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Entretien avec le réalisateur de Bienvenue chez les Ch'tis - Dany Boon, c'est son nom

André Lavoie   15 juillet 2008  Cinéma
Dany Boon n’était pas à Paris, hier, pour recevoir sa Légion d’honneur en même temps qu’Ingrid Betancourt, mais bien à Montréal, dans le cadre du volet cinéma du festival Juste pour rire.
Photo : Jacques Grenier
Dany Boon n’était pas à Paris, hier, pour recevoir sa Légion d’honneur en même temps qu’Ingrid Betancourt, mais bien à Montréal, dans le cadre du volet cinéma du festival Juste pour rire.
Depuis sa sortie le 20 février dernier, la France parle toujours français mais elle a vite adopté le ch'ti, ce langage coloré et délicieux propre aux gens du Nord-Pas-de-Calais. Un humoriste, acteur, scénariste et réalisateur, né dans la région et qui, depuis des années, démolit dans ses spectacles les préjugés tenaces qui entourent (encore) son coin de pays, lui a rendu un vibrant hommage dans Bienvenue chez les Ch'tis. La lettre d'amour aux forts accents comiques de Dany Boon s'est tout à coup transformée en triomphe fracassant, en phénomène de société et en objet de fierté nationale.

En effet, il n'aura fallu qu'un peu plus d'un mois et un salutaire bouche-à-oreille pour que la petite comédie de Dany Boon, sur un cadre du service postal forcé d'aller travailler dans le nord de la France — non sans avoir magouillé pour tenter d'obtenir un emploi dans un bureau de la Côte d'Azur —, surpasse une marque qui paraissait jusque-là infranchissable. Pendant des décennies, aucun film français n'avait rassemblé autant de spectateurs que les 17 millions qui sont allés voir La Grande Vadrouille, de Gérard Oury, en 1966. «L'année de ma naissance», précise d'ailleurs celui dont le vrai nom est Daniel Hamidou, moitié français, moitié kabyle, et ch'ti de coeur comme de sang, et encore plus depuis que son second long métrage (après La Maison du bonheur, lui aussi inspiré d'un numéro de ses spectacles) talonne le Titanic, sans avoir pu le faire couler. Mais, à 20,2 millions d'entrées contre 20,5 millions pour le film de James Cameron, Dany Boon, dont le nom de scène est un clin d'oeil à une série télévisée de son enfance sur les aventures du célèbre trappeur Daniel Boone, a toutes les raisons de bomber le torse de fierté.

Alors qu'il fait maintenant partie, depuis hier, de l'Ordre de la Légion d'honneur (intronisé en même temps qu'Ingrid Betancourt!), il n'était pas à Paris pour recevoir cette prestigieuse accolade présidentielle mais bien à Montréal, dans le cadre du volet cinéma du festival Juste pour rire. «J'ai envoyé quelqu'un qui me ressemble», dit-il en blaguant, un aparté parmi d'autres pendant cette rencontre trop courte avec quelques journalistes. Car l'homme est amusant, certes, mais il affiche la simplicité de ceux qui n'ont pas connu le succès en claquant des doigts. Il n'a sans doute pas oublié qu'il a d'abord débuté sa carrière comme mime dans les rues de Paris en 1989, et il a encore moins oublié ceux qui rigolaient de son accent ch'ti au début de l'adolescence. De là à dire que Bienvenue chez les Ch'tis est une revanche et son succès, une douce et lucrative vengeance...

Même s'il refuse de croire que la recette du succès est à la portée de la main, et à la portée de tous, Dany Boon considère que son film possédait suffisamment d'atouts pour attirer les foules. «Il n'y a pas de cynisme ni de méchanceté, explique le cinéaste et scénariste. Les personnages ont des défauts mais ils sont humains. Les gens de ma région sont d'ailleurs reconnus pour être très accueillants, gentils, heureux. Et heureux aussi de ce qu'ils ont, ce qui est à l'opposé de la société de consommation. La vraie richesse, la vraie qualité de vie, elle est par rapport à l'autre. Faire preuve de générosité, c'est la chose la moins chère qui existe, car plus on est attentif aux autres, plus ils vous le rendent: c'est ce que raconte le film.»

Visiblement, le message est passé et a séduit des millions de spectateurs, au point même où plusieurs d'entre eux, vouant au film un véritable culte, l'ont vu plus d'une fois, prenant un malin plaisir à dire les répliques avant les personnages. Les marchands de DVD se frottent déjà les mains... Dany Boon mesure sa chance et la relativise. «Ça fait 15 ans que je joue, et j'ai la chance que ça soit mon deuxième film. Si ç'avait été mon premier, j'aurais déjà sauté par la fenêtre! Gérer la suite aurait été beaucoup plus compliqué. Mon premier film a fait 1,2 million d'entrées, ce qui est beaucoup — même si ça paraît dérisoire à côté du deuxième.» Et s'il espérait un succès, préparer «un coup» n'était pas dans ses plans. «Les producteurs cherchent toujours à faire des coups, surtout dans les comédies. Ils veulent prendre tel stand-up, tel acteur à la mode et tel mannequin», dit-il avec ironie.

