Une exceptionnelle réussite
Source Maximum Films
My Winnipeg, de Guy Maddin: un film personnel, intime, irrespectueux des conventions, entièrement libre.
Film sur Winnipeg, film sur Guy Maddin (The Saddest Music in the World, Brand Upon the Brain), My Winnipeg, comme son titre l'indique, superpose les deux identités, celle de la ville d'hiver, celle du cinéaste, qualifié en Europe de «postmoderniste des Prairies».
L'oeuvre, hallucinée, poétique, est filmée dans un noir et blanc granuleux qui, d'une part, évoque l'hiver et, d'autre part, fait l'effet d'un rideau translucide sur les souvenirs du passé. Souvenirs de la ville, fondée quatre ans avant la naissance de la grand-mère du cinéaste et qui a connu plusieurs mutations au cours des cinq décennies d'existence de Maddin. Souvenirs de ce dernier, qui y reconstitue avec des acteurs (dont la formidable Ann Savage, venimeuse femme fatale du classique Detour, d'Edgar G. Ulmer, qui ici joue sa mère) des épisodes quasi muets de sa jeunesse, passée au deuxième étage d'un commerce d'un quartier populaire. Souvenirs, enfin, de cinéma et d'histoire de l'art, puisque le film est un somptueux et très bizarre collage d'influences et de réminiscences, qui va de l'expressionnisme allemand au film noir, en passant par le dadaïsme, l'avant-garde soviétique et le mélodrame hollywoodien.
La scène montrant des chevaux emprisonnés dans les glaces de la rivière, à elle seule digne d'une installation muséale, sert pour sa part de contrepoint surréaliste à un film dont la forme, en soi, est un vrai bijou d'imagination. Un train traverse la nuit de Winnipeg, avec à son bord un narrateur qui, plongé dans un sommeil agité, évoque les mutations de cette ville d'hiver plantée au beau milieu des Prairies canadiennes. Maddin n'en fait pas l'apologie. Mais l'ironie de la narration, très «film noir», cache une profonde tendresse pour ce lieu aux mille visages, assumés dans l'après-guerre, défigurés au tournant
du millénaire.
Comme Gilles Carle qui, ayant reçu de l'ONF la mission de réaliser un documentaire sur le déneigement à Montréal, avait accouché de La Vie heureuse de Léopold Z, l'auteur de Careful et d'Archangel a détourné une commande «officielle» pour réaliser un film personnel, intime, irrespectueux des conventions, entièrement libre. Il gagne sur tous les fronts. Mais je crains toutefois que seuls les initiés de son univers seront à même de prendre la pleine mesure de
sa réussite.
***
My Winnipeg
De Guy Maddin. Avec Darcy Fehr, Ann Savage, Amy Stewart, Louis Negin, Brendan Cade, Wesley Cade. Scénario: G. Maddin, George Toles. Image: Jody Shapiro. Montage: John Gurdebeke. Musique: Joseph Vitarelli. Canada, 2007, 80 min.
***
Collaborateur du Devoir
L'oeuvre, hallucinée, poétique, est filmée dans un noir et blanc granuleux qui, d'une part, évoque l'hiver et, d'autre part, fait l'effet d'un rideau translucide sur les souvenirs du passé. Souvenirs de la ville, fondée quatre ans avant la naissance de la grand-mère du cinéaste et qui a connu plusieurs mutations au cours des cinq décennies d'existence de Maddin. Souvenirs de ce dernier, qui y reconstitue avec des acteurs (dont la formidable Ann Savage, venimeuse femme fatale du classique Detour, d'Edgar G. Ulmer, qui ici joue sa mère) des épisodes quasi muets de sa jeunesse, passée au deuxième étage d'un commerce d'un quartier populaire. Souvenirs, enfin, de cinéma et d'histoire de l'art, puisque le film est un somptueux et très bizarre collage d'influences et de réminiscences, qui va de l'expressionnisme allemand au film noir, en passant par le dadaïsme, l'avant-garde soviétique et le mélodrame hollywoodien.
La scène montrant des chevaux emprisonnés dans les glaces de la rivière, à elle seule digne d'une installation muséale, sert pour sa part de contrepoint surréaliste à un film dont la forme, en soi, est un vrai bijou d'imagination. Un train traverse la nuit de Winnipeg, avec à son bord un narrateur qui, plongé dans un sommeil agité, évoque les mutations de cette ville d'hiver plantée au beau milieu des Prairies canadiennes. Maddin n'en fait pas l'apologie. Mais l'ironie de la narration, très «film noir», cache une profonde tendresse pour ce lieu aux mille visages, assumés dans l'après-guerre, défigurés au tournant
du millénaire.
Comme Gilles Carle qui, ayant reçu de l'ONF la mission de réaliser un documentaire sur le déneigement à Montréal, avait accouché de La Vie heureuse de Léopold Z, l'auteur de Careful et d'Archangel a détourné une commande «officielle» pour réaliser un film personnel, intime, irrespectueux des conventions, entièrement libre. Il gagne sur tous les fronts. Mais je crains toutefois que seuls les initiés de son univers seront à même de prendre la pleine mesure de
sa réussite.
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My Winnipeg
De Guy Maddin. Avec Darcy Fehr, Ann Savage, Amy Stewart, Louis Negin, Brendan Cade, Wesley Cade. Scénario: G. Maddin, George Toles. Image: Jody Shapiro. Montage: John Gurdebeke. Musique: Joseph Vitarelli. Canada, 2007, 80 min.
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Collaborateur du Devoir
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