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Alanis Obomsawin, de l'autre côté des barricades, à jamais

Odile Tremblay   18 juin 2008  Cinéma
La militante abénaquise Alanis Obomsawin sort demain son coffret regroupant quatre documentaires sur la crise d’Oka.
Photo : Jacques Grenier
La militante abénaquise Alanis Obomsawin sort demain son coffret regroupant quatre documentaires sur la crise d’Oka.
Elle est au Québec la première autochtone qui, caméra en main, entreprit de rendre la parole aux Premières Nations, si longtemps confinées au silence. Coffret et hommage lui rendent tribut aujourd'hui.

Si vous demandez à Alanis Obomsawin ce qu'elle pense des récentes excuses du gouvernement Harper aux Premières Nations pour le cauchemar vécu dans les pensionnats d'État des années 60, elle répond: «Très positif, soit, mais où sont les gestes concrets posés dans cette affaire? Les Centres d'amitié autochtone subissent des compressions. Ça prendrait des mesures adaptées aux besoins de nos peuples: des centres de désintoxication laissant une place aux guérisseurs traditionnels, etc. Quant à l'Église catholique, qui refuse même de s'excuser, elle devrait rougir de honte... »

Ce soir, dans le cadre de Présence autochtone, à 18h30, au Cinéma de l'ONF, hommage est rendu à cette cinéaste abénaquise militante, aux 35 films à son carquois. Son dernier documentaire, Gene Boy revient chez lui — histoire d'un soldat abénakis de retour de guerre —, sera alors projeté. Aussi, tout un matériel didactique créé en 1972 et en 1974 sur l'histoire de deux communautés autochtones.

Ce coup de chapeau coïncide avec le lancement par l'ONF d'un coffret regroupant quatre documentaires sur la crise d'Oka: Alanis Obomsawin - 270 ans de résistance. D'autres coffrets thématiques sur son oeuvre suivront bientôt.

La cinéaste a vécu dans sa chair l'été rouge de 1990, du début jusqu'à la fin des hostilités, filmant caméra au poing de l'autre côté des barricades les affrontements avec l'armée, les détresses privées, les pierres lancées sur les Mohawks de Kahnawake qui avaient bloqué le pont Mercier, etc. En entrevue, Alanis Obomsawin se rappelle le froid des nuits à la belle étoile sur des sacs d'ordures, l'herbe à puce qui la rongeait, les infections autour des yeux longtemps incurables, la solidarité, la fierté retrouvée, le courage de ceux qui ont tenu jusqu'au bout, l'influence des leaders spirituels sur les Warriors, évitant ainsi un bain de sang. Elle avait accumulé à Kanesatake et à Kahnawake 250 heures de matériel audiovisuel, qu'il fallut couper. Au montage furent inclus des documents d'archives, des photos, des traités violés, etc., comme dans tous ses films. «Pour la mémoire et la postérité», précise-t-elle.

Le coffret sur la crise d'Oka permettra à son avis aux jeunes générations de se mettre au parfum. «Ils sont stupéfaits de découvrir ces événements», dit-elle. Dix-huit ans ont passé... Une éternité pour les adolescents.

Les enfants, Alanis Obomsawin a toujours travaillé avec et pour eux.

Née à Odanak, elle avait été transplantée à neuf ans à Trois-Rivières avec sa famille, seule présence amérindienne de la ville. Alanis était battue et raillée sans relâche par les autres enfants, humiliée durant les cours d'histoire du Canada, foisonnant d'histoires de poteaux de torture et de scalps dégoulinants. «Mon nom là-bas, c'était "Maudite sauvagesse sale", se rappelle-t-elle. Jusqu'au jour où la jeune fille a levé la tête et affronté ses assaillants. «Sans le traumatisme de Trois-Rivières, je ne serais jamais devenue une batailleuse.»

Ses plus grands souvenirs lui venaient dans son berceau d'Odanak d'un oncle conteur et chanteur, nourri de légendes qu'il lui a transmises. À l'âge adulte, à son tour conteuse et chanteuse, elle a fait la tournée des écoles pour redonner aux autochtones leur histoire. Dès son entrée à l'ONF, au début des années 70, Alanis Obomsawin a créé avec des films fixes: dessins, photos anciennes et narration, les premiers documents pédagogiques issus des Premières Nations. Une des grandes fiertés de sa vie.

