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Le conte de fées d'All Together Now

Isabelle Paré   23 juin 2008  Cinéma
Paul McCartney, Yoko Ono, Olivia Harrison et Ringo Starr réunis lors du premier anniversaire de la présentation à Las Vegas du spectacle Love, du Cirque du Soleil. L’histoire des péripéties ayant mené aux retrouvailles de la famille Beatle est l
Photo : Agence France-Presse
Paul McCartney, Yoko Ono, Olivia Harrison et Ringo Starr réunis lors du premier anniversaire de la présentation à Las Vegas du spectacle Love, du Cirque du Soleil. L’histoire des péripéties ayant mené aux retrouvailles de la famille Beatle est l
L'histoire d'All Together Now relève du conte de fées, voire de l'épopée. C'est l'histoire d'un film tourné à l'arraché, qui a failli ne jamais voir le jour. D'un film sur l'ultime rendez-vous des Beatles, ces monstres sacrés de la musique pop-rock, rendu possible par la création du spectacle Love du Cirque du Soleil. Et surtout l'histoire d'un jeune réalisateur, qui a sans doute capté sur pellicule une des dernières pages de l'histoire des Fab Four.

All Together Now, du jeune réalisateur Adrian Wills, vient de triompher à Washington, où il a été présenté à guichets fermés et ovationné à l'occasion du Festival du film documentaire Silverdocs, qui bat son plein depuis le 16 juin. Il sera de nouveau présenté dans la capitale américaine ce soir, après avoir été projeté à Las Vegas la semaine dernière, dans un autre festival de films.

Disons-le tout de go, ce qui devait être le making of de Love, du Cirque du Soleil, n'a rien d'un film de coulisses, alignant ces brochettes d'entrevues convenues avec les concepteurs sur le quand et le pourquoi de l'oeuvre. Un modèle qui rend le genre prévisible, sinon ennuyeux.

Rien d'un making of

All Together Now, c'est plutôt l'histoire, mois par mois, de l'improbable réunion des Beatles, des chassés-croisés et des acrobaties diplomatiques survenues entre Apple Corps et le Cirque du Soleil, deux monstres du show-business dont les destinées se sont unies à la faveur d'un projet fou, scellé par l'amitié qui liait le défunt Beatle Georges Harrison à Guy Laliberté.

Le reste de l'histoire est connu. La réunion des Beatles a eu lieu en 2006, Love fait depuis 2006 salle comble à Las Vegas. Le spectacle a été suivi du CD du même nom, sorte de testament musical du groupe mythique signé par Georges Martin, l'éminence grise des studios d'Abbey Road, et son fils Giles.

Or, le film montre précisément ce que le spectacle ne dit pas: la laborieuse et émotive concertation qu'il a fallu déployer pour redonner vie aux Beatles le temps d'un spectacle à Las Vegas.

La caméra de Wills, toujours discrète, filme par exemple la première réaction de Sir Paul McCartney et de Yoko Ono à Love lors d'une première présentation intime. Elle saisit au vol la réaction épidermique de la veuve de Lennon, Yoko, qui rabroue le metteur en scène Dominic Champagne pour son interprétation «sordide» de Come Together. On assiste aussi aux retrouvailles de Paul et de Ringo qui, lors de la première, se donnent du coude et rient aux éclats comme des enfants. Tout cela entrelardé d'entrevues inédites avec Paul McCartney, Ringo Starr, Yoko Ono, Olivia Harrison et l'âme musicale et grand manitou du son Beatles, Georges Martin, qui s'adonnent à certains moments à des confessions inattendues.

«Quand Georges Martin nous raconte qu'un an avant d'être assassiné, John Lennon lui a confié lors d'un dîner qu'il aurait voulu tout réenregistrer, j'étais bouche bée. C'était quelque chose qui n'était connu de personne à part lui», dit-il.

En fait, ce qui devait être un simple produit dérivé d'un spectacle, filmé avec les moyens du bord et une équipe réduite, est au fil des mois devenu une oeuvre à part entière.

Demain, Las Vegas

Pour Adrian Wills — un cinéaste pigiste qui, depuis cinq ans, réalise des making of pour le cirque —, tout a commencé le jour où Martin Bolduc, producteur à CDS Images, le presse de venir tourner des images d'une première visite de Yoko Ono et de McCartney au siège social du Cirque du Soleil.

À ce moment, en 2005, il n'y a encore aucune entente précise en vue de la réalisation d'un film sur Love entre CDS et Apple Corps, le géant qui gère l'oeuvre et l'image du plus populaire groupe de l'histoire.

«Dès le départ, on s'est dit qu'il fallait avoir accès aux Beatles pour donner tout son sens au film. On savait que ça serait ardu. Ça s'est fait petit à petit, sans savoir si un jour quelque chose aboutirait», avoue Adrian Wills.

Puis, un matin, Bolduc annonce au réalisateur de 35 ans qu'Apple a donné son feu vert au tournage d'une entrevue avec McCartney. «C'est demain... à Las Vegas!», annonce-t-il. «J'ai sauté dans un avion et je suis arrivé juste à temps pour l'entrevue. Je n'ai jamais été aussi stressé. Il y avait une telle pression!», raconte-t-il aujourd'hui.

Puis, le miracle a lieu. Débonnaire, McCartney se confie, généreux, sort des anecdotes inédites de l'histoire des Fab Four.