Un peu plus et on pourrait croire qu'il parle d'Astérix aux Jeux olympiques, un film dont le budget était pharaonique en comparaison de celui de Bienvenue chez les Ch'tis (78 millions d'euros, contre 11 pour le film de Boon, et faisant courir tout de même 6,8 millions de Français). «Je ne ferai aucun commentaire!», lance-t-il en souriant (un peu...). Mais il ne peut s'empêcher d'ajouter son grain de sel: «Ça prouve que c'est très difficile de réussir une comédie, car il n'y a pas de recettes. Quand on cherche à toucher le plus grand nombre, en général, on rate. Plus on est dans l'intime lors de l'écriture, plus les personnages sont proches de soi, plus on touche à l'universel.»

Et il ne pensait pas le toucher à ce point. Dans la rue, les gens viennent le voir «systématiquement», et s'il faut plaindre les pauvres traducteurs ayant la tâche de sous-titrer les accents (pour «tiens», dites «chiens»!), les expressions et les coutumes culinaires (dont le fameux maroilles, que je vous laisse le plaisir de découvrir), tous les spectateurs de l'Europe francophone en redemandent, et des projets de remake sont déjà en chantier. À Hollywood, c'est l'acteur Will Smith (Boon répétera le nom deux fois, devant notre incrédulité...) qui aura l'honneur, ou la lourde tâche, de le piloter, et en Italie le projet est bien avancé.

Évidemment, rien ne vaut l'original, surtout devant les airs ahuris de Boon en facteur un peu niais et transi d'amour pour une belle collègue, Kad Merad en «sudiste» perdant littéralement le nord, et même les pédales, tandis que la chanteuse Line Renaud fait merveille à chaque apparition en infâme maman castratrice. Pourtant, l'espace d'une seule scène, c'est Michel Galabru qui reste dans les mémoires grâce à une tirade que l'on pourrait croire expressément écrite pour lui. «Je n'ai pas pensé à lui quand j'ai écrit la scène, admet Dany Boon, mais effectivement ça ne pouvait être que lui.» Et sa participation fut un véritable miracle, alors qu'une santé fragile le tenait loin des plateaux. Or les deux hommes se connaissaient déjà et avaient un ami commun (Raymond Devos, rien de moins), et, après maintes négociations, pour convaincre l'acteur mais surtout la compagnie d'assurances, le tout fut bouclé en un après-midi et quelques prises («Dès qu'il a commencé à dire son texte, tout le monde a rigolé.»).

Des moments de bonheur comme celui-là, Dany Boon en énumère quelques-uns, responsable malgré lui d'un véritable boom touristique dans sa région natale, du jamais vu, et qui inspire maintenant les producteurs à vouloir y tourner des comédies. Car, jusque-là, le Nord, c'était le territoire des drames (à la Zola) et des oeuvres austères (à la Bruno Dumont). L'espace d'un seul film, et 20 millions de spectateurs français plus tard, Dany Boon change complètement la donne. Car tout le monde se sent un peu chez soi dans Bienvenue chez les Ch'tis.

Bienvenue chez les Ch'tis, de Dany Boon, prend l'affiche le 25 juillet partout au Québec.

***

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  • Yvon Montoya
    Abonné
    mardi 15 juillet 2008 08h40
    Ça sent le rouchi.
    « « ch'ti de coeur comme de sang », vous nous parlerez maintenant d'une « race » Ch'ti? Nous avons des groupes sanguins qui disent dans le fond que nous avons des palestiniens plus juifs que des juifs. Surtout si on les compare avec ceux d'Outremont. Vous voyez, ce n'est pas drôle ce genre de perception là. À expliquer à un enfant qui fait de la biologie que le rhésus A+ d'un africain n'est pas le même que le rhésus A+ d'un allemand ou d'un Ch'timi heureux, c'est difficile à cogiter. À dire que els Ch'ti sont généreux, c'est facile quand on ne connaît pas la région. On fait confiance à celui qui en parle mais cela ne veut rien dire. C'est tout de même une région un peu grise, tristounette, vous savez. Même si Lille est une très belle ville, Valenciennes, Tourcoing, Arras, soient des villes mignonnes, il n'y a pas de quoi en être fier. Les français y passent pour aller en Belgique ou aller prendre Ferry pour la GB ou se diriger vers l'Allemagne et la Hollande. On s'emmerde tout de même dans ces coins là. On remarque que vous parlez beaucoup d'argent dans votre article. Ça fait comique si on traduit tout ceci en picard ou en rouchi. »

