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Cannes: la Palme d'or entre à l'école

Martin Bilodeau   26 mai 2008  Cinéma
Le réalisateur français Laurent Cantet entouré des élèves qui ont joué dans le brillant et audacieux Entre les murs, Palme d’or du 61e Festival de Cannes.
Photo : Agence Reuters
Le réalisateur français Laurent Cantet entouré des élèves qui ont joué dans le brillant et audacieux Entre les murs, Palme d’or du 61e Festival de Cannes.
Cannes — Instant de grâce hier soir à Cannes, alors que le jury du festival remettait la Palme d'or au film qui, à la onzième heure, a ravi le coeur des festivaliers: Entre les murs, du Français Laurent Cantet. Ce film brillant et gracieux, tourné avec des acteurs non professionnels et dont l'action se déroule pour l'essentiel dans une salle de classe d'un lycée de quartier multiethnique parisien, s'inspire du livre de François Bégaudeau, qui dans le film joue son propre rôle, celui d'un professeur de français.

«Je ne suis pas surpris de constater que parler de l'école intéresse le monde entier», affirmait Cantet en conférence de presse hier, encore sous le choc de la nouvelle, entouré de Bégaudeau et des vingt-quatre élèves de sa distribution. «Ce film s'adresse à ceux qui ne savent plus, qui ont oublié ce qu'est l'école», dit encore celui qui peut se targuer d'avoir réussi l'exploit d'être le premier cinéaste à porter le cinéma français en tête du palmarès cannois, vingt ans après Maurice Pialat (avec Sous le soleil de Satan).

En conférence de presse, le président du jury, Sean Penn, vantait la grandeur d'un film «sans coutures visibles, dont le scénario, l'interprétation et la mise en scène sont magiques, et qui représente tout ce que l'on peut espérer d'un film dans un monde affamé d'instruction». Les jurés, dont la décision fut unanime, y sont tous allés de leur compliment, signalant, outre ses qualités esthétiques, l'optimisme, l'humanisme et l'ouverture sur le monde d'Entre les murs.

Après une année de jachère, le cinéma italien, revenu cette année en force en compétition avec deux films, a gagné sur tous les fronts: d'abord, avec un très contestable Grand Prix du jury pour Gomorra, de Matteo Garrone, sur les associations mafieuses de Naples. Puis avec un Prix du jury pour Il Divo, captivant état des lieux par Paolo Sorrentino de la politique italienne contemporaine par le prisme de la vie du haut représentant de la droite chrétienne, Giulio Andreotti. Appelé à défendre ces choix, le juré Sergio Castellitto a vanté le courage de ses compatriotes «qui s'interrogent sur ce que peut cacher une démocratie civile occidentale plantée dans l'Europe».

Nullement déçus par le Prix du scénario qui leur a été décerné pour Le Silence de Lorna, les Belges Luc et Jean-Pierre Dardenne, deux fois lauréats de la Palme d'or par le passé, étaient tout sourire à la conférence de presse, où Nuri Bilge Ceylan, gagnant du prix de la mise en scène pour Les Trois Singes, les avait précédés de quelques minutes: «C'est un prix que je convoitais parce qu'il touche l'acte de création. Mais je ne suis pas seulement content pour moi, je le suis aussi pour mon pays [la Turquie], qui a bien besoin de ce prix.»

Catherine Deneuve et Clint Eastwood, ex-coprésidents du jury en 1994, brillaient par leur absence à la conférence, malgré le Prix spécial du 61e qui leur a été attribué ex aequo «pour l'ensemble de leur carrière». Présente à la cérémonie, Deneuve a néanmoins tenu à remercier Arnaud Desplechin dont le film, Un conte de Noël, victime de cette entourloupe du jury, s'est retrouvé injustement balayé sous le tapis: «Je suis contente de pouvoir encore faire des films comme celui-là», a-t-elle déclaré.

Au rayon des interprètes, le jury semble avoir voulu sortir des sentiers battus et se détacher de la rumeur. Et, pourquoi pas, donner un coup de pouce à un film à la distribution incertaine: Che, de Steven Soderbergh, qui a valu à sa vedette, Benicio Del Toro, le prix d'interprétation masculine, que l'acteur a dédié au véritable Ernesto Guevarra, «sans lequel je ne serais pas ici». Chez les femmes, où la concurrence était vive, le prix arrivé du champ gauche a survolé les favorites Martina Gusman (Leonora) et Arta Dobroshi (Le Silence de Lorna) pour atterrir entre les mains de Sandra Corveloni, la mère courage de Linha De Passe, de Daniela Thomas et Walter Salles, que ce dernier, en l'absence de la lauréate retenue au Brésil, décrivait comme une «jeune actrice de 45 ans qui en est à son premier film».

La Palme d'or à Entre les murs a d'autant surpris que toute la presse festivalière s'attendait à ce qu'elle soit attribuée à l'Israélien Ari Folman, dont le Valse avec Bachir est reparti bredouille, causant bien du chagrin au Palais. Penn a voulu soulager notre peine en déclarant avec un brin d'arrogance dans la voix: «Je suis heureux de prouver qu'une rumeur [buzz] ne veut rien dire. De toute façon, avec ou sans prix, ce très beau film trouvera son public.»

On souhaite le même sort à l'Adoration d'Atom Egoyan, boudé par les jurés de la compétition officielle, mais auquel le jury oecuménique avait attribué son prix la veille, devant les journalistes réunis à la plage des Palmes: «Je suis très touché par ce prix qui, pour moi, remet le film dans son contexte, a déclaré Egoyan. J'espère que le public aura l'occasion et le temps de lire ce film.»

Dans la foulée du Prix oecuménique, le jury de la presse internationale a attribué ses récompenses au franchement rasoir Delta, du Hongrois Kornel Mundruczo, ainsi qu'à Hunger, de l'Irlandais Steve McQueen, également lauréat de la Caméra d'or (premier film). Le prix Un certain regard, déterminé par un jury de six personnes présidé par l'Allemand Fatih Akin, est pour sa part allé au Kazakh Sergey Dvortsevoy pour son très atypique Tulpan.

Le jury officiel du 61e Festival de Cannes était formé (outre les personnes nommées ci-dessus) des actrices Alexandra Maria Lara, Jeanne Balibar, Natalie Portman, ainsi que des cinéastes Alfonso Cuaron, Rachid Bouchareb, Marjane Satrapi et Apichatpong Weerasethakul.

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  • Bernard Gervais
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    lundi 26 mai 2008 11h34
    Cannes demeure un festival international du cinéma
    Avant même qu'il ne débute, beaucoup annonçaient que le Festival de Cannes allait s'américaniser en accordant une place plus grande que jamais à la présentation de grosses productions d'Hollywood.

    Si c'est vrai en partie pour la programmation elle-même de ce festival, cela n'a finalement pas été le cas pour les choix faits par les membres du jury. Les films couronnés proviennent de plusieurs pays, comme lors des éditions précédentes de ce même festival.

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