveler en se tournant vers un film noir et osé. «J'ai préféré continuer dans les genres que j'aimais.»
Le Paris qu'il adore palpite dans ses faubourgs. «Hélas! Belleville, Menilmontant sont devenus méconnaissables», déplore-t-il... Paradoxalement, son hommage à Paris fut donc tourné à Prague... mais en studio. Ah! la mondialisation...
Mis à part quelques scènes rarissimes à Paris, tout est reconstitué, avec des éléments infographiques parfois. «Mais pas dans le théâtre, précise Barratier. La scène la plus ambitieuse au music hall, sur la chanson Partir pour la mer, avec les chorégraphies et les vagues, est livrée avec les techniques de l'époque, sans trucages.»
En France, tout finit (et commence) par des chansons. De fait, ce sont des chansons de Reinhardt Wagner et de Frank Thomas (destinées à une comédie musicale jamais tournée) qui furent le point de départ de Faubourg 36. Les nombreuses chansons du film sont originales, mais à l'ancienne, façon Piaf, Fernandel ou Mistinguett. Musicien lui-même, Barratier peut diriger les autres musiciens, partition en main. «Le début du film est comme une ouverture d'opéra.»
Plus ambitieux que Les Choristes, le film s'appuie sur une recherche historique solide, avec force clins d'oeil cinématographiques au septième art du temps: Prévert, Carné, Duvivier, René Clair, etc. «Dans le Paris d'avant-guerre, les clivages gauche-droite apparaissaient énormes, 98 % des ouvriers étaient communistes. Je n'ai pas voulu créer des personnages caricaturaux. Même le caïd a son humanité, le sympathique imitateur joué par Kad Merad se laisse un moment détourné par un groupe fasciste, puis change de nouveau son fusil d'épaule. Rien n'était blanc ou noir à cette époque agitée. Tout le monde pouvait basculer dans l'horreur.»
Gérard Jugnot, sa vedette des Choristes, revient au premier plan en homme d'abord brisé, qui se bat ensuite pour son théâtre, pour récupérer son fils, et bientôt pour ses principes. À ses côtés: Clovis Cornillac, Kad Merad, Pierre Richard et Nora Arnezeder, vraie révélation du film en ingénue chantante qui devient star.
Clovis Cornillac, remarquable de concentration dans la peau d'un dur foudroyé par l'amour, a de ces allures de Gabin... «Un mélange de Gabin et de Reggiani», précise le cinéaste. Très juste!
Nora, sa vedette féminine, Barratier l'a voulue un peu Morgan, un peu Darrieux.
Cette jeune fille chanteuse, qui crève l'écran, tournait son premier long métrage, qui ne devrait pas être le dernier... «J'ai appris à danser la valse, à faire confiance aux autres, à me renseigner sur le Paris de l'époque... et à développer ma patience sur les plateaux», confesse-t-elle.
***
À déplorer dans cette 32e édition qui s'amorce: un grand nombre de films présentés dans la section «Hors concours» ne sont pas accessibles à un public francophone unilingue. Ainsi, 22 oeuvres sur 29 n'ont pas de sous-titres français. Or, dans cette section, atterrissent les grosses pointures très courues: Vicky Cristina Barcelona de Woody Allen, Roman Polanski: Wanted and Desired de Marina Zenovich, Katyn d'Andrzej Wajda, Maradona by Kusturica, Le Miracle de Berlin de Roland Suso Richter (cinéaste du Tunnel), Ne regarde pas en bas d'Eliseo Subiela. Aucun de ces films n'est livré en français.
Les oeuvres en compétition ont droit au sous-titrage électronique dans les deux langues officielles, mais non celles des sections parallèles, ce qui cause vraiment problème pour un rendez-vous que le public tient à bout de bras. «Les copies qui nous parviennent sont celles que les distributeurs nous envoient, malgré nos demandes de favoriser le français, répond Henry Welsh, le porte-parole du FFM. Il faudrait pouvoir renverser la vapeur, devenue tendance internationale pour l'anglais lingua franca, mais on n'a ni les moyens ni le temps d'y parvenir.» Quand même: Serge Losique, président du FFM, ne reprochait-il pas cette semaine, dans une lettre ouverte aux journaux, au Comité international olympique à Pékin d'avoir négligé le français dans sa soirée d'ouverture? Ça paraît contradictoire, tout ça...
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