  • Bailleul Daniel
    Inscrit
    mardi 15 juillet 2008 14h17
    Bergues
    « Venez découvrir notre ville de bergues, un bon site sur la ville de bergues et le film, photos du tournage et pleins de parodie
    www.bergues.biz »

  • Bailleul Daniel
    Inscrit
    mardi 15 juillet 2008 14h53
    Article d'YVON
    « Votre article m'a profondément interpellé, je ne sais pas ce que Dany boon a voulu faire passer comme message dans cette interview, mais je ne crois pas qu'il y a de sang ch'tis, pas plus que de race ch'tis simplement une identité. La région est un vrai carrefour de culture, de mélange et de tolérance...............................
    Il n'y a rien de triste dans cette région et ce sont ces préjugés faciles que
    Le film combat !
    Vous connaissez peut être la région mais en tout cas très mal !
    En venant dans la région on brai deux fois en effet comme vous dites en arrivant mais une deuxième fois en repartant !
    Un bon site www.bergues.biz pour connaitre notre ville et notre région riche d'une histoire millénaire
    Salutations d'un berguois qui ne pense pas habiter un coin ou on s'emmerde
    Allez donc voir ce film, un bon moment et une leçon d'humanisme. »

  • Françoise Maertens
    Inscrite
    mardi 15 juillet 2008 16h03
    "Cha sin eul'préjugé"
    « Contrairement à M. Montoya qui déclare quand même qu'il y a de belles villes dans le Nord de la France, je pense qu'il y a de quoi être aussi fiers que de n'importe quelle autre belle ville d'ailleurs. Et dites-moi, M. Montoya, pourquoi il faudrait en être moins fier? Vous ressortez le préjugé comme quoi le nord est tristounet, comme quoi les Françcais ne font que traverser cette région, et qu'"on s'y "emmerde". Quand même, vous pourriez émettre votre jugement sans être aussi vulgaire!
    Je me demande même si vous avez fait autre chose que de traverser le Nord de la France... Probablement, puisque vous n'avez pas pris le temps de connaître les gens et les nombreuses choses qu'il y a à y voir et à y faire!
    Désolée pour vous et j'espère que lros d'un prochain voyage, vous prendrez le temps de découvrir le pays des Chtis! »

  • Yvon Montoya
    Abonné
    mardi 15 juillet 2008 19h43
    Vous fachez pas.
    « Non non j'y suis resté deux années consécutives et à Lille, à Tourcoing puis à Valenciennes. Lille j'ai aimé mais comme je venais d'une petite ville comme Lorient dans le Morbihan et amoureux de Paris alors. Voilà, mille excuses pour vous avoir blessé. Cependant, une ville provinciale française où tout ferme à 19 heures et où il ne reste que les bars et les restos, c'est dur, malgré la beauté des lieux, un peu rude pour celui qui a de l'énergie à en revendre. Brel a bien quitté sa Belgique, vous savez et Vesoul ou Vierzon n'était pas son lieu de prédilection. Je dirai la même chose pour Montbeliard ou Besançon ou Rennes ou Nantes. Même Rouen. J'ai fait mon servie militaire à Rouen et j'ai été avec des merveilleux ch'tis. Ce sont des gens sympas. D'ailleurs vous remarquerez que le père Rimbaud des Ardennes (Charleville-Mézière quel trou)comme Verlaine ou Baudelaire, c'est à "Brusselles qu'ils allaient. Si vous effacez les nom des lieux ou de patois du cinéaste, vous pouvez mettre n'importe quels lieux provinciaux français. J'ai eu la même sensation à Québec. je préfère Montréal plus cosmopolite. J'ai trainé longtemps dans le Nord pas de Calais pour la musique, le rock et plein de choses. La campagne me plaisait beaucoup. mais le Havre, suis navré aussi, c'est pas loin. C'est mon allergie pour la provincial qui fait que je suis à MTL, une ville d'essence multiculturel qui me va comme un gant. Dynamique, riche et pas trop de monde. Tout quoi ici. De plus très ouvert. C'était juste une perception, la mienne. Je respecte la votre mais cela m'empêche pas de m'exprimer, n'est-ce pas? J'ai une passion folle, pour terminer, pour le Gris de Lille (SUBLIME mais salé), ce fameux fromage trempé dans la saumure pendant 40 jours. Vous en trouvez chez Hamel parfois à Jean Talon. C'est MTL. Même en France j'avais du mal à m'en procurer suttut lorsque je vivais à Nice. Mille excuses. Vive la France et le Nord Pas de Calais. Ch'ti. »

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