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L'affaire est dans le sac

André Lavoie   9 août 2008  Cinéma
Dans Baghead, un quatuor doit transformer le chalet en forteresse assiégée, luttant contre un mystérieux personnage portant un sac en papier.
Dans Baghead, un quatuor doit transformer le chalet en forteresse assiégée, luttant contre un mystérieux personnage portant un sac en papier.
À Los Angeles, les starlettes comme les purs inconnus, les comptables comme les chauffeurs de taxi, tout le monde se fait son cinéma à défaut d'en faire véritablement, et surtout d'en vivre. Alors, imaginez des acteurs au chômage dans une ville où tous les rêves de gloire sont possibles: au royaume des fantômes, ils frôlent l'invisibilité...

Cette cruelle ironie constitue l'un des moteurs narratifs de Baghead, une amusante pochade des frères Jay et Mark Duplass, eux-mêmes à la recherche de reconnaissance en tournant des films à très petit budget (The Puffy Chair), s'inspirant aussi de leurs pérégrinations festivalières. Et c'est justement dans un festival de films que débute Baghead; quatre acteurs sans travail, et surtout sans invitation pour une sauterie incontournable, décident d'écrire un scénario pour se donner du boulot.

Deux hommes, deux femmes... et un chalet en forêt, pour l'inspiration: c'est bien sûr le schéma idéal d'une histoire d'horreur... sentimentale. Car Matt (Ross Partridge) en pince toujours pour Catherine (Elise Muller), de qui il est tout à la fois l'ami et l'amant — eux-mêmes ne savent plus vraiment. Moins sexy et moins arrogant que son vieux copain, Chad (Steve Zissis) croit qu'entre deux séances d'écriture il pourra conquérir Michelle (Greta Gerwig), qui le considère comme un frère tout en cherchant à séduire Matt. Et Michelle ne se contente pas de jouer l'intrigante: elle est victime d'un cauchemar où un homme masqué d'un sac en papier tente de l'attaquer, vision qui devient l'idée de départ de leur scénario. Comble de malheur, elle se matérialise au point où le quatuor doit transformer le chalet en forteresse assiégée, luttant contre un mystérieux personnage portant lui aussi un sac en papier.

Certains se souviendront peut-être de la fébrilité brouillonne du film à succès (inespéré et inattendu...) The Blair Witch Project. Les frères Duplass en reproduisent sans gêne la manière bâclée et fauchée, affichant leur pauvreté comme la meilleure carte de leur jeu. Ils s'attardent ainsi longuement sur les petites intrigues amoureuses, les entremêlant de considérations sur l'industrie du cinéma et bien sûr de quelques apparitions percutantes de cette version «simplicité volontaire» de Freddy, de Jason et des autres.

Cette absence de prétention dans la mise en scène (les sources d'inspiration ne sont jamais masquées, tout comme la superficialité des personnages...) évite d'élever inutilement les attentes, tout en réservant quelques bonnes surprises. Car devant ce semblant de production étudiante tournée sous influence(s), cette première mouture d'un petit film d'horreur bientôt vampirisé par un grand studio, le plaisir n'est jamais charcuté en pièces, et encore moins l'ironie.

Sans déconstruire les codes d'un cinéma dont le puritanisme demeure toujours aussi flagrant — les salauds et les bombes sexuelles passent à la caisse bien avant les vertueux et les puceaux —, Baghead en dévoile une facette plus mature grâce à ce quatuor d'adultes se prenant parfois pour des adolescents, acteurs quelque peu désespérés, visiblement dans une impasse professionnelle.

À Los Angeles, il n'y a pas pire scénario d'horreur...

***

Collaborateur du Devoir

***

Baghead

Comédie d'horreur écrite et réalisée par Jay Duplass et Mark Duplass. Avec Steve Zissis, Ross Partridge, Greta Gerwig, Elise Muller. Image: Jay Duplass. Montage: Jay Deuby. Musique: J. Scott Howard. États-Unis, 2008, 84 min.






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