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Ces inconnus dans la maison

François Lévesque   31 mai 2008  Cinéma
Même à 77 minutes, The Strangers de Bryan Bertino comporte des longueurs.
Même à 77 minutes, The Strangers de Bryan Bertino comporte des longueurs.
Historiquement, le cinéma d'horreur américain a souvent agi comme un baromètre de l'humeur ambiante. Dans les années 1950, les films mettant en scène des hommes et des insectes mutants (The Fly et ses suites, Tarantala, Them!) rendait compte de la menace atomique que faisait planer la guerre froide. À la fin des années 60 et au début des années 70, Rosemary's Baby et The Exorcist marquaient la fin de l'omnipotence de l'Église catholique. En 1972, Deliverance et The Last House on the Left faisaient, chacun à sa façon, un portrait critique de l'ère hippie que Philip Kaufman a enterrée en 1978 avec son fascinant remake de Invasion of the Body Snatchers. Oui, à chaque époque son horreur. Les adolescents charcutés par leurs péchés des Friday the 13th, Nightmare on Elm Street et autres suites au Halloween de Carpenter ont annoncé puis confirmé le retour du conservatisme alors que Reagan prenait le pouvoir pour deux mandats. Et aujourd'hui, l'Amérique puritaine semble appréhender un règlement de compte.

En tablant sur ce malaise, The Strangers, qui pourrait s'appeler Funny Games: Le Retour, s'assure un auditoire captif. De fait, le fossé qui sépare adultes et jeunes à l'ère du virtuel en inquiète plus d'un. Au-delà de sa critique intellectualisante, les deux Funny Games de Michael Haneke tablaient sur le même phénomène: l'adulte craint le jeune, qu'il ne reconnaît plus, et ne se reconnaît plus non plus. Et nous voici de retour à la bonne vieille peur de l'inconnu; la peur de l'autre. Il s'agit-là du meilleur moteur de l'horreur, et le premier long métrage de Bryan Bertino s'en alimente de manière assez efficace.

Si le récit, parfois insoutenable, est propice aux sueurs froides, les mésaventures de ce couple terrorisé dans sa propre maison par des inconnus masqués rappellent beaucoup trop Ils, de David Moreau (qui lui évoquait Devil Times Five et Who Could Kill a Child?) Bref, rien de neuf sous le soleil, mais le tout, il faut bien l'admettre, demeure extrêmement bien exécuté. La mise en scène minimaliste de Bertino distille un climat inquiétant qui laisse place à une franche terreur à mesure que l'étau se resserre. Le jeu sur la profondeur de champ et la focalisation est particulièrement réussi. L'est également le montage sonore, qui contribue grandement à instaurer une ambiance empreinte d'étrangeté. Un clin d'oeil visuel au film culte Alice, Sweet Alice assure lui aussi quelques frissons.

Un film comme The Strangers s'adresse, d'une part, à un jeune public amateur d'épouvante et, d'autre part, à une audience de connaisseurs du genre. Ces derniers apprécieront l'exécution (!), mais, surtout, les références. Peut-être pardonneront-ils les longueurs du deuxième acte, car il y en a, même à 77 minutes. En télégraphiant dès le début son dénouement, Bertino nous force à questionner la pertinence de l'ensemble. Peut-être était-ce le but. Car le film, comme tous ses prédécesseurs, est d'un nihilisme absolu. Pour plusieurs, ces oeuvres sont moralement problématiques. Haneke s'est fait le champion de cette approche. Pour d'autres, le frisson prime sur la question. À vous de choisir votre camp.

Collaborateur du Devoir

***

The Strangers (Les Inconnus)

Écrit et réalisé par Bryan Bertino. Avec Liv Tyler, Scott Speedman, Glenn Howerton, Gemma Ward, Laura Margolis, Kip Weeks. États-Unis, 2008, 77 min.






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