En près de 40 ans d'ONF, 35 films ont suivi: sur l'itinérance, les événements de Restigouche, la mythologie, le rôle des femmes, la toxicomanie, la lutte politique, sans compter le reste. Lorsque certains lui reprochent la partialité de son regard, elle affiche bien haut le droit de s'exprimer au nom des premiers peuples.

«C'est la négation de leur culture qui a entraîné certaines communautés du côté de la violence et de la toxicomanie. Mais plusieurs d'entre elles retrouvent aujourd'hui langue et traditions. La situation s'est améliorée en 40 ans. On est partis du temps où l'on n'avait pas le droit de parler notre langue à une époque où on l'enseigne dans les universités... De fait, la crise d'Oka a tout changé. Les médias se sont intéressés aux autochtones. L'ensemble des communautés ont relevé la tête et l'attitude des gouvernements s'est transformée.»

Bardée de prix et d'honneurs, vraie ambassadrice des autochtones canadiens, Alanis Obomsawin s'est promenée sur la planète, de la Nouvelle-Zélande au Mexique, en passant par tous les territoires autochtones, pour donner des conférences et présenter ses films. «C'est incroyable à quel point la condition des aborigènes est la même partout; ses problèmes aussi.»
 
 
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  • andré michaud
    Inscrit
    mercredi 18 juin 2008 08h57
    statut particulier ?
    Je ne suis pas de ceux qui croit aux statuts particuliers pour des catégories de canadiens. Les statuts particuliers pour des raisons ethniques ou religieuse, confirmeront la ghettoisation et l'exclusion. Il n'y a aucun avenir dans l'exclusion, le statut particulier et les réserves.

    Il est temps que les autochtones deviennent des canadiens à part entière, avec les mêmes droits et obligations que tous les canadiens.Déjà 50% des autochtones et métis l'on compris et on déserté les réserves sans avenir, ou l'éducation et l'emploi stable sont carrément impossible, ou 85% des femmes subissent la violence, ou la toxicomanie est endémique.. Mettre plus d'argent dans les réserves ne résoudrait rien du tout...mais perpétuerait la ghettoisation!

    Il faut aider ces individus à devenir des canadiens à part entière qui ont accès à ce qui a remplacé la chasse et la pêche; l'éducation et l'entrepreneurship! Ce n'est que lorsque les canadiens français ont compris l'importance ESSENTIELLE de ces deux point qu'ils ont sorti de la misère, et ont joint la modernité et une qualité de vie parmis les meilleure au monde. Les individus de descendance autochtones ont aussi droit à ce bonheur et cette prospérité, pour devenir des canadiens à part entière. C'est ce que je souhaite de tout coeur à ces gens issus de communauté autrefois si fières mais devenus enfantilisés et vivant d'aide sociale..

  • Pierre Samuel
    Abonné
    mercredi 18 juin 2008 09h39
    Mes hommages, Madame!
    Bravo à cette courageuse militante et à ses congénères qui dénoncent avec courage et dignité les exactions millénaires commises envers leurs peuples nonobstant les "mauvais esprits" bornés et obtus!

  • Frédérick Laberge
    Abonné
    mercredi 18 juin 2008 10h42
    Michaud-Trudeau-Durham, même vision, même problème
    J'aurais aimé que P.E Trudeau soit le seul clone de Durham mais il ne semble pas seuls. André Michaud, dans son texte statut particulier ?, nous démontre son adhésion à ce culte du refus, tout comme Durham le suggérait à la couronne Britannique en 1839. Le but était bien simple : anéantir ce petit peuple français sans histoire ni littérature par l'immersion.
    Ce commentaire frustra F-X Garneau au plus haut point et l'incita à écrire notre belle histoire. Malheureusement, cette connaissance de l'histoire se fait de plus en plus rare, nous incitant à répéter perpétuellement les mêmes erreurs. Le fédéral procède à la Négation de la Nation, pour reprendre les termes de la très prolifique constitutionnaliste Eugénie Brouillet, et peu s'en étonnent. Ces gens méprisent la culture, l'histoire, les valeurs et les aspirations des autres nations.
    Contrairement à M. Michaud, je crois qu'il nous est impossible de construire quelque pays sans l'intégration de tous et de toutes dans toutes les sphères : politiques, sociales, économiques, culturelles... Et pour cela, il faut tenir compte du passé et du bagage de tous et de toutes.