Et puis, malgré les mesures de sécurité inouïes déployées par Apple pour éviter le piratage des nouvelles bandes sonores lors des répétitions de Love, les portes s'ouvrent lentement au cinéaste. «On était fouillés avant chaque entrée dans la salle de spectacle et les ondes radios étaient brouillées pour éviter le piratage. Mais on nous a laissés tourner en paix», dit-il.

À quelques semaines de la première, lors d'une visite cruciale des ex-Beatles et de leurs veuves à Las Vegas, le réalisateur obtient même la bénédiction du CDS et d'Apple pour apposer des micros sans fil à Giles Martin, à Dominic Champagne et à Gilles Sainte-Croix, cofondateur du cirque, qui sont les premiers à recevoir les commentaires de Ringo, Paul, Yoko et Olivia sur la progression du spectacle.

«Nous étions parfois à 80 pieds de nos sujets, avec un téléobjectif. L'équipe a fini par oublier notre présence. Ce qu'on voit, c'est ce qui s'est vraiment passé», soutient Adrian Wills.

Georges Martin, qui a réarrangé avec brio les 28 chansons qui forment la trame musicale du spectacle Love, est non seulement l'âme du spectacle, mais aussi le fil conducteur du documentaire. Tel un père qui veille sur ses agneaux, il espère en coulisse la réconciliation d'une famille éclatée et signe sa dernière oeuvre. «C'est vraiment la relation père-fils, celle de Georges et de Giles, et celle de Harrison et de son propre fils, qui guide tout le film. C'est d'abord un film d'émotions», affirme Adrian Wills.

Loin du but

Avec 150 heures de tournage en poche, le travail ne faisait que commencer pour Wills. Des mois de négociations s'amorcent avec Apple pour s'assurer que le montage laissera une part égale dans le documentaire à chacun des Beatles et aux veuves de Lennon et Harrison. «Pendant des mois, je travaillais dans un studio de montage sans savoir si ce film allait être un jour diffusé. Je disais à la blague que ce serait le film le plus coûteux que seule ma mère aura vu», dit Wills.

Plus de deux ans après le début du tournage en décembre 2005, Martin Bolduc et Wills effectuent des allers-retours répétés à Londres pour convaincre Neil Aspinall, le gérant des Beatles, décédé en mars dernier, de donner sa bénédiction au montage final. Ce n'est que quelques semaines avant sa mort que le feu vert a été donné.

«Sans Aspinall, rien de tout cela n'aurait eu lieu, c'est par lui que passaient toutes les négociations, tant pour Love que pour All Together Now, soutient Martin Bolduc.

Finalement, a-t-on droit au vrai portrait de la saga de Love? Comment concilier les intérêts de l'omnipotente Apple Corps, du Cirque du Soleil et de quatre mégastars chatouilleuses sur leur image?

«Avec Apple, on a fait quelques batailles pour garder certains plans. Il est vrai que quelques séquences ont sauté, mais pas les plus controversées.

C'était davantage pour préserver l'équilibre entre chacun des Beatles — qui était crucial pour Apple — que pour des raisons de censure. Au final, on a vraiment fait le film qu'on souhaitait», affirme le jeune réalisateur.

Le public pourra voir All Together Now, dont une version française de 65 minutes, ponctuée d'entrevues avec Dominic Champagne, François Pérusse et Alexis Martin, devrait être diffusée à Radio-Canada. Quand? On l'ignore encore. La sortie en DVD du documentaire en anglais est quant à elle prévue pour l'automne.

La pression, elle, commence doucement à tomber pour le diplômé en cinéma de Concordia, qui n'avait jamais imaginé un tel scénario, même dans ses rêves les plus fous.

«Je sais que j'ai eu une chance en or de pouvoir faire ce film. La pression était énorme, dit-il. Mais, en faisant les entrevues, je savais qu'on avait de l'or entre les mains. Et à Washington, la standing ovation a fini de me convaincre!», dit-il.






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  • Roger T. Drolet
    Inscrit
    lundi 23 juin 2008 02h07
    All Together Now, réalisateur Adrian Wills
    « Si un jour, quelqu'un m'avait dit que c'est la F1 qui aurait permis tout ça, je me serais mis à rigoler. Et pourtant, rien de plus 'logique' ! George est un fan de courses automobiles et court ses parcours jet-set. Un jour, alors que les planètes sont alignées, Guy Laliberté fait un after chez lui à Montréal auquel le musicien assiste. Le fondateur du Cirque du Soleil est un visionnaire et il rêve aux Beatles depuis toujours. Sa magie va bientôt rejoindre celle du Fab Four. Harrison ramène dans ses bagages l'idée de créer un spectacle fantasmagorique à partir de l'oeuvre du groupe. Près de 7 ans plus tard, le show LOVE naît. C'est la première fois que Apple Corps autorise un tel produit dérivé fait par un tiers, en l'occurence, l'entreprise qui a révolutionné le cirque traditionnel. J'imagine à peine ce que cela a nécessité de négos pour attacher le tout.
    Je sais que cela peut paraître incroyable mais j'affirme depuis longtemps que les Beatles se sont tellement fait voler, qu'ils peuvent bien aujourd'hui contrôler leur héritage, même si la moitié est entre les mains de successions ! Je n'ai pas encore vu le film All Together Now, mais j'ose croire que c'est une belle réusssite. Bravo à Adrian Wills et encore merci aux quatre de Liverpool pour l'univers fabuleux qu'ils nous ont légué ! »

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