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Une redite appliquée

François Lévesque   8 août 2008  Cinéma
Une scène de la comédie sentimentale Ma vie n’est pas une comédie romantique
Une scène de la comédie sentimentale Ma vie n’est pas une comédie romantique
L'idée de proposer une comédie sentimentale qui commente les poncifs du genre ou les détourne pour mieux s'en amuser n'est pas neuve. Intéressante, certainement. Et pas qu'un peu paradoxale. De fait, le but implicite d'une telle approche est de se distancier desdites oeuvres afin de faire plus sérieux, plus «déconstructiviste» et, surtout, plus original. Sauf que la plupart du temps, on finit par avoir recours aux conventions tant critiquées pour peu qu'elles accommodent le récit: même dans Punch Drunk Love, le gars et la fille finissent ensemble. Et c'est très bien ainsi, parce qu'on ne voudrait pas que ça se termine autrement. N'empêche, la comédie sentimentale, à moins d'être pratiquée par un réalisateur qui a la cote, demeure sans doute, avec le film d'horreur, le genre le plus méprisé qui soit. Pour marquer des points, normal de vouloir montrer qu'un discours appuie la démonstration, quitte à dire n'importe quoi. Ma vie n'est pas une comédie romantique est un excellent cas de figure.

Thomas (attachant Gilles Lellouche) vient d'être largué par sa copine. Déprimé, il retourne habiter chez papa-maman (Rufus et Andréa Ferréol, aperçus), le temps de se remettre. Florence (Marie Gillain, un peu figée) est enseignante au primaire. Mère de deux enfants, elle vit avec Pascal un bonheur trop lisse. Thomas et elle se rencontrent par hasard. Ils étaient voisins dans l'enfance; voisins, et un peu plus. En renouant, ils se rendent vite compte qu'il y a peut-être un peu plus que de l'amitié entre eux. Et il y a Lisa, la fille adolescente de Florence, et Gros Bill, le collègue et ami de Thomas... oui, c'est ce que vous pensez. Nous y reviendrons.

Après une entrée en matière bien troussée, Ma vie n'est pas une comédie romantique ne se contente plus de citer When Harry Met Sally (qui paie le tribut de l'excellence) mais opère carrément des décalques de situations. La promenade automnale quand on commence à envisager d'être amis; la conversation «les hommes et les femmes peuvent-ils être amis»; la séparation lors d'un mariage, avec mimiques similaires, rien de moins; le bilan devant la caméra par les tourtereaux à la fin: toutes ces séquences font écho à d'autres, mieux écrites, mieux jouées et mieux réalisées, du film de Rob Reiner. Bref, l'hommage finit par ressembler à une redite appliquée. Au bout d'un moment, ça devient gênant. Il n'y a pas d'intégration, pas de commentaire, juste une contrefaçon décevante.

Le premier long métrage de Marc Gibaja a toutefois une intrigue secondaire bien à lui: l'histoire d'amour entre Lisa et Gros Bill. Elle a «quinze ans, bientôt seize» (vingt-deux dans la vie); il a... on ne sait trop (vingt-huit ans dans la vie). On a beau faire jouer le rôle à une actrice majeure, il reste qu'elle incarne une mineure, une mineure de quinze ans. Le gars a beau être du type adolescent attardé, il ne l'est plus, adolescent. Tout ce segment est traité avec une légèreté déconcertante et laisse un désagréable arrière-goût.

***

Collaborateur du Devoir

***

Ma vie n'est pas une comédie romantique

De Marc Gibaja. Avec Marie Gillain, Gilles Lellouche, Laurent Ournac, Stéphanie Sokolinski, Philippe Lefebvre, Frédérique Bel, Rufus, Andréa Ferréol. Scénario: Marc Gibaja, Laurent Sarfati. Photographie: Gilles Porte. Montage: Sabine Emiliani. Musique: Vincent Courtois. France, 2007, 92 min.






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