  • Pierre Rousseau
    Inscrit
    mercredi 18 juin 2008 10h49
    Hommage très mérité.
    Je salue bien bas Madame Obomsawin pour une oeuvre admirable et pour avoir entrepris cette mission quasi impossible de faire comprendre le point de vue des autochtones aux autres Canadiens. Il est bien difficile pour les peuples opprimés de se faire entendre et c'est là le grand mérite de la liberté d'expression alors qu'il est évident que les peuples dominants au Canada ne veulent souvent rien entendre de la réalité autochtone. Mais, en plus, Mme. Obomsawin le fait avec un doigté et une qualité artistique incontestables. Ses films savent rejoindre le spectateur un tant soit peu sensible et ouvert. C'est une grande oeuvre qui fera sûrement sa marque dans le monde et surtout parmi les jeunes autochtones qui n'auront pas connu les évènements qu'elle a vécus et filmés.

    Pour ceux qui pensent encore que les peuples autochtones ne méritent pas de statut particulier et qu'ils seraient mieux de s'assimiler à la majorité, ils devraient prendre leur courage à deux mains et visionner ses films et aussi aller rencontrer ces peuples dans leurs milieux respectifs, même dans leurs villages et leurs «réserves», avec leur permission ou même en ville dans les Centres d'amitié autochtones. Comme l'oeuvre de Mme. Obomsawin le montre clairement, les autochtones ne sont pas des ignares et des gens infantilisés, bien au contraire et ils savent exactement comment se sortir de la misère dans laquelle les politiques coloniales des gouvernements fédéral et provinciaux les confinent, malgré les couts astronomiques de ces bureaucraties. Mais la majorité dominante refuse de les écouter et préfère leur dicter les solutions qu'eux croient les meilleures, ce qui est nécessairement voué à l'échec, comme l'exemple des pensionnats «indiens» le démontre si éloquemment.

    Merci Mme. Obomsawin pour une oeuvre si belle, si puissante et qui donne une voix à ces peuples que souvent on refuse d'entendre et, surtout, d'écouter.

  • Marie-Ève Lépine
    Abonné
    mercredi 18 juin 2008 13h39
    réponse au "statut particulier"
    Preuve d'une ignorance malheureusement largement répandue, les amérindienss ne souhaitent absoluement pas obtenir le "statut" de canadiens à 100%. Ce serait une immersion dans la culture des vainqueurs, n'en déplaisent à ceux qui croient que les amérindiens nous regardent avec envie notre sens de l'entrepreneurship. Ce qu'ils veulent, mais faut-ils encore tendre l'oreille avec une volonté dénuée de paternaliste, afin d'écouter leurs envies, leurs rêves... Ils veulent les mêmes chances et les mêmes possiblités de s'épanouir, de vivre et de se dépasser. Dire qu'ils rêvent d'être 100% canadiens, c'est leur nier leur origines culturelles amérindiennes et folkloriser des "patricularités amériendiennes".

