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Au revoir les enfants

André Lavoie   7 juin 2008  Cinéma
Source : Mongrel medias
James MacManus débarque en Chine avec l’intention de raconter au monde les horreurs quotidiennes subies par le peuple chinois.
Source : Mongrel medias James MacManus débarque en Chine avec l’intention de raconter au monde les horreurs quotidiennes subies par le peuple chinois.
George Hogg ne possède pas une auréole aussi grande que celle du Canadien Norman Bethune dans le coeur des Chinois. Ce journaliste anglais est pourtant une figure héroïque que rien ne préparait au titre de sauveur, si ce n'est sa naïveté: il a donné à une soixantaine d'orphelins autre chose qu'un ticket pour la mort à une époque sanglante.

L'envahissement de la Chine par le Japon dans les années 1930, alors que trois factions s'affrontaient (les communistes, les nationalistes chinois et l'armée japonaise), allait provoquer son lot de drames et de massacres. Certains sont illustrés avec un évident souci de réalisme dans The Children of Huang Shi, du cinéaste canadien Roger Spottiswoode, à la tête d'une coproduction internationale où le Canada brille d'ailleurs par son absence. Et c'est grâce à la curiosité d'un autre journaliste anglais, James MacManus, si l'histoire de Hogg est devenue autre chose qu'une stricte légende chinoise.

Ce jeune homme plus carriériste qu'idéaliste (Jonathan Rhys Meyers, parfois trop séduisant et propret pour un correspondant de guerre) débarque en Chine avec l'intention de raconter au monde les horreurs quotidiennes subies par le peuple chinois. Son imprudence, sous la bannière empruntée de la Croix-Rouge, le conduit dans une ville dévastée par l'armée japonaise. Capturé et sur le point d'être éliminé, il est sauvé in extremis par «Jack» Chen (Chow Yun Fat), un ardent communiste, et Lee (Radha Mitchell), une infirmière américaine travaillant pour la Croix-Rouge, elle en toute légalité. Pour sa sécurité, Jack force George à trouver refuge dans un orphelinat aux allures de palace en ruine où vivent une soixantaine d'enfants au ventre creux.

Le séjour, douloureux pendant quelque temps, se révèle fort instructif pour George, qui se découvre des qualités de leader et un amour insoupçonné pour ces gamins, transformés par sa présence. Mais lorsqu'il découvre que les nationalistes s'apprêtent à les enrôler de force contre l'ennemi japonais, il entreprend, avec l'aide de Jack, de Lee et le soutien indéfectible d'une riche marchande (Michelle Yeoh, chacune de ses trop rares apparitions devient un moment de grâce), un voyage impossible à travers les montagnes jusqu'au désert de Gobi.

De telles prouesses dans un climat historique aussi agité nécessitent des moyens à la hauteur de ce désordre. Roger Spottiswoode n'en manque pas, se prenant parfois, sans l'égaler, pour David Lean, et ce, à grand renfort d'explosifs et de paysages à couper le souffle (la touche exquise de Zhao Xiading, le directeur photo de Zhang Yimou). C'est un confort financier que procurent les coproductions internationales, allant de pair avec les compromis inévitables, dont cette omniprésence de l'anglais dans une Chine pas encore convertie aux splendeurs et misères du capitalisme.

Après J'ai serré la main du diable, Roger Spottiswoode décrit de nouveau les mésaventures d'un Occidental au teint pâle et un peu naïf débarquant dans un monde dont il ignore les codes, dépassé par les événements avant de les saisir à bras-le-corps. La démonstration ne manque pas d'élégance cinématographique, mais tout cela est trop souvent filmé sous le mode tourisme de luxe à saveur humanitaire, versant aussi dans l'anecdotique sympathique dans la portion du film concentrée dans l'orphelinat. Cet académisme stérilise quelque peu ce désir de dénoncer les affres de la guerre et la misère d'un peuple, surtout de ses enfants.

***

The Children of Huang Shi

Réalisation: Roger Spottiswoode. Scénario: James MacManus, Jane Hawksley. Avec Jonathan Rhys Meyers, Radha Mitchell, Chow Yun Fat, Michelle Yeoh.

Image: Zhao Xiaoding.

Montage: Geoff Lamb.

Musique: David Hirschfelder. Australie-Chine-Allemagne,

2008, 125 min.

***

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