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Pas à pas dans les steppes

André Lavoie   21 juin 2008  Cinéma
Dans Mongol, Sergei Bodrov s’appuie sur une grammaire cinématographique d’un classicisme épuré, usant fort peu des possibilités du numérique.
Dans Mongol, Sergei Bodrov s’appuie sur une grammaire cinématographique d’un classicisme épuré, usant fort peu des possibilités du numérique.
On connaît les exploits guerriers du grand héros des Mongols, Gengis Khan (qui signifie «chef universel»), mais bien peu de choses sur l'époque précédant ses premières conquêtes sanglantes. La tâche n'est pas simple pour les historiens, incapables de s'entendre sur une date de naissance (1155, 1162 ou 1167?) ou sur ses véritables origines familiales, les traditions et les mythes se mêlant à la vérité historique. Mais sur le génie guerrier de celui qui, en une vingtaine d'années, allait conquérir un empire allant de Pékin à la Volga, la cause est depuis longtemps entendue.

C'est donc sur les années de jeunesse que le cinéaste russe Sergei Bodrov s'attarde dans Mongol, le premier volet d'une trilogie. Bodrov offre-t-il une savante relecture de l'histoire ou est-il à la poursuite d'un souffle épique qui jamais ne défaille? À dire vrai, pas spécialement...

En fait, cette luxueuse incursion, fruit d'une imposante collaboration entre de nombreux pays, dont la Mongolie, jongle avec un canevas historique qui permet quelques fantaisies offertes à grand renfort de paysages majestueux et de bagarres musclées. Mais avant d'en arriver là, le jeune Temudjin (Odnyam Odsuren) doit affronter l'adversité, celle d'un fils de chef de clan éliminé par les Tartares, forcé à l'exil par un rival, Targutai, attendant de le voir grandir avant de l'assassiner. Le garçon aura tout de même pu, selon la tradition, choisir son épouse, Borte, qui deviendra plus tard son indéfectible alliée (la superbe Khulan Chuluun, et ce en toutes circonstances... ), même plusieurs fois capturée. Ses errances dans les steppes enneigées lui donneront une stature nouvelle (personnifiée par la star japonaise Asano Tadanobu), grâce à des interventions divines (sous la forme d'un loup ou d'un violent orage électrique) et humaines, dont celle de Jamurka (Sun Honglei, le rigolo de service), d'abord un sauveur, ensuite un frère et plus tard un farouche adversaire.

Ce n'est pas le seul ennemi que compte Temudji, dont la renommée s'étend au fur et à mesure que les rivalités entre tribus s'intensifient, lui donnant l'impulsion de les soumettre à des lois et des valeurs plus pacifiques (le scénario de Bodrov et d'Arif Aliye tente d'adoucir son image de guerrier implacable, hésitant avant de décapiter un traître et rêvant à voix haute d'un monde meilleur). Ces nuances, aussi édifiantes soient-elles, viennent rarement démêler les fils de ce vaste fouillis narratif, où l'on chevauche les années à la vitesse d'un cheval de course tandis que les personnages, jeunes et vieux, affichent parfois des traits interchangeables.

La démonstration d'un Gengis Khan moins belliqueux, voire candide (la facilité avec laquelle il accepte des enfants visiblement conçus par Borte en captivité laisse pantois), donne du plomb à ce qui pourrait ressembler à un pur spectacle à la Zhang Yimou, celui de Héros. Bodrov s'appuie plutôt sur une grammaire cinématographique d'un classicisme épuré, usant fort peu des possibilités du numérique. Cela a d'ailleurs plu aux patriarches des Oscars, qui lui ont accordé cette année une nomination pour le meilleur film étranger. Un grand honneur pour un film qui n'en méritait pas tant.

***

Collaborateur du Devoir

***

Mongol

Réalisation: Sergei Bodrov. Scénario: Arif Aliye, Sergi Bodrov. Avec Asano Tadanobu, Sun Honglei, Khulan Chuluun, Odnyam Odsuren. Image: Sergey Trofimov, Rogier Stoffers. Montage: Zach Staenberg, Valdis Oskarsdottir. Musique: Tuomas Kantelinen. Russie-Allemagne-Kazakhstan, 2007, 125 min.
 
 
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