  • Lorraine Dubé
    Abonnée
    mercredi 18 juin 2008 14h31
    Mes hommages madame
    Bravo madame,
    Des excuses nécessaires mais combien tardives pour des actes d'assimilations...même de génocide. Trop peu, trop tard! Des peuples ont en effet disparu sans être répertoriés puisque non recensés. Faute de temps à ma disposition, j'ajouterai qu'il serait impensable que de tels actes puissent être tolérés aujourd'hui, soit de brimer les gens dans leur identité, leur culture, leur langue. Sans parler des atrocités subies!
    Dans ma famille, nous savions avoir des origines autochtones comme beaucoup de québécois. Mon père s'était même procuré au milieu des années 60 une encyclopédie de collection Drouin incluant notre arbre généalogique. Nous serions même parents lointains de Chevalier Delorimier dont les lettres
    (même celle à la veille de sa pendaison par loi martiale) étaient incluses dans les volumes.
    Que pensez-vous de ce vol d'identité lorsque je vous apprends que ma mère de 85 ans a su l'année dernière que ma soeur aînée a obtenu ses papiers de Premières Nations? C'est un vol d'identité non monnayable. Inutile de rajouter que nous pourrions tous obtenir nos papiers en nous cloitrant dans une réserve!!!Fort discutable. D'ailleurs, il semblerait que les Premières Nations aient plus de documents (censures fédérales)à leur disposition et qu'ils soient à notre recherche. Ne trouvez-vous pas indécent que ma mère de 85 ans ait obtenu confirmation l'an dernier de ses origines Huron-Algonquin par sa mère et son père? Mon père serait des micmacs. Précisons qu'à compter de 1954 les Hurons avaient le droit d'aller à l'école mais il était absolument INTERDIT de parler leur langue sous peine de fortes réprimandes. Je me rappelle avec le recul combien les origines de mes grands-parents maternels étaient évidentes, par leur physionomie et leur connaissance de la nature. Il y avait cependant un malaise lorsque ma grand-mère nous parlait de ses ancêtres. Je sais maintenant combien leur intégrité a été bafouée. On leur avait tellement inculqué des notions réductrices qu'ils en finissaient par ressentir très peu d'estime d'eux-mêmes. C'était mal d'être une SAUVAGE. Une femme ne pouvait quitter sans subir la conséquence de perdre son appartenance au groupe. Obligation de vivre cloitrés au risque d'être reniés et exclus. Ni plus ni moins que du bétail quoi! Je comprends mal monsieur Bousquet, vous qui êtes nationaliste, votre manière de banaliser et même glorifier l'assimilation et le génocide des Premières Nations. Ils maîtrisent peut-être la langue française comme vous le dites mais au détriment de leur propre culture, langue...INTÉGRITÉ. Sans parler de la violence inqualifiable! Comment peut-on compenser ma mère toujours vivante pour ce vol flagrant d'une partie d'elle-même? Sachez bien qu'aucun montant d'argent ne peut compenser cette perte! Autant que pour ma part je ne réclame rien, et n'ai pas l'intention d'aller vivre dans une réserve pour me soustraire à l'impôt. Je comprends très mal que des gens pourtant nationalistes puissent cautionner l'injustifiable.
    Souverainement
    Lorraine Dubé

  • andré michaud
    Inscrit
    mercredi 18 juin 2008 14h58
    oui à l'intégration
    Je suis d'accord avec M.Laberge qu'il faut savoir intégrer les différentes cultures et que ça enrichie le tout. Je ne doute pas que nous avons sûrement à apprendre des cultures autochtones.

    Nous avons bien intégré, et avec plaisir, les habitudes alimentaires des italiens.Mais nous l'avons fait sans donner de statut particulier aux italiens.Je suis certains que les canadiens d'origine italienne ne veulent pas de statut privilégie, seulement ne pas être discriminés, et être considérés comme des canadiens à part entière, avec les mêmes droits que les autres citoyens; ni plus, ni moins!

    S'il fallait donner un statut particulier à toutes les ethnies et religions vivant au Canada, ça serait des conflits sans fin ou chaque ethnie et religion trouverait qu'une autre a un statut un peu mieux etc...Je persiste à croire qu'il ne doit pas avoir plusieurs catégories de citoyens basées sur des questions ethniques et religieuses dans une société moderne. Tous les citoyens doivent être les plus égaux possible, sans discrimination pour raison d'etnie ou de religion.

  • Smekens Mireille
    Inscrite
    mercredi 18 juin 2008 20h23
    Double combat
    Bonsoir Alanis, merci pour ce que vous avez fait connaître jusqu'en Belgique. Simplement, il ne faut jamais baisser les bras et il faut que les jeunes prennent le relais... Les acquis de l'histoire sont parfois si vite oubliés...

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