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Cannes - Villeneuve gagne, Wenders se plante

Martin Bilodeau   24 mai 2008  Cinéma
Photo : Agence France-Presse
Cannes — Bonne nouvelle pour le Québec à Cannes hier soir, alors qu'en clôture de la Semaine de la critique, le Grand Prix du court métrage Canal+ était remis à Denis Villeneuve pour son décoiffant Next Floor, seul représentant de notre cinématographie sur la Croisette cette année.

Le bal des récompenses ainsi amorcé culminera demain soir avec le dévoilement du palmarès du jury officiel présidé par Sean Penn. Tout le monde, ici, y va de ses pronostics, et les consensus sont rares. Nous y reviendrons. D'abord, un mot sur les ultimes concurrents de la compétition officielle.

Houuuuu! C'est avec cette onomatopée injurieuse que le nouveau Wim Wenders, Palermo Shooting, a été accueilli hier soir. De fait, la salle était encore sans voix lorsque le noir s'est fait sur l'écran, deux longues heures après le déclenchement de ce pensum fantastico-prétentieux sur la mort. Mais la dédicace du film à Bergman et Antonioni, apparue en blanc sur noir quelques secondes de silence gêné plus tard, a fait sortir le public de ses gonds. Car associer à ces géants trépassés ce clip sans style flirtant avec le David Lynch des meilleures années mais sombrant dans le Claude Lelouch des plus mauvaises frise l'hérésie. Sans inspiration et grappillant quelques idées à même son glorieux Les Ailes du désir, Wenders raconte avec moult facéties l'odyssée spleenétique d'un photographe (le chanteur Carmino, plutôt mauvais), depuis Berlin jusqu'à Palerme, intercalant comme dans Million Dollar Hotel des chansons rock dont le cd les regroupant risque fort de se vendre mieux que les billets au guichet.

My Magic, troisième long métrage du Singapourien Eric Khoo, nous entraîne à des années-lumière de là. Ce film artisanal frôlant l'indigence, pétri de maladresses mais avec de grandes qualités de coeur, raconte la rédemption d'un prestidigitateur alcoolique aux yeux de son fils écolier. À la fois conte moral et mélo pur, le film manque de cet élan et de ce tonus qui lui permettraient de se rendre au palmarès.

On ne peut en dire autant d'Il divo, le film le plus énergique de la compétition. Paolo Sorrentino retrace, avec des torrents d'humour et une mise en scène aux effets théâtraux calculés, la vie du haut représentant de la droite chrétienne en Italie, Giulio Andreotti. Cela dit, à mi-chemin de cet exercice de style très chic, on perd le fil, ensevelis sous un déluge de dialogues, de commentaires en voix hors champ et d'intertitres, avec énumération en rafales de noms de politiciens mêlés au procès pour association mafieuse intenté par l'État à Andreotti au début des années 90. L'Italie va se régaler, c'est certain. Mais le film s'exporte mal.

La fête tire à sa fin. Au marché du film, vendeurs et acheteurs sont pour la plupart repartis un peu moroses, tant à cause du climat interne des films qu'à cause de la devise américaine trop faible, qui a ensablé l'engrenage import-export en rendant les États-Uniens sur la Croisette rares et prudents. Du côté de la presse, les rangs sont aussi plus clairsemés qu'il y a quelques jours.

Il nous reste (ce matin) un dernier film à voir en compétition: Entre les murs, de Laurent Cantet, dont la rumeur dit grand bien. Tant mieux: il y a encore des cases vides au palmarès. Exception faite de Valse avec Bachir, le documentaire d'animation d'Ari Folman dont le propos subversif ne peut qu'avoir conquis les Penn, Satrapi et Bouchareb (les membres politisés du jury), aucun film ne s'impose pour la Palme d'or.

Les Trois Singes de Ceylan a divisé la critique, mais le cinéaste turc a la cote ici. Idem pour le Conte de Noël de Desplechin et Le Silence de Lorna des frères Dardenne. Le Che de Soderbergh n'a pas fait d'étincelles, mais Penn et les autres pourraient, par une forme de solidarité (le film n'est d'ailleurs pas sans mérites), lui accorder un prix afin de faciliter sa recherche d'un distributeur américain. Plusieurs, et cela m'exclut, pensent que Gomorra (de Matteo Garrone), Linha de passe (de Walter Salles) et L'Échange (de Clint Eastwood) ont des chances pour un prix, mais à mon avis 24 City de Jia Zhangke et Il divo les devancent, possiblement, dans le cas de ce dernier, pour un prix de mise en scène.

À moins qu'au rayon des interprètes Tony Servillo (Il divo), imposant dans le même film en Andreotti étriqué aux oreilles tombantes, ne fasse craquer le jury. Mais Philip Seymour Hoffman (Synecdoche, New York) et Joaquin Phoenix (Two Lovers) ont des chances, tout comme Jérémie Rénier, remarquable dans Le Silence de Lorna, quoique en temps-écran son rôle soit un peu court.

Sa partenaire, Arta Dobroshi, dans le rôle-titre, pourrait l'emporter, mais Martina Gusman (Leonora) et Angelina Jolie (L'Échange) en imposent. Tout ça finalement ne sera que du vent demain soir, lorsque Sean Penn et ses huit jurés dévoileront leur palmarès sur la scène du Grand Théâtre Lumière. Que la force soit avec eux.

***

Rencontré lors d'une table ronde hier sur la plage du Carlton, Atom Egoyan m'apprenait qu'Adoration est, avec Family Viewing et Exotica, l'un des trois films les plus personnels qu'il a réalisés. Le cinéaste de Toronto ne semblait pas espérer de récompenses et pour la première fois vivait son Cannes façon «chirurgie d'un jour». «Les autres fois, je suis resté quelque temps. Là, je suis venu juste pour la présentation du film. Si bien que je n'arrive pas à placer cette expérience dans un contexte», affirme celui dont le long métrage a été jusqu'ici vendu par Maximum Films en Australie, en Amérique latine, en Grèce, en Inde, en Afrique du Sud, en Israël, en Bulgarie, en Roumanie, en Ex-Yougoslavie et en France, en plus des États-Unis. Pas mal pour un film qui a coûté 500 000 $ de moins que Le Piège américain.

***

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  • Roger Bédard
    Inscrit
    samedi 24 mai 2008 15h40
    Article trop touffu et bâclé
    « Article trop touffu et bâclé ! Il aurait gagné en étant coupé de moitié. »

  • Jerome Camus
    Inscrit
    samedi 24 mai 2008 18h30
    se casser les nénettes
    « "L'Italie va se régaler, c'est certain. Mais le film s'exporte mal..."

    C'est clair que ce n'est pas évident. Mais tenter d'écorcher la surface de dynamiques politiques néées sous l'Empire romain et qui perdurent de nos jours, n'est pas inutile. Quelque part on en hérite...

    Bref, si un jury politisé doit choisir sur ce seul critère, ce sera Gomorra. Andreotti est vivant, mais relégué aux livres d'histoires désormais. En pleine crise Munezza napolitaine avec les clowns à peine élus qui font deblayer les rues avant leur arrivée pour ensuite imposer l'armée et la prison à ceux qui veulent interdire une décharge sur terrains à roche poreuse couvrante nappe phréatiques serait... incisif! »

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